Né en 1905 dans le Sichuan, mort en septembre 1998. L’un des « Vingt-huit Bolcheviks » ; chef du bureau du personnel du C.C. après 1949, membre du C.C. en septembre 1956, éliminé en 1966, réhabilité au 3* plénum de décembre 1978, secrétaire général (juillet 1981) puis vice-président de la Commission des affaires militaires du C.C. et membre du B.P. du P.C.C. (septembre 1982).

Issu d’une famille de propriétaires fonciers du Sichuan, Yang Shangkun adhère au mouvement communiste à Chengdu, où il était lycéen, en 1925. Après avoir étudié à Shangda (voir Qu Qiubai (瞿秋白)), il travaille en 1927 dans l’appareil ouvrier du P.C.C. à Shanghai, avant de partir pour Moscou à la fin de l’année. Étudiant à l’Université Sun Yat-sen (voir Mif), il appartient au groupe des « Vingt-huit bolcheviks » dirigés par Mif et Wang Ming (王明). Il revient à Shanghai en 1930, quittant cette ville deux ans plus tard lorsque l’organisation clandestine a été démantelée par la police. Parvenu au Jiangxi, Yang Shangkun participe à la campagne contre la « ligne Luo Ming (羅明) », montrant ainsi son appartenance au groupe anti-maoïste qui s’est emparé du pouvoir. Il devient ensuite un des subordonnés directs de Zhou Enlai (周恩來), commissaire politique de la lre Armée de front, puis, au début de la Longue Marche, il est assigné à l’état-major de Peng Dehuai (彭德懷) (en tant que commissaire politique du 3e Corps d’armée). Parvenu au Shenxi, il est à nouveau versé dans la lre Armée, démontrant à l’occasion d’une interview avec Edgar Snow sa connaissance de la situation logistique globale de l’Armée rouge. Durant les premières années de la guerre sino-japonaise, il travaille au bureau du P.C.C. pour la Chine du Nord, avec Liu Shaoqi (劉少奇) et Peng Zhen (彭真).
Après la victoire, Yang Shangkun devient chef du bureau du personnel du C.C. : poste peu en vue, mais au pouvoir considérable, à la différence de ses autres fonctions (délégué aux différentes assemblées et congrès, membre d’associations d’amitié...). A partir de 1955, sa carrière rencontre celle d’un autre Sichuanais : Deng Xiaoping (鄧小平), qu’il va seconder au secrétariat général du Parti et à celui du VIIIe congrès, en septembre 1956 : il entre alors au C.C. Parlant couramment le russe et bon connaisseur des Soviétiques, il seconde également Deng Xiaoping dans les négociations sino-soviétiques de 1957 à 1963.
Disciple de Mif, ami politique de Wang Ming, adversaire de Luo Ming, subordonné de Peng Dehuai, puis de Liu Shaoqi et de Peng Zhen, compatriote et proche collaborateur de Deng Xiaoping, marié enfin à Li Bozhao, passionnée de théâtre qui fut parmi les rares participantes de la Longue Marche et continua à avoir des activités publiques après 1949 : pour toutes ces raisons, les grandes comme les futiles, Yang Shangkun ne pouvait que constituer une cible idéale lors de la Révolution culturelle. De surcroît, il était (au début des années 1960) chargé de faire transcrire les discours et déclarations de Mao qu’il faisait enregistrer au magnétophone. Il créa chez Mao le soupçon de vouloir les retourner un jour contre lui : aussi bien le dirigeant suprême ne manqua-t-il pas de l’accuser d’espionnage...
La chute fut donc rapide et totale. Dès août 1966, Yang Shangkun était accusé de figurer parmi les quatre membres de la clique anti-Parti Peng (Peng Dehuai (彭德懷)) — Luo (Luo Ruiqing (羅瑞卿)) — Lu (Lu Dingyi (陸定一)) — Yang (Yang Shangkun...). Arrêté à l’automne, il figura au célèbre meeting de masse du 12 décembre 1966, paradé et maltraité dans un stade bondé de Gardes rouges et de Pékinois dépêchés pour la circonstance. Régulièrement dénoncé par la suite, il disparut entièrement.
Bouc émissaire des premiers mois de la Révolution culturelle, Yang Shangkun n’est reparu sur la scène publique qu’au moment de la mise en question officielle de la décennie 1966-1976 : le 3e plénum du XIe C.C. (décembre 1978) le réhabilite en même temps que son compagnon d’infortune Peng Zhen et le réintègre dans ses rangs. Après plus de deux années passés au Guangdong comme deuxième secrétaire de cette province et premier secrétaire de Canton, il aurait succédé (suivant certaines sources) a Geng Biao (耿飈) au secrétariat général de la toute-puissante Commission des affaires militaires du C.C. (juillet 1981). Son ascension politique s’accélère ensuite : à l’issue du XIIe congrès du P.C.C., Yang Shangkun a été promu au B.P. ainsi qu’à la vice-présidence de la Commission des affaires militaires du C.C. (septembre 1982). En juin 1983, il a reçu la vice-présidence de la Commission militaire centrale du Conseil des affaires de l’État. A la différence des trois autres vice-présidents de ces deux commissions, maréchaux que leur grand âge contraint à une activité réduite (Ye Jianying (葉劍英), Nie Rongzhen (聶榮臻) et Xu Xiangqian (徐向前)), ce civil semble jouer un rôle effectif et important à la charnière des appareils politique et militaire à un moment où l’A.P.L. montre des réticences devant certains aspects de la politique de Deng Xiaoping.

SOURCES : Outre KC et WWCC, voir : Bartke (1981). — Rice (1972). — Snow (1938).

François Godement et Jean-Luc Domenach

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