XU Shiyou 許世友

Par Noël Castelino

Né en 1906 à Huangpi dans le Hubei, mort en 1985. Vétéran de l’Armée rouge, commandant en chef de la région militaire de Nankin de 1954 à 1973, l’un des artisans du retour au pouvoir de Deng Xiaoping en Membre du B.P. depuis 1969, il serait devenu membre, depuis de la Commission des affaires militaires du P.C.C.

Né une génération plus tôt, Xu Shiyou fût devenu seigneur de la guerre. En Chine populaire il a incarné, pendant plus de vingt-cinq ans, un pouvoir régional capable de peser d’une façon décisive dans les moments les plus critiques de la vie du pays. Xu Shiyou est avant tout un soldat, honnête et intempestif mais aussi cruel et sans pitié. Il a toujours su faire des choix nets : c’est une qualité que ses amis, Deng Xiaoping (鄧小平) en premier lieu, ont raison d’apprécier car s’il choisit le camp des vainqueurs en automne 1976, il n’aurait pas été moins solidaire de Deng au moment où celui-ci semblait être perdant.
Xu Shiyou est encore très jeune quand il quitte sa famille pour vivre pendant quelques années comme vagabond. Il entre ensuite dans un monastère taoïste où on lui inculque les arts martiaux traditionnels. Bientôt il quitte le monastère pour mettre ses talents de guerrier au service de Wu Peifu. C’est vers le début des années 1930 que Xu s’engage dans la 4e Armée de Zhang Guotao (張囯燾) et de Xu Xiangqian (徐向前). Le courage et les capacités de Xu Shiyou lui valent une ascension rapide : en 1933, à l’âge de vingt-sept ans, il est déjà commandant adjoint d’une unité importante de la 4e Armée. Xu Shiyou fait la Longue Marche avec les forces de Zhang Guotao, arrivant à la base rouge du Nord-Shenxi à l’hiver 1936. L’affaire Zhang Guotao le met en difficulté : il est contraint de subir une session d’autocritique. Cette expérience ne semble pas avoir dompté l’esprit turbulent de Xu Shiyou, qui faillit être fusillé à Yan’an pour avoir sorti son arme au cours d’un argument avec d’autres militaires. Mao Tse-tung (毛澤東) serait intervenu personnellement pour empêcher l’exécution de Xu.
Pendant la guerre sino-japonaise, Xu Shiyou pénètre dans le Shandong avec les forces de Liu Bocheng (劉伯承) qui sont placées sous les ordres de Xu Xiangqian. Il reste dans le Shandong pendant la guerre civile et c’est lui qui dirige la prise de la capitale de la province, Jinan, le 26 septembre 1948. Commandant de la région militaire du Shandong en 1949, il ne s’installe dans son futur fief de la Chine de l’Est qu’en 1954. Commandant en chef de la région militaire de Nankin, il dirige l’A.P.L. dans les provinces du Jiangsu, du Zhejiang et du Anhui. Titulaire de ce poste pendant dix-neuf ans, Xu va construire un bastion régional presque imprenable.
Les longues années passées à Nankin sont riches en histoires anecdotiques. Un caractère bouillant, les exagérations de la rumeur publique, font de lui un personnage de roman traditionnel, amoureux de la chasse et du maotai, intempestif et imprévisible. A mesure que son emprise régionale grandit, le seigneur de la Chine orientale s’élève dans la hiérarchie centrale. Élu membre suppléant du C.C. par le VIIIe congrès du P.C.C. en septembre 1956, il devient vice-ministre de la Défense nationale sous Lin Biao (林彪), après la destitution de Peng Dehuai (彭德懷), le 1er septembre 1959. En avril 1969, il entre au B.P. (IXe congrès du P.C.C.). C’est sa base régionale qui lui a permis de survivre à la Révolution culturelle sans se laisser entraîner dans l’aventure maoïste, même si le commandement de Nankin n’a pas échappé aux bouleversements des années 1966-1969.
La Révolution culturelle offre aux autorités centrales une occasion inespérée pour rappeler à l’ordre les barons régionaux. En 1967, Xu se trouve assiégé sur deux fronts : des intrigues surgissent au sein de son propre état-major et les Gardes rouges commencent à le critiquer. Il résiste à ces pressions grâce à sa propre audace et l’aide d’un puissant ami : Zhou Enlai (周恩來). A l’été 1967, il entreprend un nettoyage exemplaire des « rebelles » de Suzhou afin de montrer au Centre et aux Gardes rouges qu’il est prêt à aller jusqu’au bout. Mais peu après son propre bureau de Nankin est assiégé par des milliers de Gardes rouges, et seule l’intervention de Zhou Enlai le tire de l’impasse. Xu aurait ensuite subi une brève session d’autocritique à Pékin.
