XU Xiangqian 徐向前

Par Lucien Bianco

Né le 8 novembre 1902 dans le xian de Wutai (Shanxi), mort le 21 septembre 1990 à Pékin. Général communiste, Xu a combattu dans la zone soviétique d’Eyuwan de 1929 à 1932 et collaboré avec Zhang Guatao de 1931 à 1936. Ministre de la Défense de février 1978 à février 1981. Membre du B.P. du P.C.C., vice-président de la Commission militaire du C.C. de 1967 à 1985.

Comme de nombreux dirigeants communistes, Xu Xiangqian est né dans une famille de riches propriétaires fonciers et de lettrés ; et, comme presque tous, il est venu à la révolution par nationalisme. Adolescent, il manifeste contre les vingt et une demandes présentées par le Japon. A vingt-trois ans, il s’en va, à l’insu de son père, suivre à Canton les cours de l’Académie militaire de Huangpu (voir Blücher). Diplômé avec les cadets de la première promotion en février 1925, Xu participe à la première Expédition de l’Est (voir Blücher), combat quelque temps les seigneurs de la guerre Zhang Zuolin et Yan Xishan dans les rangs de la seconde Guominjun, dont le général en chef, Feng Yuxiang, était alors courtisé par le G.M.D. et ses conseillers soviétiques, puis devient à l’automne 1926 instructeur à l’École militaire de Wuhan, après la conquête de cette ville par les forces révolutionnaires. Membre du G.M.D. depuis 1924, Xu adhère au P.C.C. en 1927 et entre à l’état-major du général Zhang Fakui, sans révéler son appartenance au P.C.C. Lorsque Zhang fait la chasse aux communistes infiltrés dans son armée, Xu s’échappe et le Parti l’envoie à Canton, où il participe à la Commune (voir Zhang Tailei (張太雷)), puis après l’écrasement de cette dernière, au soviet de Hailufeng (voir Peng Pai (澎湃)). Le soviet ne tarde pas à être écrasé à son tour et Xu s’enfuit à Shanghai (mars 1928). Il confiera plus tard à Nym Wales (Red Dust, p. 151) que les meilleurs cadres communistes ont été sacrifiés dans l’aventure de Hailufeng : de la division qu’il commandait soixante hommes seulement ont survécu.
L’épisode suivant — le plus important de la carrière de Xu Xiangqian se situe en Chine centrale : en juin 1929, il rejoint la base soviétique d’Eyuwan aux confins des trois provinces du Hubei, du Henan et du Anhui. Créée en 1927, la base d’Eyuwan devient sous la conduite de Xu et de quelques autres la seconde en importance après la zone soviétique centrale créée par Mao Tse-tung (毛澤東) et Zhu De (朱德) dans le Jiangxi et le Fujian. Xu prend en novembre 1931 le commandement de toutes les forces du soviet, réorganisées sous le nom de 4e Armée de front, tandis que Zhang Guotao (張囯燾), envoyé par le C.C. au printemps de la même année, dirige le comité du Parti d’Eyuwan. A son apogée en 1931, après sa victoire sur la troisième campagne d’encerclement menée par les Nationalistes, le soviet administre une population de près de deux millions d’hommes. Mais sa proximité de Wuhan inquiète Chiang Kai-shek, qui lance au cours de l’hiver 1931-1932 une quatrième campagne, supervisée par le conseiller militaire allemand von Seeckt. Le blocus de la base (tactique analogue à celle qui délogera deux ans plus tard Mao et Zhu du Jiangxi) contraint Zhang Guotao à donner l’ordre d’évacuation. Laissant sur place Xu Haidong (徐海東) et Shen Zemin (沈澤民), Zhang Guotao (張囯燾), Xu Xiangqian (徐向前) et Chen Changhao (陳昌浩) emmènent le gros des forces vers l’ouest. A travers le Hubei, le Henan et le Shenxi méridional, ils gagnent les montagnes du nord-est du Sichuan, s’y fixent en décembre 1932 et, à la faveur des querelles entre seigneurs de la guerre du Sichuan, y établissent une nouvelle base soviétique au printemps 1933. En deux ans, Xu réussit à accroître considérablement les effectifs de son armée parmi une population exploitée — et opiomane, ce dont il s’efforce de la guérir. Lorsqu’une offensive des troupes « centrales », qui ont pris le relais des seigneurs de la guerre du cru, contraint au début de 1935 Zhang Guotao et ses hommes à s’enfuir à nouveau en direction de l’ouest, Xu Xiangqian commande à pas moins de cinquante mille hommes (quatre-vingt mille, selon d’autres sources). C’est beaucoup plus que les rescapés de la Longue Marche, avec lesquels Xu et Zhang font leur jonction à Maogong, dans le Sichuan occidental en juin. Cette supériorité des effectifs (entre-temps, ils ont encore crû, selon le témoignage de Zhou Enlai (周恩來) à Snow), mais aussi de l’armement et de l’état physique des hommes, est la cause première du conflit entre Mao et Zhang Guotao (張囯燾).
