LUO Zhanglong 羅章龍

Par Alain Roux et Yves Chevrier

Né en 1901 à Liuyang (Hunan). L’un des premiers militants ouvriers du P.C.C. Opposant à la « ligne Li Lisan », devenu entre 1928 et 1930 responsable central du Syndicat général pan-chinois clandestin avant son exclusion du P.C.C. Il s’est par la suite rallié au régime de la R.P.C., où il vit encore.

Issu d’une famille de paysans riches de Liuyang (Hunan), Luo Zhang- long est l’un des trois premiers Hunanais qui répondirent au printemps 1917 à l’appel de Mao Tse-tung (毛澤東) pour créer un groupe attiré par l’éducation physique et l’action politique. En 1918, il est membre de la « Société d’étude des hommes nouveaux » créée par Cai Hesen (蔡和森) et Mao à Changsha. On le retrouve à Beida à la fin de la même année. C’est un brillant étudiant de la section de langue allemande. A ce titre, après une période où il semble attiré par l’anarchisme de l’« Association pour l’éducation des masses » et où il est membre d’un « village nouveau », le « Village du jardin du matin » fondé par des Hunanais tels Zhang Guotao (張囯燾) et Deng Zhongxia (鄧中夏), il fait connaître Hegel et Marx aux jeunes étudiants radicaux. En septembre 1920, il est l’un des 40 membres du groupe de la Jeunesse socialiste de Pékin et en novembre il rejoint le groupe d’étude marxiste animé par Li Dazhao (李大釗). Il sera l’un des tout premiers fondateurs du P.C.C.
A partir de cette date, Luo Zhanglong devient l’un des principaux responsables du Secrétariat du travail pour la Chine du Nord. Adjoint de Deng Zhongxia et membre de la rédaction de Laodong zhoukan (L’Hebdomadaire du travail), il est délégué au premier Congrès panchinois du travail à Canton en mai 1922. Après le massacre du 7 février 1923 (voir Yang Defu (楊德甫)), il est le principal responsable syndical pour la Chine du Nord. Comme la majorité des responsables communistes, il s’oppose dans un premier temps au Front uni imposé par Maring. Les articles qu’il écrit dès septembre 1923 sur la condition paysanne et les rébellions agraires montrent cependant qu’il accepte la nécessité d’alliances extra-prolétariennes.
Sa trace se perd ensuite quelque peu jusqu’en 1927. Il est alors responsable syndical à Shanghai, secrétaire du comité provincial du P.C.C. pour le Jiangsu et seconde Su Zhaozheng (蔌兆症) à la direction du comité du travail du C.C. Le VIe congrès du P.C.C. (Moscou, juin-juillet 1928) l’élit au C.C. Désormais, Luo est un cadre central du Parti à l’autorité bien affirmée. C’est lui qui présente le rapport sur le mouvement ouvrier chinois devant le 3e plénum du Secrétariat ouvrier pan-pacifique (Shanghai, 21 octobre 1927). Il préside le Syndicat général pan-chinois et, à ce titre, signe un appel pour la tenue d’un congrès syndical pan-pacifique à Vladivostok en août 1929. De novembre 1928 à mai 1929, il est le principal rédacteur de Zhongguo gongren (L’Ouvrier chinois), l’organe du syndicat général dont la parution reprend clandestinement. Il prend le nom de plume de Cang Hai (voir Ji Pinkun (奚炳根) et Luo Dengxian (儸登賢)).
Plusieurs textes ou déclarations de Luo Zhanglong permettent de préciser la position des responsables shanghaïens du mouvement ouvrier dans le conflit qui va les opposer au Centre, dominé par Li Lisan (李立三). C’est ainsi que dressant le bilan du mouvement ouvrier à Shanghai devant le 3e plénum pan-pacifique, il déclare : « les syndicats jaunes ou gris (...) sont de véritables organisations ouvrières mais (...) gardent des relations formelles avec le G.M.D. afin d’éviter leur destruction... ». Comme He Mengxiong (何夢雄), Luo pense que ces organisations sont utiles à la survie du mouvement ouvrier et que leurs revendications économiques reflètent assez bien l’état d’esprit de la classe ouvrière de Shanghai. A l’inverse, Li Lisan proclame la volonté révolutionnaire des masses, qui ne demanderaient qu’à s’insurger contre le G.M.D. On note ainsi que l’organe officiel du Syndicat général, sur lequel Li Lisan exerce une influence accrue, transforme de manière significative les propos modérés de Luo : « il y a aussi les syndicats jaunes qui ne sont pas d’authentiques organisations ouvrières... Ils sont dirigés par le G.M.D. mais les masses qui les suivent sont attirées par des idées de gauche... ». Le conflit idéologique a tôt fait de se traduire par un violent affrontement politique dont l’enjeu est l’appareil du Parti et des syndicats à Shanghai. Entre le 2e plénum élargi (17-21 février 1929) et le Ve congrès du Syndicat général (novembre 1929), Li Lisan impose un nouveau responsable au Syndicat, Xiang Ying (項英), qui est moins hostile que Luo à sa stratégie insurrectionnelle.
Regroupés à la tête de la tendance de l’« action réelle », He Mengxiong et Luo reçoivent le soutien du comité provincial du Jiangsu et du Syndicat général pan-chinois. On sait (voir He Mengxiong) les principaux épisodes de cette lutte acharnée. Vaincue par la volte-face des « Vingt-huit bolcheviks », trompée par Mif lors du 4e plénum du C.C. (janvier 1931), décimée par la tragédie du 18 janvier 1931, l’« action réelle » prend des mesures extrêmes : elle fait sécession et met sur pied des organismes rivaux. Un C.C. extraordinaire fractionnel est installé sous Xu Xigen (徐錫根), un second comité provincial du Jiangsu sous Wang Kequan (王克全), ainsi qu’un second comité du district de Zhabei sous Wang Fengfei (王鳳飛).
Le 27 janvier 1931, Luo est exclu du P.C.C. Il s’appuie quelque temps sur le Syndicat des cheminots, sur celui des marins et sur la Ligue des écrivains de gauche, mais sa petite organisation résiste mal à la répression tandis que les trahisons s’accumulent. En avril 1933, Luo est arrêté par la police du G.M.D. Il est relâché et renonce à la politique active, tout en se rapprochant des petits groupes trotskystes, dont il ne partage pas toutes les analyses (voir Peng Shuzhi (彭述之)). Il a par la suite fait sa paix avec le régime communiste et vit en R.P.C.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184232, notice LUO Zhanglong 羅章龍 par Alain Roux et Yves Chevrier, version mise en ligne le 14 décembre 2016, dernière modification le 30 novembre 2016.

Par Alain Roux et Yves Chevrier

ŒUVRE : Les articles de Luo Zhanglong sur le problème agraire et la question paysanne sont les premiers du genre à paraître dans l’hebdomadaire du Parti, Xiangdao (Le Guide), que dirige Cai Hesen : « Shandong minzhong de geming chaoliu » (Le courant révolutionnaire parmi le peuple du Shandong), Xiangdao, n° 40, 16 septembre 1923. — « Jiangxi Majiacun nongmin kangshui yundong » (Un mouvement contre le paiement de l’impôt foncier à Majiacun, Jiangxi), ibid., n° 41, 23 septembre 1923. — « Chen Jiongming jiangzi xia de Haifeng nongming » (Les paysans de Haifeng sous la cruelle répression de Chen Jiongming), ibid., n° 43, 17 octobre 1923. Ces trois courts articles, précédés de peu par le texte de Chen Duxiu sur « la question de la paysannerie chinoise », sont la première trace du nouvel intérêt suscité par les campagnes à la suite des directives agraires du Komintern au IIIe congrès du P.C.C. (juin 1923). Mais Luo Zhanglong s’est surtout exprimé sur les problèmes syndicaux : nombreux articles in Zhongguo gongren (L’Ouvrier chinois), qui reparaît clandestinement en 1928, et in Pan-Pacific Worker (en particulier, n° du 1er février 1929) (voir infra).

SOURCES : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), I (1971) et II (1972). — Harrison (1972). — Hsiao Tso-liang (1961). — Kuo, II (1968). — Li Weihan in Social Sciences in China, n° 3, 1983. — Voir aussi Shinkichi Eto in CQ, n° 8, octobre-décembre 1961. — Voir les sources de première main : Fang Fu-an in China Weekty Review, 5 octobre 1929, cite le discours de Luo Zhanglong devant le 3e plenum du Secrétariat ouvrier panpacifique (21 octobre 1928) d’après Pan-Pacific Worker, n° du 1er février 1929. — Zhongguo gongren (L’Ouvrier chinois), collection complète de 8 numéros de novembre 1928 à mai 1929. Notamment le n° 4 (janvier 1929), qui contient le rapport (altéré) fait devant le secrétariat panpacifique (p. 53-54).

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