XU Teli 徐特立

Par Yves Chevrier

Né le 1er février 1877 à Changsha, Hunan ; mort 28 novembre 1968 à Pékin. « Ancien » du parti, ex-professeur de Mao Tse-tung, principal responsable de l’éducation dans les Soviets du Jiangxi et à Yan’an.

C’est Xu Teli lui-même qui a décrit pour Nym Wales la condition misérable de son père, illettré, moitié paysan, moitié coolie. Suivant une recette éprouvée de longue date, le jeune Xu s’arrache par l’école à son milieu : le long apprentissage des classiques précède un court voyage d’étude au Japon en 1910. De retour au Hunan en 1911 il prend part aux événements révolutionnaires ; peu de temps auparavant, il avait adhéré à la Ligue jurée (Tongmenghui) (voir Sun Yat-sen (孫逸仙)). Sa véritable vocation, pourtant, n’est pas la révolution mais l’éducation. De 1913 à 1919, à la première École normale du Hunan, il est le professeur de Cai Hesen (蔡和森), de Mao Tse-tung (毛澤東) et de bien d’autres jeunes révolutionnaires qu’il aide discrètement dans leurs démêlés avec l’administration. Gagné aux idées du 4 mai sous l’influence de ses étudiants, le professeur réalise l’une des plus séduisantes d’entre elles : le voyage en France, aux sources de la révolution et de la modernité. Il a plus de quarante-deux ans lorsqu’il s’embarque à la fin de 1919. A Lyon puis à Paris, où il vit d’un modeste salaire d’ouvrier, il est en relations suivies avec la section parisienne des Jeunesses socialistes et avec les dirigeants du mouvement communiste en France, tels Cai Hesen, Zhou Enlai (周恩來) et Wang Ruofei (王若飛). Ces contacts, fécondés par une lecture « enthousiaste » des Problèmes du léninisme, le convertissent au marxisme après son retour en Chine, en 1924.
Lorsque les forces de l’Expédition du Nord (Beifa) pénètrent dans le
Hunan en 1926, il quitte l’École normale de jeunes filles qu’il dirigeait depuis son retour et s’associe au travail de l’Association paysanne provinciale. Membre frais émoulu du G.M.D., il lit avec admiration le Rapport d’enquête sur le mouvement paysan dans le Hunan rédigé par Mao. Il se rend à Wuhan après la rupture entre la droite et la gauche de la coalition révolutionnaire (avril 1927). C’est là, à cinquante ans, qu’il adhère au P.C.C. sur la recommandation de Li Weihan (李維漢).
Après l’insurrection du 1er août il figure dans le comité révolutionnaire de Nanchang présidé par Tan Pingshan (譚平山) (voir Ye Ting (葉挺)). Il prend part ensuite à la retraite comme représentant du P.C.C. dans l’armée de He Long (賀龍). L’année suivante, en 1928, il tombe gravement malade alors qu’il se rend avec He Long à la frontière du Hunan et du Jiangxi pour y établir une « base rouge ». Rétabli, il séjourne à Moscou de 1928 à 1930. A l’Université Sun Yat-sen (voir Mif), il fait partie de la génération des aînés, comme He Shuheng (何叔衡), Wu Yuzhang (吳玉章) et Lin Boqu (林伯渠), et comme ces deux derniers il travaille à la réforme de l’écriture chinoise proposée dès 1921 par Qu Qiubai (瞿秋白).
Rentré en Chine en 1930, il rejoint les soviets du Jiangxi en 1931. L’année suivante, nommé vice-commissaire du peuple à l’Éducation, il devient, en l’absence du commissaire en titre (Qu Qiubai), le principal responsable de la République soviétique chinoise en matière d’instruction : l’intermède moscovite a métamorphosé le professeur en cadre. Dans le Shenxi, après la Longue Marche (dont il est l’un des plus vieux participants), il retrouve ces fonctions, occupant désormais le poste de Qu Qiubai, arrêté et exécuté par le G.M.D. en 1935. Un court intermède comme représentant du P.C.C. dans le Hunan suit, en 1937, la conclusion du second Front uni. Dès son retour à Yan’an en 1938, Xu reprend ses fonctions, comme directeur de l’Éducation dans le gouvernement de la région-frontière Shenganning présidé par Lin Boqu. En dépit d’innombrables difficultés matérielles, dont il s’ouvre à Edgar Snow, il parvient à organiser un enseignement supérieur de qualité tout en respectant la « ligne de masse ».
Il accède au C.C. lors du VIIe congrès du P.C.C. en 1945 et devient vice-directeur de la Commission du C.C. pour la propagande en 1947. Dès la prise de Pékin, en janvier 1949, il contribue à la mise en place d’« organisations de masse » destinées à encadrer les milieux scientifiques. Il siège à la C.P.C.P.C. et dans les diverses instances gouvernementales de la Chine populaire en tant que spécialiste des problèmes de l’éducation (et de la propagande, mais à un moindre degré). Élu puis réélu (en 1954, 1959 et 1965) à l’A.N.P. (ainsi qu’au comité permanent de l’Assemblée), il n’en abandonne pas moins toute activité politique après la réforme institutionnelle de 1954.
Considéré et donné en exemple comme l’un des wu lao (Cinq Anciens du Parti, voir Lin Boqu (林伯渠)), le « Vieux Xu » jouit du prestige inégalé d’avoir été le maître du Grand Éducateur : « Vous étiez mon professeur il y a vingt ans. Vous l’êtes encore maintenant et il est certain que vous continuerez à l’être dans l’avenir » écrivait Mao Tse-tung en 1937 à l’occasion du soixantième anniversaire de Xu. La presse reprend le compliment en 1962. Ce rare brevet assure à Xu Teli une fin tranquille, le 28 novembre 1968, en dépit de la Révolution culturelle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184537, notice XU Teli 徐特立 par Yves Chevrier, version mise en ligne le 8 février 2017, dernière modification le 8 février 2017.

Par Yves Chevrier

SOURCES : Outre KC (qu’il faut corriger à l’aide de BH), voir : Brandt (1965). — Milsky in CQ, no. 53, janvier-mars 1973. — Pékin Information, nos 17-19, 27 avril 1962. — Seybolt in CQ, no. 48, octobre-décembre 1971. — Nym Wales (1952).

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