WANG Li 王力

Par Jean-Luc Domenach

Né en 1918 à Huaianxian (Jiangsu) ; propagandiste expérimenté et dirigeant provincial, devenu au cours de la Révolution culturelle un des leaders de la fraction gauchiste ; éliminé en septembre 1967.

Très peu d’hommes vraiment neufs et encore moins de jeunes gens ont accédé à des fonctions dirigeantes pendant la Révolution culturelle. Wang Li ne fait pas exception, bien qu’il ait alors connu une ascension soudaine, et fatale : en 1966, il a derrière lui une carrière déjà fournie. Issu d’une famille de propriétaires fonciers, le jeune Wang rejoint d’abord le G.M.D. et entre peu après au P.C.C. (1939). Il se spécialise rapidement dans la propagande et occupe divers postes au Shandong (1941-1949) puis à Shanghai (où il est quelques mois chef adjoint du Département de la propagande du comité municipal en 1949). Jusqu’en 1966, il reste au deuxième rang et partage ses activités entre la province du Hebei et les organes subalternes du C.C. Au Hebei, il dirige en 1950 le département de la propagande du comité du Parti de la ville de Shijiazhuang, dont il deviendra premier secrétaire en 1960 ; il est même, de 1958 à 1966, vice- gouverneur de la province. Ce sont peut-être ses talents de propagandiste qui le font connaître au Centre. Nous avons retrouvé dans la réédition, datant de février 1952, d’un opuscule de propagande destiné à la jeunesse, une contribution de Wang Li sur « la jeunesse de la nouvelle Chine et l’héroïsme révolutionnaire » (de ton très nationaliste). De 1954 à 1964, Wang travaille aussi dans un département du C.C. (très probablement celui de la propagande). Il accompagne une délégation dirigée par Mao Dun (矛盾) à la conférence de Moscou sur le désarmement mondial en février 1962.
A partir de 1964, Wang Li acquiert une place dans les groupes de travail qui débattent au Centre des mouvements idéologiques en cours. Il devient en effet l’un des adjoints de Chen Boda (陳伯達) à la direction du Drapeau rouge en septembre. Il est membre de deux importantes délégations à l’étranger : l’une dirigée par Peng Zhen (彭真) qui se rend en Indonésie pour le quarante-cinquième anniversaire du P.C. indonésien (mai 1965), l’autre conduite par Deng Xiaoping (鄧小平), qui assiste au IVe congrès du P.C. roumain (juillet 1965). Wang aurait ensuite travaillé sous l’autorité du premier groupe de la Révolution culturelle, dirigé par Peng Zhen, mais pour tenir informé le camp maoïste, notamment à l’époque des « thèses de février » (voir Peng Zhen).
Aussi le retrouve-t-on, avec d’autres publicistes proches de Chen Boda, tels Qi Benyu (慼本禹), Guan Feng (tous deux travaillant au Drapeau rouge) et Mu Xin (rédacteur en chef du quotidien (Clarté), dans le Groupe central de la Révolution culturelle qui succède à celui de Peng Zhen et organise l’insurrection de l’été 1966. Il en dirige la section de la propagande après la chute de Tao Zhu (陶鑄) et compte parmi ses membres les plus actifs. Surtout, Wang reste en contact direct avec les groupes de Gardes rouges les plus radicaux. S’il semble défendre des positions « orthodoxes » jusqu’au printemps 1967, il cautionne ensuite de très graves attaques contre des collaborateurs de Zhou Enlai (周恩來), tels Li Xiannian (李先念), Yu Qiuli (余秋里) et Li Fuchun (李富春), en leur reprochant notamment d’avoir favorisé le « contre-courant de février » imputé à Tan Zhenlin (譚震林). Lors de sa chute, on attribuera à Wang Li, ainsi qu’à Qi Benyu, un rôle de chef d’orchestre souterrain (mais le « chapeau » sera plus tard porté par Chen Boda) d’une organisation « gauchiste » subversive, le « Groupe du 16 mai », qui aurait projeté de prendre à Zhou Enlai la direction de l’État et à Lin Biao (林彪) celle de l’armée. Cette organisation, issue d’un noyau universitaire formé en octobre 1966, aurait été fondée le 3 août 1967 par la fédération de plusieurs groupes gauchistes. Si, dans l’état actuel des connaissances, une telle hypothèse paraît invérifiable et peu vraisemblable (elle réduit à un complot les désordres massifs de l’été 1967), il n’est pas douteux que Wang Li a joué (et perdu) sa carrière politique dans la poussée gauchiste de juillet-août 1967.