Il aura sa revanche en août 1968. Nommé président du comité révolutionnaire de la province de Jiangsu, il procède à l’élimination systématique de ses adversaires, en commençant peu- les Gardes rouges. Après la chute de Lin Biao en 1971, il se lance avec le même enthousiasme dans l’épuration des linbiaoistes de son entourage.
Ces services n’empêchent pas sa mutation en 1973. Il devient chef de la région militaire de Canton à la suite d’un manœuvre attribuée au « groupe de Shanghai » (Jiang Qing (江青), Zhang Chunqiao (張春橋), Yao Wenyuan (姚文元) et Wang Hongwen (王洪文)). Pourtant — et ceci est peut-être inattendu à Pékin — son déplacement à Canton aurait permis à Xu Shiyou d’acquérir une nouvelle base de pouvoir sans perdre l’essentiel de son influence en Chine de l’Est.
Homme sans complexes, Xu Shiyou se range carrément du côté de Deng Xiaoping dans la lutte pour la succession de Zhou et de Mao. Après sa deuxième chute (avril 1976), Deng se réfugie à Canton ; la protection directe de Xu le met hors de portée de ses ennemis. L’heure de Xu Shiyou arrive en automne 1976. Après la mort de Mao Tse-tung, il est parmi les premiers à réclamer l’arrestation de Jiang Qing. Il envoie des troupes à Shanghai afin d’étouffer dans l’œuf la rébellion maoïste qui se prépare (voir Wang Hongwen (王洪文)). C’est lui aussi qui fait arrêter Ding Sheng (son successeur) à Nankin et qui, selon certaines sources, l’aurait abattu de ses propres mains.
Après avoir apporté un soutien décisif à l’entreprise de Hua Guofeng (華囯鋒), Xu Shiyou s’attache à obtenir le retour de Deng Xiaoping. Pendant la première moitié de l’année 1977, Xu aurait été le cosignataire (avec Wei Guoqing (韋囯清), premier secrétaire du P.C. dans le Guangdong) d’une lettre adressée au C.C. critiquant la façon dont Hua Guofeng a été « élu » président du P.C.C. Au cours d’une réunion des hauts dirigeants en mars 1977, Xu et Wei auraient exigé que Deng Xiaoping soit nommé premier ministre et premier vice-président du P.C.C. Enfin, au 3e plénum du XIe C.C. en décembre 1978, Xu Shiyou aurait participé aux attaques lancées contre la « petite bande des quatre » (Wang Dongxing (汪東興), Chen Xilian (陳錫聯), Wu De (吳德) et Ji Dengkui (紀登奎)). Xu Shiyou a-t-il été disgracié au moment où Deng Xiaoping l’emportait sur ses adversaires ? Sinon, comment expliquer le fait qu’il perd son commandement à Canton lors du remaniement militaire général de février 1980, tandis qu’un vieux rival et subordonné, Yang Dezhi, devient chef d’état-major de l’A.P.L. ?
Commandant en chef des forces chinoises pendant la courte guerre sino-vietnamienne de février-mars 1979, Xu Shiyou aurait délibérément sacrifié les anciennes unités de Lin Biao afin de se débarrasser d’elles, ce qui — vu les pertes considérables essuyées par l’A.P.L. — aurait irrité Deng. Mais ce différend ne suffit pas à expliquer l’effacement du vieux baron. Peut-être la logique centralisatrice aurait-elle amené Pékin à ne pas tolérer l’existence des centres de pouvoir régionaux comme ceux de Xu Shiyou. Pourtant, Xu est toujours membre du B.P. Il est peut-être trop tôt pour fermer le dossier Xu Shiyou.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184536, notice XU Shiyou 許世友 par Noël Castelino, version mise en ligne le 25 janvier 2017, dernière modification le 25 janvier 2017.

Par Noël Castelino

SOURCES : Asiaweek, 2 novembre 1979. — Daubier (1979). — Garside (1981). — Issues and Studies, vol. XVI, nos 3-4, mars-avril 1980. — Mingbao (Les Lumières), 15 août 1977 ; 4, 5 et 6 mai 1980. — Terril (1978). — Zafanolli (1981). — Zhang Tanniu in Mingbao yuekan (Les Lumières, mensuel), vol. XV, no. 3, mars 1980.

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