M’BOW Amadou Mahtar

Par Martin Mourre

Né le 20 mars 1921 à Dakar (Sénégal) ; Enseignant ; Ministre ; Haut-fonctionnaire international, ancien directeur de l’UNESCO ; membre fondateur de la FEANF et du PRA-Sénégal

Travailleur acharné, Amadou Mahtar M’Bow, comme beaucoup de militants ouest-africains de la génération des indépendances, a connu plusieurs vies. Son père était un notable musulman de la région de Louga dans le Nord-ouest du Sénégal. Possédant la citoyenneté française, il fit partie de la délégation sénégalaise qui se rendit à l’exposition universelle de Paris en 1900 – où il assista à l’inauguration du premier métro. La mère d’Amadou Mahtar M’Bow, la troisième épouse de Fara N’Diaye M’Bow et de trente ans sa cadette, Ngoné Casset, accouche de son fils le 20 mars 1921 à Dakar dans une des rares maternités qui existait à l’époque. C’est pourtant à Louga que grandit le jeune Amadou Mahtar M’Bow dans un environnement rural, un environnement qui éveillera sa sensibilité à la nature qui l’entoure. Un de ses premiers souvenirs est la famine qui touche la région entre 1928 et 1930 et qu’il se rappellera quand il sera directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). En 1930, il rentre à l’école coloniale alors que depuis trois ans il fréquentait l’école coranique. C’est un parcours que l’on retrouve parmi une majorité d’intellectuels sénégalais – musulmans – de cette époque. Il échoue au concours d’entrée de l’école Blanchot, qui ouvrait la voie à l’école William Ponty, et son père l‘inscrit au « cours commercial » à Dakar, une émanation de la chambre de commerce. Deux ans de formation comprenant, une formation en commerce, comptabilité, gestion, finance, économie, sténo-dactylo, mathématique, correspondance commerciale, etc. Ce sont des années où Amadou Mahtar M’Bow lit beaucoup et l’on peut dire que sa culture est largement celle d’un autodidacte. En 1938, il passe un concours pour entrer comme commis de l’administration coloniale, concours qu’il réussit en finissant premier. Il est alors affecté « au bureau du courrier du gouverneur de la circonspection de Dakar et dépendances ». Cette époque est celle de la montés du nazisme en Europe et un des premiers chocs politique M’Bow fut sa lecture de Mein Kampf. Engagé volontaire en février 1940, il choisit l’armée de l’air où il rejoint l’École des radiotélégraphistes qui venait d’être ouverte à la caserne Rocabey à Saint-Malo. Le 16 juin 1940, l’école reçoit l’ordre de se replier. Deux jours plus tard, il entend l’appel du Général. Il souhaite rejoindre Londres. Sans succès. Il passe un mois en Bretagne puis, après avoir été démobilisé à Limoges, rejoint finalement le camp de Rivesaltes où étaient regroupés des contingents de tirailleurs. Si beaucoup d’hommes politiques de l’Afrique francophone ont participé à la Seconde Guerre mondiale, on sait par contre peu de choses sur ceux qui essayèrent de rejoindre, et parfois jouèrent un rôle actif, dans la Résistance. À l’automne 1940 Amadou Mahtar M’Bow rentre au Sénégal, où il reprend du service auprès du gouverneur dans un nouveau service, le comité local des échanges commerciaux. Il y rencontre à cette époque Robert Cornevin. Après le débarquement américain en Afrique du Nord, il est rappelé sous les drapeaux et participe dans une unité de l’armée de l’air au débarquement de Provence.

