LAMARTINE (de) Alphonse [PRAT (de) LAMARTINE (de) Alphonse, Marie, Louis]

Par Frédéric-Gaël Theuriau

Né le 21 octobre 1790 à Mâcon, mort le 28 février 1869 à Paris ; garde du corps, attaché d’ambassade, académicien, politicien ; poète, romancier, dramaturge, essayiste, autobiographe, biographe, historien ; député, conseiller général, conseiller municipal, ministre, chef du gouvernement provisoire.

Biographie nouvelle

© Profil d’Alphonse de Lamartine (médaillon de David d’Angers, 1830, collection privée anonyme)

Alphonse de Lamartine, issu de la petite noblesse d’Ancien Régime, est le fils de Pierre de Lamartine, chevalier de Pratz, capitaine de cavalerie, et d’Alix des Roys, fille d’un intendant général. Il passa son enfance à Milly où il s’imprégna du cadre naturel et campagnard des lieux puis reçut une instruction solide et classique au collège à Lyon puis à Belley. Enclin à l’oisiveté (chasse, promenades), il se plaisait à profiter de la vie, héritant de temps à autres de quelques domaines ou demeures provenant de sa famille. Il devint ainsi propriétaire terrien. Comme il était le seul garçon, ses sœurs n’avaient jamais droit à rien. Néanmoins, déjà attaché au contenu de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen rédigée par les représentants du peuple en 1789, il mit un point d’honneur à leur verser une rente par souci d’équité. Il respectait ainsi l’article 1 selon lequel « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».
Ses Méditations poétiques, recueil composé à partir de 1817 en souvenir d’une femme, Elvire, décédée d’une maladie, dont il était épris, lui conféra la notoriété nationale du premier coup et fut considéré comme la pierre fondatrice du Romantisme français. Dans la même veine lyrique, il conçut les Nouvelles méditations poétiques élaboré à partir de 1815 et les Harmonies poétiques et religieuses. Il venait alors d’atteindre la consécration littéraire, en 1829, avec son intronisation à l’Académie française. Ce furent durant ces dix années, 1820-1830, qu’il tenta de faire carrière dans la diplomatie, sans grande conviction toutefois, en occupant des postes de secrétaire d’ambassade en Italie, d’abord à Naples puis à Florence. Mais les évènements de 1830 le convainquirent de se lancer dans la bataille politique. Il écrivit Sur la politique rationnelle qui n’est cependant pas son premier acte dans ce domaine, mais le deuxième.
Témoin, depuis fort longtemps, d’exécutions capitales qu’il ne supportait pas, son premier geste fut d’écrire une pièce de vers, parue en opuscule, intitulée Contre la peine de mort, en s’adressant « au peuple du 19 octobre 1830 ». En ce temps-là, l’idée folle lui vint d’inciter les gens à faire la différence entre le désir de vengeance naturel chez un individu et la justice rendue par une société : « La soif de ta vengeance, ils l’appellent justice ». Il rêvait de voir s’installer, en France, le premier système sans peine capitale. Il prononça un Discours sur l’abolition de la peine de mort à Hôtel de Ville de Paris, le 18 avril 1836. Cette utopie positive ne commença à émerger qu’en 1863 au Venezuela et seulement à la fin du XXe siècle pour d’autres pays.
Un autre idéal portait Sur l’émancipation des esclaves. Il se saisit du dossier pour le porter à la connaissance de la Chambre des Députés lors de la séance du 23 avril 1835. L’accueil ne fut pas enthousiaste malgré l’exemple de l’Angleterre abolitionniste depuis deux ans. L’idée germa finalement assez vite en France puisqu’il connut cette avancée en 1848 alors qu’il se faisait de plus en plus remarquer pour son hostilité à Louis Philippe et qu’il recevait divers mandat politiques.
Il finit par devenir Ministre des Affaires étrangères et chef du gouvernement provisoire du 24 février au 10 mai 1848, formé de républicains modérés, à la suite d’une volonté populaire qui se manifesta avec les mouvements révolutionnaires ouvriers des 22, 23 et 24 février.
Paradoxalement, les valeurs auxquelles il croyait s’entachèrent petit à petit de l’ambition d’accéder au plus haut sommet de l’État. Ce comportement s’installa surtout à la fin de la Monarchie de Juillet et au début de la Deuxième République. Voyant qu’il ne faisait plus les suffrages de la noblesse qui perdait du terrain en politique, il se tourna vers le peuple autant par admiration de ses performances que pour servir ses propres intérêts. Ses déplacements en province prenaient parfois des allures de campagne politique dont il ne disait mot à personne, comptant sur sa popularité de poète plaisant d’ailleurs plus aux femmes qu’aux hommes.

