XIANG Zhongfa 向忠發

Par Yves Chevrier

Né en 1879 ou 1888 (?) dans le Hubei ; fusillé en juin 1931. Secrétaire général du P.C.C. à l’époque de la « ligne Li Lisan » et de l’arrivée au pouvoir des Vingt-huit BolcheviKs (1928-1931).

Les secrétaires généraux du P.C.C. sont fils de la gentry (Chen Duxiu (陳獨秀), Qu Qiubai (瞿秋白), Qin Bangxian (秦邦憲)) ou de la paysannerie aisée (Wang Ming (王明), Zhang Wentian (張聞天)), intellectuels (les susnommés) ou bureaucrates (Deng Xiaoping (鄧小平), Hu Yaobang (胡燿邦)). Fils d’ouvriers (selon toute probabilité), prolétaire lui-même, syndicaliste de surcroît, Xiang Zhongfa est l’exception qui confirme une règle d’ailleurs applicable à la plupart des hauts dirigeants communistes. Son « être de classe » fut la seule recommandation de ce militant sans politique lorsqu’il fallut donner à Qu Qiubai, sacrifié aux échecs de l’été à l’hiver 1927 (comme Chen Duxiu l’avait été à ceux du printemps), un successeur qui ne fût marqué ni trop à droite (comme Zhang Guotao (張囯燾)), ni trop à gauche (comme Zhou Enlai (周恩來) et Li Lisan (李立三)). L’obscur Xiang, qui n’était d’aucune faction, fut l’homme du compromis, le pape de transition élu pour ménager à la fois l’Empereur et le Roi.
Mif fît venir à Moscou, comme délégués du P.C.C. au 9e plénum du C.E.I.C. (février 1928), Xiang Zhongfa et Li Zhenying (李振瀛). Après avoir cosigné les thèses qui censuraient Qu, Xiang fut invité à suivre un stage de formation à Moscou. Conseillé par Wang Ming, Mif avait jeté son dévolu sur Xiang afin de faire de lui un docile secrétaire général, choisissant un militant obscur par-dessus la tête des principaux dirigeants chinois dans le but ostensible de les réconcilier (suivant le témoignage de Li Weihan (李維漢), Xiang occupe dès cette époque le poste de secrétaire général du P.C.C.). Encore fallait-il que l’élu remplît une condition : être dans l’orthodoxie et dans les bonnes grâces du roi-Boukharine et de l’empereur-Staline. Xiang cultivait également la première et les secondes. Il l’avait prouvé en collaborant aux résolutions anti-Qu Qiubai du 9e plénum du C.E.I.C. ; il le prouva encore en imitant les exposés de Mif devant le VIe congrès du Komintern (juillet-septembre 1928) après son intronisation par le VIe congrès du P.C.C. (Moscou, juin-juillet 1928). Mais gouverner un C.C., diriger un parti — voilà qui exigeait plus que simple mimétisme. De retour à Shanghai (septembre 1928), Xiang Zhongfa s’y montra d’une inconsistance, ou plutôt d’une transparence extrême : au lieu de refléter la puissance de ses mentors moscovites, il en vint à refléter l’ascendant puis la « ligne » de Li Lisan (李立三).
On a pu raisonnablement supposer que l’opération Xiang Zhongfa, destinée à soumettre le P.C.C. à Moscou, avait été de surcroît un coup monté par Mif, l’homme de Staline, contre les partisans de Boukharine et de la modération : parmi les dirigeants renvoyés à Shanghai, Li Lisan et Zhou Enlai, favoris staliniens, l’emportaient nettement sur Cai Hesen (蔡和森) et Xiang Ying (項英), chefs de file des modérés, tandis que Zhang Guotao, seul homme fort de la droite, était neutralisé à Moscou sous prétexte de faire équilibre à Qu Qiubai, censé représenter la gauche. La nomination d’un secrétaire général-potiche ne pouvait que renforcer ce premier tour. Par la suite, son plan ayant été fort mal servi par Li Lisan et son maître ayant perdu toute raison de composer avec la droite, Mif devait renoncer à ces subtilités : il intervint sur place afin d’introniser lui-même