PENG Gongda 彭公達

Par Lucien Bianco

Né en 1903, mort en 1928. Secrétaire du comité provincial du P.C.C. dans le Hunan en d’aoùt à novembre 1927, y dirige l’insurrection de la Moisson d’automne (septembre 1927) à laquelle Mao Tse-tung apporte un appui réticent.

Présent à la réunion extraordinaire du 7 août 1927 (voir Qu Qiubai (瞿秋白)), Peng Gongda est aussitôt envoyé avec Mao dans le Hunan afin d’y déclencher l’insurrection. De même que l’entreprise simultanée du Hubei (voir Fu Xiangyi et Wu Defeng (吳德峰)) se concentre en fait dans quelques xian du sud-est de la province, celle du Hunan se limite à sept xian des environs de Changsha, à l’est et au nord-est de la province. Après quelques succès éphémères, comme la prise d’un chef-lieu de xian, Liling, et l’occupation de la ville de Zhuzhou au sud de Changsha le 12 septembre (Zhuzhou sera évacuée quelques heures plus tard et Liling le lendemain), l’équipée se termine presque aussi vite et aussi mal que celle du Hubei. Défections et défaites conduisent Peng Gongda (principal responsable en l’absence de Mao, arrêté par une force de police rurale) à décommander le 15 septembre le soulèvement prévu pour le lendemain à Changsha. Le 19 septembre, les rescapés rejoints par Mao libéré décident à Wenjiashi, petite ville de montagne proche des confins du Jiangxi, de renoncer à l’insurrection et de commencer en direction du sud une retraite qui devait les conduire aux Jinggangshan.
Peng Gongda a été réprimandé et puni encore plus durement que Mao pour l’échec de l’insurrection dans le Hunan. L’un et l’autre perdent en novembre 1927 leurs sièges de membre suppléant du B.P., et de membre du comité provincial du Hunan, mais Peng est en outre mis à l’épreuve en tant que membre du P.C.C. pour une durée de six mois. On lui reproche d’avoir désobéi aux instructions de la direction du Parti, d’avoir accordé trop d’importance à des alliances douteuses avec des bandits et autres unités paramilitaires au lieu de faire fonds avant tout sur les masses paysannes et de s’être abstenu de proclamer le programme de révolution agraire et de déclencher la terreur rouge seuls susceptibles de mobiliser lesdites masses. Que Peng (et Mao) en aient pris à leur aise avec les directives inapplicables du Centre, la chose est indiscutable. Pour le reste, la principale erreur des responsables hunanais a été d’avoir brossé au cours des mois précédents un tableau trop optimiste de la situation locale et d’avoir encouragé les dirigeants nationaux à se lancer dans une aventure sauts espoir. Une fois engagés dans le feu de l’action, Mao et Peng (de même que leurs homologues du nord, membres du comité spécial du Hubei méridional) sont parvenus à une appréciation bien plus réaliste de la situation que les dirigeants nationaux installés à Wuhan. S’il leur est arrivé de s’appuyer sur des alliés destinés à faire défection, voire à les trahir au moment du combat, ce n’était pas qu’ils entretinssent la moindre illusion à leur sujet, mais parce qu’ils étaient tout aussi dépourvus d’illusions sur ce que voulaient et pouvaient, dans la conjoncture de l’été 1927, les masses paysannes de l’une et l’autre provinces.
Le rapport d’un certain camarade Ma (Kefu), qui devait servir de base à la condamnation de Peng Gongda, illustre l’incompréhension tragique entre les deux niveaux, celui de l’exécution et celui de la direction. Ma Kefu le nouveau consul soviétique à Changsha et représentant régional du Komintern (Vladimir Kuchumov, usant du pseudonyme Mayer) envoyé par le Centre pour contrôler et superviser l’insurrection du Hunan, tempête contre le défaitisme, la lâcheté et la duplicité des responsables hunanais et de Peng en particulier. Tout en feignant d’obtempérer et de transmettre au comité provincial les objurgations pressantes de Ma, Peng Gongda se contente de chuchoter à l’oreille de l’interprète : « Il ne comprend rien. Intellectuel perdu dans les livres... Les conditions objectives sont mauvaises, nous n’y pouvons rien et il est incapable de s’en rendre compte. »
Peng Gongda a lui-même présenté le 9 Octobre 1927 un rapport très détaillé (Saich 1996, pp. 322-331) sur le soulèvement de la Moisson d’automne. Il précise les vues de Mao Tse-tung, partisan de confisquer les terres de tous les propriétaires fonciers, petits et grands. Le rapport attribue le relatif échec de l’insurrection aux erreurs du Comité provincial du Hunan : insuffisante préparation militaire et insuffisante mobilisation de la paysannerie. Il aurait pu à plus juste titre s’en prendre à la politique aventuriste des vrais responsables : Moscou et la direction du P.C.C.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184382, notice PENG Gongda 彭公達 par Lucien Bianco, version mise en ligne le 9 janvier 2017, dernière modification le 22 août 2017.

Par Lucien Bianco

SOURCES : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), II (1972). — Hofheinz (1966) et in CQ, n° 32, octobre-décembre 1967. — Hsiao Tso-liang (1972). — Li Weihan in Social Sciences in China, n° 3, 1983. — Wilbur (1983) — Pak (1971), pp ; 103-108 - Pantsov (2012), pp. XIII, 194, 197, 201, 205-206. — Saich (1996), pp. 279, 322-331, 498 et 504.- Schram et Nancy Hodes (1995), vol. III (1927-1930).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément