REN Bishi 任弼時

Par Yves Chevrier

Né en 1904 dans le xian de Xiangyin (Hunan) ; mort en 1950 à Pékin. Vétéran de la L.J.C., l’un des tout premiers dirigeants du P.C.C. avant sa disparition précoce.

C’est en 1920, après avoir achevé ses études secondaires à Changsha, que Ren Bishi se rend à Shanghai, à l’instigation de He Minfan (賀民範). Tout en suivant des cours de russe à l’École des langues étrangères (voir Yang Mingzhai (楊明齋)), il adhère aux Jeunesses socialistes (voir Zhang Tailei (張太雷)). Puis, jusqu’en 1924, il poursuit ses études à Moscou (à l’Université communiste des travailleurs de l’Orient, voir Peng Shuzhi (彭述之)), devenant membre de plein droit du P.C.C. en 1922. Professeur de russe à Shangda (voir Qu Qiubai (瞿秋白)) dès son retour à Shanghai, il entre dans la direction de la L.J.C. en 1925 aux côtés de Yun Daiying (惲代英)et Zhang Tailei sur la recommandation de Peng Shuzhi. Il y remplace Zhang en 1926, puis prend la tête de cet organisme en 1927, tandis que l’explosion révolutionnaire dans les villes et dans les campagnes conduit de nombreux militants à opter pour une « ligne » beaucoup plus radicale que celle du P.C.C. Ren Bishi n’en soutient pas moins Chen Duxiu (陳獨秀) lors des grands débats du printemps 1927 (le Ve congrès du Parti le fait alors entrer au C.C.). Après le désastre de 1927, il est l’un des principaux responsables du P.C.C en zone urbaine. Ses activités clandestines le conduisent tour à tour à Shanghai, au Anhui (où il est arrêté en 1929), à Shanghai de nouveau (où il connaît une nouvelle fois la prison), puis dans le Hubei. De retour à Shanghai à la fin de l’année 1930 (c’est-à-dire au plus grave de la crise ouverte par la succession de Li Lisan (李立三)), il prend parti pour les maîtres de l’heure (Mif et les « Vingt-huit Bolcheviks » (voir Mif), ce qui lui vaut d’accéder au B.P. et au tout puissant Bureau central pour les zones soviétiques au début de l’année 1931 (voir Xiang Ying (項英)). Affecté à Ruijin (capitale des soviets du Jiangxi) de mars 1931 au début de l’année 1933, il aide à la reprise en main des « bases rouges » du Jiangxi, œuvres de Mao Tse-tung (毛澤東) et Zhu De (朱德), par les hommes du Centre, et parcourt l’épisode anti-maoïste de la « ligne Luo Ming (羅明) » dans le sillage de Zhou Enlai (周恩來), ce qui, après la victoire définitive de Mao ; lui vaudra d’être blanchi en même temps que Zhou.
A partir de mai 1933, Ren Bishi, jusqu’ici homme d’appareil et militant urbain, entame une carrière inattendue de guérillero. Tout d’abord commissaire politique de Xiao Ke dans le petit soviet qui s’est reconstitué à la frontière hunanaise du Jiangxi (là même où s’élèvent les célèbres Jinggangshan, qui avaient abrité la retraite de Mao à la fin de l’année 1927), il exerce les mêmes fonctions auprès de He Long (賀龍) à partir de 1934, la cinquième « campagne d’annihilation » nationaliste ayant contraint Xiao Ke à faire retraite vers l’ouest à l’été 1934 puis à fondre son armée dans celle de He Long, qu’il rencontre au Guizhou en octobre 1934. Ren Bishi devient le principal représentant civil du Parti auprès de He Long à la suite de Deng Zhongxia (鄧中夏) et de Xia Xi (夏曦), disparus à cette date. Il participe ensuite (à partir de juin 1936) à l’équipée malheureuse de Zhang Guotao (張囯燾), qui poursuit sa propre « longue marche » à l’écart de celle que Mao a conduite au nord du Shenxi à l’automne 1935. L’histoire officielle lui rend grâce d’avoir fait pression (avec d’autres : voir Zhu De (朱德), Liu Bocheng (劉伯承)) sur Zhang Guotao pour que le rival de Mao regagne la base du Shanbei (nord-Shenxi), mettant fin à l’une des scissions les plus graves de l’histoire du P.C.C. (voir Zhang Guotao).
Au sein de l’Armée rouge réunifiée en décembre 1936 (appelée 8e Armée de route par la grâce du second Front uni à partir de l’été 1937), Ren Bishi occupe le sommet de la pyramide politique en tant que directeur du Département politique général, sous Zhu De et Peng Dehuai (彭德懷). La maladie le contraint peut-être à renoncer à ces fonctions en 1938, au bénéfice de Wang Jiaxiang (王稼祥). Après un séjour médical (?) de deux années en U.R.S.S., il rentre à Yan’an, où il s’occupe surtout de problèmes économiques. Toujours membre du B.P. à l’issue du VIIe congrès du P.C.C. (printemps 1945), il fait partie de la petite élite des hauts dirigeants qui conduisent la guerre civile. Seules la maladie, qui s’aggrave en 1949, et la mort, qui frappe en 1950, nous empêchent de prendre toute la mesure officielle d’un personnage qui troque d’emblée l’aura du révolutionnaire pour l’auréole du héros.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184403, notice REN Bishi 任弼時 par Yves Chevrier, version mise en ligne le 10 janvier 2017, dernière modification le 10 janvier 2017.

Par Yves Chevrier

ŒUVRE : Nombreux articles in Zhongguo Qingnian (La Jeunesse chinoise) et, pour l’époque du Jiangxi, dans Douzheng (Combat).

SOURCES : Outre KC, voir : Brandt (1958). — Cadart/Cheng (1983). — Hsiao Tso-liang (1961), le témoignage recueilli par A. Smedley (1938) et le volume hagiographique Xuexi Ren Bishi tongzhi (Apprenons du camarade Ren Bishi) (1950).

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