La fameuse « affaire de Wuhan » a probablement encouragé son ambition. Arrivé à Wuhan le 14 juillet 1967, en compagnie de Xie Fuzhi (謝富治), afin de soutenir la « gauche » réprimée par Chen Zaidao (commandant de la région militaire) malgré les ordre du Centre, Wang Li est bastonné et emprisonné par les mutins. Il ne doit la liberté qu’aux ordres réitérés du Centre et à l’intervention de quelques détachements loyalistes. Lorsqu’il rentre à Pékin, une jambe dans le plâtre, les Gardes rouges lui font un triomphe. Wang Li croit pouvoir profiter de la situation pour exploiter politiquement les divisions de l’armée. Il critique le comportement conservateur et parfois férocement répressif de certains féaux de Lin Biao comme Xiao Hua (蕭華), Huang Yongsheng (黃永勝) (à Canton) et Han Xianchu (à Fuzhou), ou la mollesse de vieux maréchaux comme Xu Xiangqian (徐向前). Wang déclare au début d’août : « à présent, la contradiction majeure à l’échelle nationale est la lutte entre les deux quartiers généraux à l’intérieur de l’appareil militaire ». Il provoque ainsi l’opposition de Lin Biao ainsi que d’autres chefs militaires soucieux de maintenir l’unité de l’armée. Au même moment, il attise l’hostilité de l’appareil d’État en soutenant, au nom du Groupe central de la Révolution culturelle, les attaques contre Chen Yi (陳毅). Ainsi déclare-t-il le 7 août à Yao Dengshan (要登山) et aux rebelles du ministère des Affaires étrangères : « Le Groupe central soutient tous les révolutionnaires... je ne vois guère d’excès chez vous... bien sûr que le projet de s’emparer de Chen Yi est correct », et ceci, qui peut viser Zhou Enlai : « Aussi impressionnant que puisse être le rang d’un personnage, s’il doit être critiqué, critiquez-le. » Dans les rues monte une fièvre « anti-impérialiste » et xénophobe : le bureau du chargé d’affaires britannique à Pékin est incendié le 22 août.
En l’absence d’autres informations, on peut s’étonner aujourd’hui qu’un cadre aussi expérimenté que Wang Li ait pris tant de risques sans s’assurer de soutiens ou de garanties solides à l’intérieur de l’appareil. La fragilité de sa position s’est en effet rapidement révélée quand Mao, prenant la mesure des désordres et des oppositions suscités par la flambée gauchiste de juillet-août, et considérant qu’il ne pouvait laisser mettre en jeu les principaux piliers de l’État, l’armée et la diplomatie, trancha en faveur de l’ordre. Accusé des pires crimes (même d’avoir travaillé pour Liu Shaoqi (劉少奇) en liaison avec Chiang Kai-shek...), Wang Li fut arrêté en septembre 1967. Il entraîna dans sa chute Guan Feng, Lin Jie et Mu Xin, Qi Benyu et Chen Boda ayant été réservés aux « fournées » suivantes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184454, notice WANG Li 王力 par Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 24 janvier 2017, dernière modification le 23 janvier 2017.

Par Jean-Luc Domenach

ŒUVRE : « Xin Zhongguode qingnian yu gemingde yingxiongzhuyi » (La jeunesse de la nouvelle Chine et l’héroïsme révolutionnaire), Qingnian yu geming yingxiongzhuyi (La jeunesse et l’héroïsme révolutionnaire), vingtième ouvrage d’une série de manuels pour la Jeunesse, compilé par le Département de la propagande du comité des jeunesses communistes de la ville de Shenyang et édité par le bureau de Shenyang des Éditions de la Jeunesse (réédition, février 1952), pages 50-55. — Articles dans Hongqi (Le Drapeau rouge), 1958, n° 12 et 1966, n" 15.

SOURCES : Iliez (1973). — Karnow (1972). — Leys (1971). — Mandarés et al. (1974). — Rice (1972) et Œuvre.

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