Il est difficile de déterminer dans quelle mesure la carrière ultérieure de Xu Xiangqian a pâti de son association, à l’origine fortuite, avec Zhang Guotao. C’est le Parti qui avait envoyé Zhang dans la base d’Eyuwan, où opérait Xu, mais à l’époque fatidique du conflit Mao-Zhang, on avait pris l’habitude d’associer le chef militaire Xu Xiangqian au chef politique Zhang Guotao comme on associait Zhu De à Mao. A la veille de la conférence de Mao’ergai (dans le nord-ouest du Sichuan) en août 1935, Mao demanda à Xu Xiangqian de présenter un rapport sur la situation militaire dans la 4e Armée de front, puis critiqua avec véhémence ce rapport dans le dessein d’atteindre Zhang Guotao. Après la scission entre Mao et Zhang, Xu prit avec ce dernier — mais aussi avec Zhu De (朱德) — la route de l’ouest ; et son armée fut ultérieurement décimée par les cavaliers musulmans de Ma Pufang à plusieurs centaines de kilomètres au-delà de Lanzhou, dans le corridor du Gansu. Xu finit par rejoindre Yan’an à la veille de la guerre sino-japonaise. Il devient alors commandant adjoint de la 129e Division, poste moins important que celui auquel il aurait pu prétendre (le commandant était Liu Bocheng (劉伯承), qui avait lui aussi suivi Zhang Guotao vers l’ouest après le conflit avec Mao). Pendant les premières années de la guerre, Xu combat en Chine du Nord (Shanxi, Hebei, Shandong), puis blessé en 1941, ne tarde pas à regagner Yan’an, où il séjourne jusqu’en 1946. En 1945, il préside Kangda, l’Université anti-japonaise de Yan’an (voir Luo Ruiqing (羅瑞卿)). La même année, comme la plupart des généraux de l’Armée rouge, il est élu au C.C. lors du VIIe congrès du P.C.C. Pendant la guerre civile, il combat dans le Shanxi, dont il conquiert la capitale, Taiyuan, en avril 1949. Après la victoire, bien qu’il devienne en septembre 1955 l’un des dix maréchaux de l’A.P.L., il ne joue pas un rôle proportionné à l’éclat et à l’ancienneté de ses états de service. Xu Xiangqian devient néanmoins vice-premier ministre en1965, avant d’être élu au B.P. et promu à la vice-présidence de l’importante Commission des affaires militaires du P.C.C. au début de la Révolution culturelle. Il s’oppose aux excès de cette dernière, puis protège Deng Xiaoping (鄧小平) en 1976. Il soutient le coup d’État de Hua Guofeng (華囯鋒) contre la Bande des quatre, prélude au retour de Deng au pouvoir. C’est donc assez naturellement après la mort de Mao Tse-tung et la défaite de ses partisans qu’on est allé chercher le vieux maréchal Xu Xiangqian pour lui confier pendant une brève période (février 1978-février 1981) le portefeuille de ministre de la Défense, naguère détenu par des maréchaux plus célèbres : Peng Dehuai (彭德懷), puis Lin Biao (林彪). Il modernise l’équipement et l’entraînement de l’armée et promeut le recours à une technologie militaire importée. Malgré son grand âge, Xu Xiangqian a été réélu à l’issue du XIIe congrès du P.C.C. membre du B.P. et vice-président de la Commission militaire du C.C. (septembre 1982). Il a reçu en juin 1983 une vice- présidence de la Commission militaire centrale nouvellement formée à l’intérieur du Conseil des affaires d’État (voir Nie Rongzhen (聶榮臻)). Il a dû néanmoins, comme ses aînés Nie Rongzhen et Ye Jianying démissionner de tous ses postes en 1985. Lorsqu’il meurt en 1990, un hommage officiel célèbre le grand révolutionnaire et stratège.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184539, notice XU Xiangqian 徐向前 par Lucien Bianco, version mise en ligne le 8 février 2017, dernière modification le 22 août 2017.

Par Lucien Bianco

ŒUVRE : Xu a raconté ses souvenirs sur la fuite vers l’est après l’écrasement de la Commune de Canton (Xinghuo liaoyuan, I, 1958), sur le soviet de Hailufeng (RMRB, 29 juillet 1958) et sur celui d’Eyuwan (RMRB, 29 juillet 1961).

SOURCES : Outre KC, BH et WWCC, voir : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), II (1972). — Hanwell, in Asia, no. 5 (mai 1936). — McColl, in Journal of Asian Studies, XXVII-1 (novembre 1967). — Snow (1957). — Wales (1939 et 1952). — Wikipedia, the free encyclopedia- Wortzel et Higham (1999).

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