Les années quarante furent marquée par l’âge d’or de la poésie sociale, amorcée dès les années vingt, et dont Savinien Lapointe, ouvrier cordonnier, était le chef de file. Depuis quelques temps déjà un élan de solidarité s’était créé entre les auteurs des classes dominantes et les écrivains du peuple. Des réseaux de soutien et de parrainage se constituaient pour aider les plus culturellement démunis à s’élever.
Alphonse de Lamartine avait commencé à faire parler de lui comme le défenseur des écrivains du peuple vers la fin de la Seconde Restauration. Tandis qu’il résidait à Florence en octobre 1827, il reçu d’un ami les poésies d’Élisa Mercœur et tomba sous le charme. À sa disparition, en 1835, il parvint à collecter, avec d’autres écrivains de renom, l’argent nécessaire pour la conception d’une stèle qui se trouve au Père Lachaise. En 1828, il entendit parler de Jean Reboul dont la presse relayait l’exploit poétique. Ce dernier lui avait envoyé le poème « L’Ange et l’enfant ». Lamartine lui consacra immédiatement l’harmonie « Le Génie dans l’obscurité ». En 1836, en prévision de la sortie du premier recueil du boulanger, il fit parvenir une lettre à l’éditeur qui fut insérée dans les Poésies de Jean Reboul. En 1832, le couple Lamartine offrit sa protection à Louise Crombach. Lorsque sa misère s’aggrava quelques années plus tard, ne pouvant plus faire vivre sa mère devenue veuve et qu’elle avait recueillie, madame de Lamartine lui trouva un emploi. Dans le même temps, il reçut d’Élise Moreau un poème sur la mort récente de sa fille Julia et en fut touché. Les mêmes témoignages venaient de partout : en 1835 avec Théodore Lebreton, en 1838 avec Antoinette Quarré et Jean-Baptiste-Alexis Durand, en 1839 avec Jules Canonge, en 1841 avec Cécile Dufour, en 1844 avec Jacques Jasmin. Il les soutint toutes et tous. Ce fut certainement Reine Garde qui le marqua le plus, à partir de 1846, puisqu’elle fut à l’origine de sa redirection vers le roman populaire avec Geneviève : histoire d’une servante, Le Tailleur de pierres de Saint-Point, Fio d’Aliza et Antoniella.
Mais en même temps, cette fin de Monarchie de Juillet se passait plutôt mal pour Lamartine qui voyait, à court terme, survenir la fin de ses ambitions politiques. Ce fut le début d’une série noire et cela l’excédait. Un jour, il eut un geste et une réplique malheureux, en août 1847, alors qu’il était de passage à Marseille. En réalité, ce déplacement devait faire partie d’un plan visant à rallier le peuple à sa cause en profitant de sa popularité. Il rencontra les membres de la Société des ouvriers à l’origine du recueil collectif périodique L’Athénée ouvrier dont Reine Garde faisait partie depuis le début. On lui demanda de prononcer un discours qu’il n’eut aucun mal à faire, preuve d’une préparation anticipée. En apparence tout se passa bien : la réception fut triomphale. Mais se croyant seul, à la fin de la réception, il aurait jeté contre un mur le bouquet qu’on lui avait remis en murmurant « Voilà pourtant à quel prix j’achète la popularité ! » Cela choqua beaucoup le témoin de la scène, le poète Joseph Autran. C’est qu’à ce moment-là, Lamartine devait songer à la présidentielle de décembre 1848 dont il sortit d’ailleurs perdant. Le 26 février 1849, Eugène Delacroix dîna chez des amis en compagnie de Lamartine. Son jugement peu flatteur décela un amour-propre démesuré.

