NI Zhifu 倪志福

Par Jean-Luc Domenach

Né à Shanghai en 1933. Ouvrier modèle, membre du C.O. (1969) et membre suppléant (1973) puis de plein droit (1977) du B.P., président dé la Fédération pan-chinoise des syndicats depuis 1970.

A la différence de Li Suwen (李素文) ou Wu Guixian (吳桂顯), cet ouvrier modèle parvenu à de hautes responsabilités après la Révolution culturelle n’à pas été mis à l’écart après la chute des Quatre (voir Jiang Qing (江青)). Comme nombre de modèles du travail, il doit tout au nouveau régime. Issu d’une famille paysanne misérable et contraint de travailler dès l’âge de onze arts dans une usine de Shanghai contrôlée par des Japonais, Ni Zhifu adhère au syndicat en 1949 et suit des cours de formation professionnelle. Transféré, ainsi que beaucoup d’autres ouvriers shanghaïens, dans l’une des nouvelles usines mécaniques que l’on a créées à Pékin, il se signale par l’invention d’un nouveau type de foret (1953). Cette invention, dont il exposera les vertus devant des auditoires académiques, rend son nom célèbre dans le pays avant que lui-même ne la définisse, pendant la Révolution culturelle, comme la « cristallisation de la sagesse des masses ».
Sans jouer un rôle de premier plan pendant les années troublées de 1966 à 1968, cet ouvrier très qualifié et très ambitieux a manifesté une orthodoxie suffisante pour faire partie de la fournée des travailleurs modèles élus au C.C. par le IXe congrès (avril 1969). A cette promotion largement symbolique succède, en 1973, une véritable ascension politique qui semble liée à deux facteurs différents. D’une part, comme ancien travailleur modèle, au surplus très connu, il bénéficie naturellement des efforts quelque peu publicitaires entrepris par la « gauche » du régime (Jiang Qing, Zhang Chunqiao (張春橋), Yao Wenyuan (姚文元)) pour « prolétariser » les appareils de direction. Mais d’autre part, étant parvenu à la célébrité bien avant la Révolution culturelle, il ne dépendait pas complètement de ses thuriféraires et trouvait, semble-t-il, des appuis parmi les dirigeants proches de Zhou Enlai (周恩來). En 1973, à l’âge exceptionnellement jeune pour la Chine de quarante ans, Ni Zhifu accède soudain à de réelles fonctions dirigeantes : il devient président local des syndicats, responsable des milices ouvrières et secrétaire du comité du P.C.C. de Pékin ; à l’issue du Xe congrès du P.C.C., le C.C. l’élit membre suppléant du B.P. en même temps qu’il porte à de très hautes responsabilités 1’« ouvrier de Shanghai » Wang Hongwen (王洪文).
Dans les mois qui suivent, son ascension paraît ralentie, et il n’exerce au Centre que des fonctions peu importantes. Même à l’intérieur des milices ouvrières de Pékin, la gauche du régime semble lui préférer des activistes í plus dociles, tel ce Ma Xiaoliu qui écrasera les manifestations de la place Tian’anmen (avril 1976). Encore que le rôle de Ni Zhifu dans cette affaire soit peu clair, la chute de la « Bande des Quatre » lui profite dans un premier temps. Il fait partie du petit groupe de dirigeants sur lesquels Hua Guofeng (華囯鋒) s’appuie pour rétablir l’ordre et renforcer sa légitimité. Il remet au pas la milice de Pékin et, muni du titre temporaire de deuxième secrétaire de la ville de Shanghai, y élimine, sous l’autorité de Su Zhenhua, les partisans des « Quatre » (voir Zhang Chunqiao (張春橋)). Rentré à Pékin, il reçoit une nouvelle promotion en août 1977 : à l’issue du XIe congrès du P.C.C., il accède au titre de membre de plein droit du B.P. Il devient également, à la même époque, deuxième secrétaire du comité du P.C.C. de Pékin. Nombre d’observateurs extérieurs inclinent alors d’autant plus à lui prêter un avenir politique qu’ils ignoraient auparavant) son nom, et que le régime chinois paraît alors réconcilier les maoïstes modérés et les partisans de Deng Xiaoping (鄧小平). Devenu en octobre 1978 président de la Fédération des syndicats, Ni Zhifu semble incarner la légitimité ouvrière du P.C.C.
Pourtant, quelques semaines après, les ennuis commencent pour lui, Deng laisse se développer un mouvement de contestation dont l’une des principales cibles est Wu De (吳德), le supérieur hiérarchique à Pékin de Ni Zhifu. Bientôt, les émeutiers de Tian’anmen deviennent officiellement des héros. Les soupçons qui pèsent sur le rôle de Ni Zhifu dans la répression s’alourdissent : il perd en décembre 1979 ses fonctions pékinoises. Depuis lors, ses activités se sont pratiquement bornées au domaine syndical. Néanmoins, malgré le durcissement du verdict officiel sur la Révolution ’ culturelle, il a conservé ses fonctions au B.P. et à la tête de la Fédération pan-chinoise des syndicats. Cet ancien ouvrier modèle demeurait en 1983 l’un des rares représentants de la « gauche » dans les milieux dirigeants chinois.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184374, notice NI Zhifu 倪志福 par Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 14 décembre 2016, dernière modification le 14 décembre 2016.

Par Jean-Luc Domenach

SOURCES : Outre WWCC, voir RMRB,1971-1983 et Mingbao 11-17 août 1977.

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