QI Benyu 慼本禹

Par Jean-Luc Domenach

Jeune historien devenu au début de la Révolution culturelle l’un des éléments les plus radicaux de la faction maoïste ; éliminé en février 1968.

L’irruption sur la scène politique chinoise de cet intellectuel de moins de quarante ans, aux origines inconnues, peut être comparée à celle de Yao Wenyuan (姚文元) — lequel a su cependant se montrer plus habile dans la suite. Tous deux furent en effet de ces « Jeunes Turcs » probablement manipulés par l’entourage de Mao Tse-tung (毛澤東), dont l’offensive mit fin, en 1963-1964, à quelques années de relative libéralisation dans le domaine culturel. Pour sa part, Qi Benyu se signale alors par un article dans la revue Études historiques qui reproche au fameux historien Luo Ergang d’avoir brossé un tableau complaisant de Li Xiucheng, général Taiping qui avait fini par rédiger une confession (voir Qu Qiubai (瞿秋白)). L’establishment culturel dirigé par Zhou Yang (周揚) réagit contre Qi Benyu, mais celui-ci est protégé par Jiang Qing (江青), la femme de Mao. Aussi contribue-t-il au lancement de la Révolution culturelle en attaquant à nouveau les milieux universitaires dans le Drapeau rouge, la revue du C.C. (dont il deviendra rapidement l’un des dirigeants) et en soutenant l’offensive déclenchée par Yao Wenyuan contre Wu Han (吳晗) et la mairie de Pékin (février-mars 1966).
Le rôle proprement politique de Qi Benyu se confirme dans les mois qui suivent. En juillet 1966, il défend les rebelles de l’université de Qinghua voir Kuai Dafu (蒯大富)) contre 1’« équipe de travail » dirigée par Wang Guangmei (王光美), la femme de Liu Shaoqi (劉少奇). En septembre, il apparaît comme membre du Groupe central chargé de la Révolution culturelle : il se situe désormais, comme Wang Li (王力), dans l’aile marchante du mouvement, qu’inspirent Chen Boda (陳伯達) et Jiang Qing. L’article qu’il publie en avril 1967 dans le Drapeau rouge, intitulé « Patriotisme ou trahison nationale », constitue le premier acte d’accusation public contre Liu Shaoqi : les Gardes rouges de Qinghua s’en emparent afin d’« interroger » Wang Guangmei.
Qi est-il entraîné par ses convictions ou victime de conseils machiavéliques ? Dans l’été 1967, Qi Benyu soutient les attaques de Yao Dengshan (要登山) contre le ministre des Affaires étrangères Chen Yi (陳毅) et celles de Wang Li contre certains responsables militaires. Abandonné par la faction maoïste, il n’est pourtant pas épuré en même temps que les autres leaders radicaux (Wang Li, Guan Feng, Mu Xin, Lin Jie) : Jiang Qing a donc le temps de se désolidariser de lui. Sa chute devient officielle en février 1968. On lui reprochera d’avoir dirigé les assauts du « Groupe du 16 mai » (voir Wang Li (王力)) contre Zhou Enlai (周恩來) et l’armée, mais aussi d’avoir rassemblé des documents compromettants sur le compte de Jiang Qing...

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184396, notice QI Benyu 慼本禹 par Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 10 janvier 2017, dernière modification le 14 juin 2017.

Par Jean-Luc Domenach

ŒUVRE : Articles dans Lishi Yanjiu (Études historiques) 1963, n° 4. — Hongqi (Le Drapeau Rouge) 1965, n° 13 ; 1966 nos 4 et 7 ; 1967, n° 4. — RMRB, 15 décembre 1966.

SOURCES : Goldman, Merle (1981) et in Johnson (1973). — Illiez (1973). — Leys (1971). — Rice (1972).

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