NIE Rongzhen 聶榮臻

Par François Godement

Né en 1899 dans le Sichuan. Vétéran de l’A.P.L., père de la bombe atomique chinoise ; membre du B.P. depuis 1967 ; vice-président de la Commission des affaires militaires du C.C. et de la Commission militaire centrale (juin 1983).

Nie Rongzhen est un des derniers grands du communisme chinois et de son épopée armée. Né dans une famille rurale aisée du Sichuan, c’est dès le mouvement du 4 mai 1919 qu’il entre dans la vie politique, alors qu’il était encore au lycée. Intéressé par le mouvement travail-études (voir Li Shizeng (李石曾)), il partit en France la même année, avec son compatriote sichuanais Deng Xiaoping (鄧小平). Il étudia à Grenoble puis — toujours avec Deng — à Charleroi, à l’Université du travail établie par le Parti socialiste belge. Après avoir adhéré aux Jeunesses socialistes sous l’influence de Zhou Enlai (周恩來), il adhéra en 1922 au P.C.C. Il fut en 1923-1924 ingénieur au Creusot et chez Renault.
En 1924, il part pour Moscou, où il étudie à l’Université communiste des travailleurs de l’Orient (voir Peng Shuzhi (彭述之)) et à l’Académie de l’Armée rouge. En 1925 il rentre à Canton, devient membre du comité militaire du P.C.C. pour la province du Guangdong et instructeur de l’Académie de Huangpu (voir Blücher). Lors de l’Expédition du Nord, il est représentant militaire du P.C.C. dans l’armée de Zhang Fakui. Il prend part ensuite à l’insurrection de Nanchang (voir Ye Ting (葉挺)), de même qu’à la retraite des insurgés qui, après un nouvel échec à Shantou (Swatow), rallient les Soviets de Hailufeng (voir Peng Pai (澎湃)). Nie participe encore au soulèvement de Canton à la fin de l’année ; il serait resté à Hong Kong jusqu’en 1930. Après un intermède en Chine du Nord et à Shanghai (1931), il rejoint les soviets du Jiangxi, fief de Mao Tse-tung (毛澤東) et Zhu De (朱德). A partir de 1932, il devient commissaire politique du 1er Corps d’armée de Lin Biao (林彪) ; il restera auprès de celui-ci jusqu’à Yan’an (avec un intervalle qui le lie à Chen Yi (陳毅)), après avoir contribué à la légende de la Longue Marche par quelques hauts faits. Nie a surtout assisté à la conférence de Zunyi (janvier 1935) (voir Mao Tse-tung) où, comme les autres chefs militaires (Peng Dehuai (彭德懷), Liu Bocheng (劉伯承) et Lin Biao) il à soutenu Mao.
Après le déclenchement de la guerre sino-japonaise (1937-1945), Nie Rongzhen (qui est toujours commissaire politique de Lin Biao, dans la 115e division de la 8e Armée de route) établit (en novembre 1937) la région militaire du Shanxi-Chahar-Hebei, qu’il dirige pendant le plus clair de la guerre, tandis que Lin retourne à Yan’an. La région est un modèle d’application du Front uni, la présidence étant confiée à un fonctionnaire de l’administration locale. Malgré des fluctuations dues aux attaques constantes des Japonais, Nie sera à la fin de la guerre à la tête d’une armée de 65 000 hommes. Le VIIe congrès du P.C.C. le fait entrer au C.C. Très actif durant la guerre civile (1946-1949), il devient en mai 1948 commandant de la région militaire de Chine du Nord. Deuxième secrétaire du Bureau de la Chine du Nord sous Bo Yibo (薄一波), il sera un personnage essentiel de la région jusqu’en 1955. Il joue avec Lin Biao un grand rôle dans l’encerclement de Pékin et dans les négociations qui préludent à la reddition. Il devient commandant de la garnison, poste qu’il occupera jusqu’en 1955. Enfin, le 8 septembre, il devient maire de Pékin, trois semaines avant la proclamation de la République Populaire.
