LIU Sifu (SHIFU) 劉思復

Par Yves Chevrier et Choi Hak-kin

Né en 1884 à Xiangshan (Guangdong) ; mort en mars 1915. L’un des principaux animateurs du mouvement anarchiste en Chine même.

Liu Sifu - ou Shifu comme lui-même s’est fait connaître — appartient à la génération qui a préparé le mouvement du 4 mai : celle de Li Dazhao (李大釗), Chen Duxiu (陳獨秀), Jiang Kanghu (江亢虎.), Zhu Zhixin (朱執信) et Wang Jingwei (汪精衛). Issu d’une riche famille du Guangdong qui le destinait à la carrière des examens, il partit étudier au Japon en 1904 et prit part à la fondation de la Ligue Jurée l’année suivante (voir Sun Yat-sen (孫逸仙)). Mais c’est moins le nationalisme que le terrorisme prôné par un petit noyau de jeunes révolutionnaires admirateurs des aînés russes qui le séduit alors. Aussi, dès son retour en Chine (1906), Liu se met-il à conspirer avec une ardeur quelque peu brouillonne. L’échec d’un attentat contre le commandant des forces navales de Canton lui coûte la main gauche (amputée lors d’une intervention chirurgicale) et deux ans d’emprisonnement. Dans sa prison, il fait une découverte qui l’éloigne définitivement du sunyatsénisme : celle de la théorie anarchiste, relayée depuis Paris et Tokyo par les disciples de Kropotkine et Reclus (voir Wu Zhihui (吳稚輝) et Li Shizeng (李石曾)).
Sous l’influence de Xin Shiji (Le Siècle nouveau), publié par Wu et Li à Paris, Liu entreprend d’organiser le mouvement et de diffuser l’idéal libertaire en Chine même dès qu’il est libéré. Il crée (à Hong Kong), indépendamment de la Ligue Jurée (dont les activités terroristes ne sont pas en reste), un groupe chargé d’éliminer le Prince-régent puis, au lendemain de la révolution républicaine, Yuan Shikai. Liu et ses compagnons avaient fondé la Huiming xueshe (Société du coq chantant dans l’obscurité — c’est-à-dire annonciateur de l’aube ou du beau temps) en 1909. En juillet 1912, ils organisent la fameuse Société du cœur (ou de la conscience, Xinshe), l’une des plus influentes sociétés anarchistes aux côtés de la Jindehui (Société pour l’avancement de la morale) de Li Shizeng (李石曾).
Bien que traqué par les partisans de Yuan Shikai après l’échec de la Seconde révolution (1913), Liu n’en continue pas moins de faire paraître la revue Minsheng (en espéranto : La Voco de la Popolo, ou Voix du Peuple). En juillet 1914, il fonde à Canton une Société des camarades anarcho-communistes (Wu zhengfu gongchan zhuyi tongzhi she). Il entre en relations avec les organisations anarchistes du Japon, des États-Unis et d’une dizaine d’autres pays européens, y compris la Russie, et latino-américains, en même temps qu’avec l’Association internationale espérantiste (Internacia Asocio Esperantista) et l’Association universelle d’espéranto (Universala Espéranto Asocio). Contre l’éclectisme ambiant, et notamment contre celui de Jiang Kanghu (江亢虎.), il s’attache à maintenir la pureté de la doctrine anarcho-communiste.
La disparition prématurée de Shifu-Liu Sifu, mort de tuberculose et d’épuisement en 1915 (année même de la fondation de La Jeunesse par Chen Duxiu), a privé le mouvement anarchiste d’un dirigeant de premier plan au moment où la vague moderniste du 4 mai 1919 et l’essor du marxisme lui ravissent la royauté idéologique dont il avait joui parmi l’élite révolutionnaire depuis la première décennie du siècle. Privé du parti dont Liu avait jeté les bases, le mouvement ne s’est pas réaffirmé sur le plan doctrinal à la lumière nouvelle de la modernité issue du 4 mai (voir Ou Shengbai (歐勝白)) ; ses partisans n’ont pu que se « disperser » (Wu Zhihui).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184212, notice LIU Sifu (SHIFU) 劉思復 par Yves Chevrier et Choi Hak-kin, version mise en ligne le 19 novembre 2016, dernière modification le 16 novembre 2016.

Par Yves Chevrier et Choi Hak-kin

ŒUVRE : Réédition photostatique de Minsheng (nos 1-33), Hong Kong, 1969. — Shifu xuanben (Œuvres choisies de Shifu), Canton, 1927. — Fuhuji (Le domptage du tigre), Canton, 1921 (débat avec Jiang Kanghu).

SOURCES : Bernai (1976). — Chow Tse-tung (1960). — D.C. Price (1974). — Scalapino et Yu (1961).

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