WANG Juntao 王君陶

Par Claude Widor

Né en 1958 à Nankin, animateur du « mouvement démocratique » (fin 1978-fin 1980) ; rédacteur de la revue parallèle le Printemps de Pékin, candidat aux élections de l’Université de Pékin en 1980.

Wang Juntao n’a pas encore dix-huit ans lors de son arrestation en 1976. Il a eu l’imprudence d’écrire dans un devoir scolaire qu’il s’était rendu place Tian’anmen le jour de la Fête des Morts, le 5 avril 1976 (voir Deng Xiaoping (鄧小平)). Et pourtant le jeune lycéen, né en 1958 à Nankin, a grandi dans la capitale parmi les privilégiés du régime : son père est professeur de théorie à l’École militaire.
Après la prison, dont la chute de la Bande des Quatre le libère, il découvre la misère des paysans dans une commune de la proche banlieue de Pékin (à Haidian), où il passe deux ans. En 1978 il est admis, fort brillamment, à l’Université de Pékin (Beida), dans le département de physique appliquée.
En octobre 1978 il est l’un des « héros du 5 avril » qui sont élus au C.C. de la L.J.C. lors de son Xe congrès. A Beida, il occupe les fonctions de secrétaire de la Ligue pour son département, jusqu’à ce qu’il soit sanctionné en raison de ses activités au Sein du mouvement démocratique.
Car Si Wang Juntao se réclame du marxisme et considère que le Parti peut être réformé de l’intérieur, il n’en croit pas moins à la nécessité de la plus large démocratie pour en finir avec le système bureaucratique. D’où la décision de fonder en janvier 1979 la revue Beijing zhi chun (Le Printemps de Pékin) dont Wang Juntao est à la fois le rédacteur en chef adjoint et la « boîte aux lettres » (son adresse, une chambre d’étudiant à Beida, est celle de la revue). Le Printemps de Pékin a sorti neuf numéros en dix mois d’existence : la revue disparaît au lendemain du procès de Wei Jingsheng (魏京生), le contestataire radical dont elle n’a pas hésité à prendre la défense.
A la fin de l’année 1980, Wang Juntao remet une nouvelle fois en cause son statut d’étudiant privilégié et l’avenir assuré qui l’attend, en présentant sa candidature aux élections de l’assemblée populaire de l’arrondissement de Haidian (circonscription électorale qui comprend l’Université de Pékin).
Wang fait scandale en affirmant sans ambages que « Mao Tse-tung (毛澤東) n’était pas marxiste » et que le verdict prononcé à rencontre de Wei Jingsheng est une « erreur judiciaire ». Il ne lui manque que quelques dizaines de voix pour être élu au second tour de scrutin, le 18 décembre 1980. Mais, dans cette prestigieuse université, les élections se sont soldées par une éclatante victoire des candidats indépendants, la plupart anciens responsables du mouvement démocratique (c’est le cas notamment de Hu Ping, élu député).
Deng Xiaoping, dans un discours prononcé lors de la Conférence de travail de décembre 1980, s’en émeut et dénonce nommément Li Shengping, candidat étudiant indépendant à l’Annexe no. 1 de l’Université de Pékin : Li Shengping, qui a rassemblé sur son nom 70 % des suffrages, était en 1979, comme son ami Wang Juntao, membre du comité de rédaction du Printemps de Pékin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184451, notice WANG Juntao 王君陶 par Claude Widor, version mise en ligne le 19 janvier 2017, dernière modification le 18 janvier 2017.

Par Claude Widor

ŒUVRE : « Shi xi zuoqing jihuizhuyi de jieji douzheng lilun » (Essai d’analyse de la théorie de la lutte des classes de l’opportunisme de gauche), Beijing zhi chun, no. 3, février 1979, reproduit in Widor, vol. 2 (1984).

SOURCES : Zhengming, no. 14, dec. 1978, p. 20 ; Jingbao, no. 26, sept. 1979, p. 10-12 et no. 31, fév. 1980, p. 10 ; Qishiniandai, no. 133, fév. 1981, p. 15-16.

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