© Portrait en pied d’Alphonse de Lamartine (sculpture d’Émile-André Boisseau, fin XIXe siècle, Musée Faure, Aix-les-Bains)
Malgré quelques anecdotes peu glorieuses – un homme n’est jamais ni tout bon ni tout mauvais – Lamartine s’intéressa à la cause du peuple en finançant plusieurs journaux éphémères qu’il créa et qui étaient des tribunes populaires : Le Conseiller du peuple (1849-1851) et Les Foyers du peuple (1851). Il eut encore une oreille attentive pour Augustine-Malvina Blanchecotte, de santé fragile, en 1851 : il trouva les mots réconfortants pour lui signifier que la poésie aide à supporter les peines du cœur et de la vie.
L’avènement de Napoléon III et son triomphe anéantirent donc ses espoirs politiques. Il recevait même des critiques sur ses romans jugés peu réalistes et trop idéalistes. Malgré une intense production historique et biographique au début du Second Empire qui devait lui assurer quelques subsides, les problèmes financiers s’accumulaient parce que posséder des biens (château, terres, vignes, mobilier…), avec des liquidités de plus en plus minces, ne lui permettait plus de faire face au quotidien. Ses dettes augmentaient. Nombreux sont les manuscrits autographes qui démontrent des tractations financières et qui prouvent la vente d’une partie de son patrimoine pour conserver le reste.
Après sa disparition, conformément à son vœu, Lamartine fut inhumé au cimetière de Saint-Point.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article183982, notice LAMARTINE (de) Alphonse [PRAT (de) LAMARTINE (de) Alphonse, Marie, Louis] par Frédéric-Gaël Theuriau, version mise en ligne le 23 août 2016, dernière modification le 4 décembre 2016.

Par Frédéric-Gaël Theuriau

© Profil d’Alphonse de Lamartine (médaillon de David d’Angers, 1830, collection privée anonyme)
© Portrait d’Alphonse de Lamartine (peinture d’Henri Decaisne, 1839, Musée de Mâcon).

