WU Zhenmin 吳振民

Par Lucien Bianco

Communiste hunanais, Wu commande une armée paysanne dans la région de Haifeng (Guangdong oriental), avant de revenir se faire tuer dans le sud du Hunan en août 1927.

Diplômé de la seconde promotion de l’Académie militaire de Huangpu (Whampoa : voir Blücher), Wu Zhenmin prend à Haifeng la direction d’un institut local de formation des cadres du mouvement paysan fondé par Peng Pai (澎湃) en 1925. Il commande ensuite une armée de paysans recrutés par les communistes locaux. En 1926 il est connu, en raison de son intrépidité et de sa brutalité, comme « le loup féroce » ou « le roi des tueurs ». Mais l’année suivante, il essuie plusieurs échecs à l’époque et au lendemain de la seconde insurrection de Haifeng (voir Peng Pai (澎湃) et Lin Daowen (林道文)). Il prépare d’abord une révolte dans le xian voisin de Huiyang, mais doit y renoncer en raison de l’attitude hostile d’un commandant de garnison que les communistes avaient cru favorable à leur cause. Isolée, la révolte de Haifeng est écrasée en moins de dix jours. On compte sur l’armée de Wu Zhenmin pour reprendre la ville, mais Wu paraît avoir répugné à exposer ses hommes contre des forces très supérieures. En tout cas, plusieurs tentatives avortent (entre le 10 et le 15 mai 1927) et Wu est blâmé pour ses échecs.
Il abandonne alors la région de Hailufeng et emmène son armée vers le nord en direction de Wuhua. Nouvel échec : Wu Zhenmin tombe dans le piège de la « ville vide », classique dans la stratégie chinoise. Wuhua passait pour mal défendue, mais une importante garnison s’y cachait, qui surprend les assaillants venus de Haifeng (21 mai 1927). Le même jour (ma ri, « le jour du cheval »), à quelques centaines de kilomètres au nord-ouest, d’autres communistes, encore plus nombreux, se faisaient massacrer à Changsha, capitale du Hunan (voir Li Weihan (李維漢)). C’est cependant vers le nord que Wu Zhenmin entraîne sa petite troupe de rescapés (trois cents hommes) : en direction de Wuhan, aux mains de la gauche du G.M.D., alors alliée aux communistes. Cette équipée haute en couleurs tourne mal : la « Longue Marche » de Wu Zhenmin n’atteindra jamais Wuhan. Il guerroie d’abord dans le nord-est du Guangdong, repose ses hommes et se ravitaille à Meixian tenue par un communiste du cru, puis rencontre sur le chemin de Jiaoling (dernière ville importante avant le Fujian) la concubine d’un officier de la 4e division G.M.D. stationnée à Nanchang, escortée de soixante hommes armés et chargée d’une tonne et demie d’opium de contrebande. Plus nombreux, les hommes de Wu s’emparent de cartes de la région, de billets de banque du Jiangxi et du sceau de la division qui leur permettra désormais de se faire passer pour une unité du G.M.D. Ils gagnent le Jiangxi, traversent le xian de Xunwu, où ils libèrent de nombreux ouvriers et paysans emprisonnés, puis pénètrent en juin dans une région qui allait faire partie de la zone soviétique centrale au cours des années suivantes (voir Zhu De (朱德) et Mao Tse-tung (毛澤東)). Ils traversent Huichang, puis la rivière Gan et atteignent Shangyou d’où tous les fonctionnaires G.M.D. ont fui. Wu les rassure en usant du sceau de la 4e Division, en arborant le drapeau G.M.D. et en faisant peindre des slogans anticommunistes. Le sous-préfet de Shangyou abandonne son refuge montagnard et revient organiser une réception en l’honneur de Wu Zhenmin et de son état-major « G.M.D. ». Au cours du dîner, Wu arrête ses hôtes. Décrit par la population locale comme un G.M.D. de gauche, le sous-préfet est relâché le lendemain, mais six autres convives, définis comme des « notables oppresseurs », sont hachés menu avec des couteaux et des poignards. Wu Zhenmin gagne enfin le Hunan, où il se rend aisément maître du xian de Rucheng (au sud-est de la province), toujours en faisant passer sa troupe pour une unité du G.M.D. : le sous-préfet de Rucheng lève même des taxes pour lui. Mais la rupture survenue le 15 juillet à Wuhan entre la gauche du G.M.D. et le P.C.C. (voir Wang Jingwei (汪精衛)) rend le double jeu plus difficile et les organisations de masse créées par Wu suspectes. Traqué par les forces du G.M.D., Wu Zhenmin finit par être encerclé le 7 août 1927 (autre date mémorable : voir Qu Qiubai (瞿秋白)) à une quarantaine de kilomètres de Rucheng. Au cours du combat qui dure toute la journée, trente de ses hommes sont tués et de nombreux paysans se rendent. Lui-même est blessé, fait prisonnier et mis à mort.
Un rescapé, qui réussit à regagner Haifeng en novembre, raconte la déroute de l’armée paysanne de Wu Zhenmin, dont le noyau était, en dépit d’assez nombreuses recrues hunanaises, demeuré jusqu’au bout constitué d’enfants de la région de la Rivière de l’Est. A cette date, Haifeng vivait les heures exaltantes (à tout le moins pour certains) des lendemains de la troisième insurrection et des débuts de la dictature soviétique (voir Lin Daowen (林道文) et Peng Pai (澎湃)) et le même général G.M.D. (Fan Shisheng) dont les troupes avaient détruit l’armée de Wu Zhenmin en août accordait sa protection à une autre armée communiste mal en point : celle de son vieil ami Zhu De, épuisée par une autre Longue Marche (et contremarche) de Nanchang vers le sud, puis vers le nord-ouest. Fluidité éphémère de la conjoncture : des aventures comme celle avortée de Wu Zhenmin ou féconde de Zhu De allaient très vite devenir impossibles. Dès le mois suivant, Zhu De rompait avec Fan Shisheng, avant de fonder en janvier 1928 sous la bannière communiste — le soviet de Yizhang et de rejoindre Mao aux Jingganshan quelques mois plus tard.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184505, notice WU Zhenmin 吳振民 par Lucien Bianco, version mise en ligne le 24 janvier 2017, dernière modification le 24 janvier 2017.

Par Lucien Bianco

SOURCES : Galbiati (1981). — Hofheinz (1977).

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