l’homme fort qu’il avait choisi et formé (voir Wang Ming (王明)). En janvier 1931, le 4e plénum du (VIe) C.C. condamne la « ligne Li Lisan » et matérialise le nouveau plan de Mif : ses protégés (surnommés les Vingt-huit Bolcheviks) prennent la direction du C.C. Xiang Zhongfa est maintenu à son poste par commodité mais, pour s’être dûment auto-critiqué, il sait qu’il a changé d’homme fort et d’ordres. Arrêté en avril à la suite de la trahison de Gu Shunzhang (顧順章), il est exécuté en juin. Maladroit et mal venu dans la haute politique, Xiang Zhongfa s’est montré plus talentueux (et pour tout dire : plus sympathique) dans la carrière syndicale qui précède son élévation. Ouvrier à l’arsenal de Hanyang (l’une des villes constituant la métropole de Wuhan sur le moyen Yangzi avec Hankou et Wuchang), il semble avoir suivi l’une des écoles du soir organisées par les marxistes du Huber (voir Yun Daiying (惲代英), Chen Tanqiu (陳潭秋)). Il prend part au mouvement de grève des cheminots du Jing-Han (voir Yang Defu (楊德甫)) puis organise les mineurs du combinat de Hanyeping (dans la région de Wuhan) après 1923. De 1925 à 1927, il étudie à l’Université Sun Yat-sen sans qu’on sache comment L’obscur militant du Hubei a pris le chemin de Moscou ni dans quelles circonstances il adhère au P.C.C. (condition plus souvent que conséquence du séjour à l’Université). De retour en Chine au printemps 1927, il préside le Syndicat général du Hubei : son adhésion et ses deux années de formation moscovite l’ont sans nul doute élevé dans la hiérarchie syndicale. Wuhan étant devenu le siège de la coalition G.M.D. de gauche-P.C.C. (voir Wang Jingwei (汪精衛) et Borodine), la fonction est de première importance : devenu l’un des principaux exécutants de la politique sociale très modérée du gouvernement de Wuhan — ce en quoi il donne la mesure de son habileté —, Xiang Zhongfa entre au C.C. lors du Ve congrès du P.C.C. (avril-mai 1927). Il demeure à Wuhan après la rupture de l’alliance avec la gauche nationaliste (juillet 1927), ce qui lui permet de prendre part à la conférence du 7 août qui démet Chen Duxiu et intronise Qu Qiubai, son prédécesseur immédiat (voir Qu Qiubai (瞿秋白) et Lominadzé). Membre du B.P. provisoire désigné en août, il est nommé au comité du travail (présidé par Su Zhaozheng (蔌兆症)) en novembre, et part pour Moscou sans attendre les défaites de l’automne et de l’hiver 1927, qu’il reproche au « putschisme » de Qu (en compagnie des dirigeants soviétiques) dès février 1928. C’est alors que les dirigeants du Komintern, et Mif, s’avisent que cet homme indemne, disponible et soumis, est militant syndical, ouvrier même...

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184527, notice XIANG Zhongfa 向忠發 par Yves Chevrier, version mise en ligne le 8 février 2017, dernière modification le 8 février 2017.

Par Yves Chevrier

ŒUVRE : La production de Xiang Zhongfa est sans originalité pour toute la période de la « ligne Li Lisan » (1929-1930). Signalons sa contribution aux Thèses du 9e plénum du C.E.l.C. sur la question chinoise, qu’il cosigne avec Staline et Li Lisan (Boukharine y a également mis la main), Inprekorr, VIII, no. 16, 15 mars 1928.

SOURCES : Outre KC, voir : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), I (1971) et II (1972). — Hsiao Tso-liang (1961). — Li Weihan in Social Sciences in China, no. 3, 1983. — Thornton (1969). — Wang Fang-hsi (1980) et Peng Shuzhi (m Cadart/Cheng, 1983).

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