Après guerre, il resta en métropole, passe son baccalauréat en 1948 à Paris et s’inscrit en licence d’histoire à la Sorbonne : « C’était un choix et je ne cache pas qu’il était politique. J’estimais à l’époque que ce qui était le plus important pour l’Afrique c’était d’avoir des intellectuels qui se penchent sur leur passé, qui revalorisent les cultures africaines et qui puissent éveiller l’intérêt des jeunes pour leur histoire et pour les problèmes du monde » [1] dira-t-il plus tard. Il fréquente alors Abdoulaye Ly – ancien tirailleur également – ce qui l’influence aussi dans ce choix. Il participe aux activités de l’Association des étudiants africains de Paris (APEAP), l’ancêtre de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). C’est ainsi que M’Bow est d’abord nommé président du bureau provisoire en janvier 1951 avant que lors du premier congrès de la FEANF, du 20 à 22 mars à Paris, il en devienne le secrétaire général tandis que la dahoméenne Solange Faladé est élue présidente. Ces quelques années à Paris sont celles où le monde noir en diaspora a vécu vraisemblablement une des périodes d’effervescence politique, intellectuelle et culturelle les plus intenses – symbolisé notamment par la création de la revue Présence africaine fin 1947 par Alioune Diop. Amadou Mahtar M’Bow rejoint pourtant rapidement le continent, dès l’été 1951. Il est nommé professeur à Rosso, en Mauritanie. Entre-temps, sur les bancs de l’université, il a rencontré celle qui va devenir sa femme et avec qui il aura trois enfants : l’haïtienne Raymonde Sylvain. Celle-ci est une petite nièce de l’activiste Benito Sylvain, un des « pères du panafricanisme » à la fin du XIXe siècle. Le couple reste deux ans dans cette ville à la frontière du Sénégal. Cet attrait pour l’enseignement et les problèmes organisationnels de l’enseignement va le conduire vingt ans plus tard aux plus hautes fonctions de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). En 1953, il est chargé de créer et diriger les services d’éducation de base, à l’échelle du Sénégal et de la Mauritanie. Dans ce Sénégal des années 1950 où l’indépendance se profile à l’horizon, M’Bow poursuit ses activités politiques. En 1955, il adhère au Bloc Démocratique Sénégalais (BDS), le parti de Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, fondé en 1948 et qui, quelques années plus tôt, depuis les élections législatives de 1951 domine la vie politique sénégalaise en ayant éclipsé la SFIO de Lamine Guèye. 1956, ce sont les accords de la loi Defferre, la loi-cadre, et ce que l’on nomme l’autonomie interne. Amadou Mahtar M’Bow devient le premier ministre sénégalais de l’éducation, alors que le pays est toujours sous tutelle coloniale française. C’est lui qui est le représentant sénégalais aux cérémonies de l’indépendance du Ghana présidés par Kwame N’Krumah. Ces quelques mois sont décisifs pour l’avenir du Sénégal mais aussi pour l’Afrique qui tend à s’émanciper de Paris. Le débat concerne l’accession à l’indépendance et la forme qu’elle doit prendre – fédérale, sous-ensemble, de manière séparée. Souhaitant l’indépendance immédiate, M’Bow vote « Non » au projet constitutionnel proposé par De Gaulle en septembre 1958. Quelques jours plus tôt, il a rejoint le Parti du Regroupement Africain-Sénégal nouvellement créé et dont il est membre du bureau politique. Après la crise de décembre 1962 qui voit l’éviction et l’emprisonnement de Dia, le PRA-Sénégal demeure le seul parti légal de l’opposition face à l’Union progressiste sénégalaise (parti créé en 1958 et regroupant le BDS et la SFIO). En 1966, les leaders du PRA-Sénégal rejoignent l’UPS. M’Bow est nommé ministre de l’éducation. C’est lui qui doit gérer la crise de mai 1968, cela lui coûte sa place. Il change alors de maroquin et devient ministre de la culture, jusqu’en 1970.

Parallèlement, Amadou Mahtar M’Bow mène une carrière de haut fonctionnaire international. Il est nommé membre du conseil exécutif de l’UNESCO en 1966 et y représente de la délégation sénégalaise avant qu’en 1970 il ne devienne le représentant du groupe des États africains. Il contribue ainsi à établir des relations entre l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et l’UNESCO, ce qui pousse l’organisation internationale à adopter plusieurs résolutions affirmant son soutien aux différents mouvements de libération nationale qui agissent sur le continent africain. 1974, c’est un événement à l’UNESCO. M’Bow, soutenu par l’OUA, est nommé à la tête de l’organisation en remplacement du français René Maheu. Il devient le premier représentant de ce que l’on appelle « le Tiers-monde » à accéder à de telles fonctions. Cela lui vaut plusieurs inimités et une campagne raciste dans la presse française. Il réalise un deuxième mandat à la tête de l’UNESCO, jusqu’en 1987, avant d’échouer à une troisième réélection. Retiré au Maroc, M’Bow revient dans le jeu politique sénégalais à la fin des années 2000. C’est lui qui, pendant un an entre 2008 et 2009, préside les assises nationales, cette vaste coalition qui s’oppose à la réélection d’Abdoulaye Wade en 2012. Reconnu pour son rôle de doyen, M’Bow a également reçut plusieurs distinctions, Doctorat honoris causa de l’Université de Belgrade en 1980, commandeur de l’ordre de la légion d’honneur française.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184541, notice M'BOW Amadou Mahtar par Martin Mourre, version mise en ligne le 31 août 2016, dernière modification le 8 mai 2017.

Par Martin Mourre

SOURCES : Thassinda Uba Thassinda, Amadou Mahtar M’Bow. Un sahélien à l’UNESCO, Paris, Présence africaine, 1989.

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