ŒUVRE : Méditations poétiques, Paris, dépôt de la librairie grecque-latine-allemande, 1820. — Nouvelles méditations poétiques, Paris, U. Canel, 1823. — Cou-onne poétique de Charles X, Paris, Bouquin de la Souche, 1825. — Chant du sacre ou la veille des armes, Paris, U. Canel et Baudouin, 1825. — Le Dernier Chant du pèlerinage d’Harold, Paris, Dondey-Dupré et Ponthieu, 1825. — Contre la peine de mort, Paris, C. Gosselin, 1830. — Harmonies poétiques et religieuses, Bruxelles (Belgique), L. Hauman, 1930. . — Sur la politique rationnelle, Paris, C. Gosselin, 1831. — Des Destinées de la poésie, Paris, C. Gosselin, 1834. — Souvenirs, impressions, pensées et pay-sages pendant un voyage en Orient, Bruxelles (Belgique), A. Wahlen, 1835. — Sur l’émancipation des esclaves, Paris, H. Fournier, 1835. — Discours sur l’abolition de la peine de mort, Paris, C. Gosselin, 1836. — Jocelyn, Bruxelles (Belgique), J. P. Meline, 1836. — La Chute d’un ange, Bruxelles (Belgique), J. Jamar, 1838. — Recueillements poétiques, Paris, Ch. Gosselin, 1839. — Vues, discours et articles sur la question d’Orient, Paris, C. Gosselin, Furne et Cie, 1840. — Histoire des Gi-rondins, New York (USA), F. Gaillardet, 1847. — Trois mois au pouvoir, Paris, Michel Lévy frères, 1848. — Les Confidences, Paris, Perrotin, 1849. — Histoire de la Révolution de 1848, Bruxelles (Belgique), F. Michel, 1849. — Raphaël, Paris, Perrotin et Furne, 1849. — Toussaint Louverture, Amsterdam (Pays-Bas), Diederichs, 1850. — Geneviève, Paris, Chaix, 1850. — Le Tailleur de pierres de Saint-Point, Paris, Furne, Pagnerre et Lecou, 1851. — Nouvelles confidences, Paris, Michel Lévy frères, 1851. — Graziella, Paris, Librairie nouvelles, 1852. — Le Nouveau Voyage en Orient, Paris, Witersheim, 1852-1853. — L’Enfance, Paris, Librairie nouvelle, 1853. — Histoire de la Restauration, Paris, Pagerre, V. Lecou et Furne, 1853. — Fénelon, Paris, L. Hachette, 1853. — Nelson, Paris, L. Hachette, 1853. — Christophe Colomb, Pa-ris, L. Hachette, 1853. — Les Visions, Pa-ris, Michel Lévy frères, 1853. — Gutenberg, Paris, Hachette, 1853. — Héloïse et Abélard, Paris, L. Hachette, 1853. — Histoire de la Turquie, Paris, librairie du « Constitutionnel », 1854-1855. — La Vie de famille, Paris, Walder, 1855. — Histoire des Constituants, Paris, V. Lecou et Pagnerre, 1855. — Vies des grands hommes, Paris, librairie du « Constitutionnel », 1855-1856. — Cours familier de littérature, Paris, 1856-1869. — Régina, Paris, Walder, 1858. — Histoire et poésie, Paris, Walder, 1858. — La Vie d’Alexandre-le-Grand, Paris, Firmin Didot frères, 1859. — Critique de l’Histoire des Girondins, Paris, chez l’auteur, 1861. — Cicéron, Paris, Michel Lévy frères, 1863. — Fior d’Aliza, Paris, L. Hachette, 1863. — Homère et Socrate, Paris, Michel Lévy frères, 1863. — Jeanne d’Arc, Paris, Lévy frères, 1863. — Guillaume Tell et Bernard Palissy, Paris, M. Lévy frères, 1863. — Mémoires politiques, Paris, chez l’auteur, 1863. — Antar, Paris, Michel Lévy frères, 1864. — Madame de Sévigné, Paris, Michel Lévy frères, 1864. — Bossuet, Paris, Michel Lévy frères, 1864. — Cromwell, Paris, Michel Lévy frères, 1864. — La France parlementaire, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1864-1865. — Vie de César, Paris, M. Lévy, 1865. — Shakespeare et son œuvre, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865. — Les Grands Hommes de l’Orient, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865. — Civilisateurs et conquérants, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865. — Les Hommes de la Révolution, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865. — Portraits et biographies, Paris, A. La-croix, Verboeckhoven et Cie, 1865. — Vie du Tasse, Paris, Michel Lévy frères, 1866. — J.-J. Rousseau, Paris, Michel Lévy frères, 1866. — Balzac et ses œuvres, Pa-is, Michel Lévy frères, 1866. — Antoniella, Paris, Michel Lévy frères, 1867.

SOURCES : Gustave Allais, « Lamartine et les Harmonies », in Revue hebdomadaire des cours et conférences, Paris, 1912. — Henri Guillemin, Lamartine et la question sociale, Genève, La Palatine, 1946. — Lucien Febvre, « Henri Guillemin, Lamartine et la question sociale », in Annales : économies, sociétés, civilisations, Paris, Armand Colin, 1947. — id., Le Jocelyn de Lamartine, Genève, Slatkine, 1967. — Christian Croisille, Correspondance inédite d’Alphonse de Lamartine, Paris, Nizet, 1996. — Eugène Delacroix, Journal, Paris, Plon, 1996. — Corinne Grenouillet et Éléonore Roy-Reverzy, Les Voix du peuple dans la littérature des XIXe et XXe siècles, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2006. — Frédéric-Gaël Theuriau (dir.), Dictionnaire littéraire des écrivains d’expression populaire, à paraître après 2021. — Arch. Dép. de Saône-et-Loire et de Paris : État civil.

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