Une importante et classique carrière gouvernementale l’attend, notamment à la tête de nombreux organismes militaires. Il est aussi l’un des rédacteurs de la loi organique qui régit la Chine jusqu’à la Constitution de 1954 et l’un des dix maréchaux promus en 1955.
En 1956, il devient vice-président du Conseil des affaires d’État, et commence à intervenir dans le domaine de la science. En mai 1957 il succède à Chen Yi à la tête de la Commission de planification scientifique. En l’absence de tout organisme concurrent dans le Parti, on peut dire que Nie règne sur la science et assure sa liaison avec les militaires. Il est aussi vice-président de l’important Comité des Affaires militaires, sans compter les postes ordinaires : délégué aux A.N.P., vice-premier ministre...
Nie supervise ainsi la mise au point de l’arme nucléaire. Le 16 octobre 1964 explose la première bombe thermonucléaire. L’atome fait partie de la stratégie défensive chinoise au même titre que la guerre populaire et est moins critiqué par les maoïstes que la guerre terrestre conventionnelle. Nie et ses subordonnés ont sans doute bénéficié d’une priorité, et aussi d’une immunité. Priorité marquée par l’évolution des crédits et par l’indépendance de ce secteur. Immunité qui deviendra significative lors de la Révolution culturelle. Dès la circulaire du 16 mai 1966, les savants et chercheurs sont mis à l’écart des bouleversements éventuels. Nie entre au B.P. en pleine période de crise (janvier 1967). Il est violemment attaqué en 1967-1968, en particulier par la faction de Jiang Qing (江青) : les Gardes rouges l’accusent d’avoir constitué un « royaume indépendant ». Mais cette accusation demeure lettre morte.
En 1968 il est à nouveau attaqué, cette fois-ci pour avoir conspiré avec Yang Chengwu, son ancien subordonné devenu chef d’état-major, qui est alors déchu. Parallèle à une offensive contre Chen Yi, cette attaque contre Nie fut peut-être l’un des aspects du conflit entre Jiang Qing et Zhou Enlai. Nie, comme Chen Yi, perd sa place au B.P. en 1969, et après 1968 les experts de l’atome sont souvent rattachés dans les journaux au ministère de la Défense de Lin Biao, plutôt qu’au Conseil des Affaires de l’État de Zhou. Mais Nie ne perdra jamais la présidence au moins nominale de sa commission. Il sera réélu au C.C. à partir de 1969 et au B.P. à partir de 1973. Il semble également avoir retrouvé la vice-présidence de la Commission militaire du C.C. au lendemain de l’affaire Lin Biao. En juin 1983, l’A.N.P. élit les responsables de la Commission des affaires militaires du C.C. à la direction de la nouvelle Commission militaire centrale (laquelle est pourtant destinée à renforcer le pouvoir de l’État sur l’armée) : Nie Rongzhen devient donc l’un des vice-présidents du nouvel organisme, aux côtés de Ye Jianying (葉劍英), Xu Xiangqian (徐向前) et Yang Shangkun (楊尚昆) et sous Deng Xiaoping. Il est cependant difficile d’évaluer le rôle exact que son grand âge lui permet encore de jouer.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184375, notice NIE Rongzhen 聶榮臻 par François Godement, version mise en ligne le 14 décembre 2016, dernière modification le 14 décembre 2016.

Par François Godement

ŒUVRE : Des Souvenirs (Nie Rongzhen huiyi lu) en 3 vol. ont été publiés aux presses de l’A.P.L. en 1983-1984.

SOURCES : Outre KC et BH, voir : J. Ch’en in CQ, n° 40, octobre-décembre 1969. — Dix Grandes Années (1960). — Huang Chen-hsia (1968). — Pollack, in CQ n° 50, avril-juin 1972. — The Long March, Eyewitness Accounts (1963).

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