CAILLAUT Roger

Par Annie Pennetier, Claude Pennetier

Né le 30 mars 1909 à Ardentes (Indre), mort le 14 décembre 1967 à Argenton-sur-Creuse (Indre) ; instituteur ; syndicaliste et pacifiste ; résistant ; membre du bureau fédéral communiste de l’Indre.

Roger Caillaut était fils unique et petit-fils de petits fermiers de la région d’Ardentes. Son père, gazé à Verdun, avait adhéré à l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) dont il fut un militant actif. Sa mère étant très croyante, malgré l’absence de foi du père, Roger Caillaut fut enfant de chœur. Il se maria en janvier 1928 à l’église avec une fille de paysans de Jeu-les-Bois, Raymonde, fit baptiser sa fille en 1928 mais pas son fils, Claude, né en 1932.

La famille encouragea le jeune Roger à entrer à l’École normale de Châteauroux. Roger Caillaut fut instituteur à Saint-Denis-de-Jouhet en 1929 puis, à Pâques 1931, dans une classe unique à Frédille (Indre). L’Humanité du 3 décembre 1929 annonça son adhésion au Parti communiste mais son ancienneté sera toujours décomptée à dater de 1928. Il participa à la création de deux cellules : une à Gehée dont il était membre et une autre à Saint-Martin-de-Lamps. On trouve dans sa bibliothèque le livre d’André Ferrat sur l’Histoire du Parti communiste publié en 1930. Il marqua, en 1935, son opposition à certains aspects de la politique de son parti, en particulier sur les questions de la main tendue aux catholiques et de la lutte pour la paix, et des réserves sur l’orientation du PC. Ses lectures des brochures et journaux du groupe Que faire ? (groupe de Georges Kagan et d’André Ferrat) lui auraient permis d’étayer des interventions lors d’une conférence départementale et au sein de la section de l’Indre du syndicat national des instituteurs où il était un des seuls membres du Parti communiste.

Roger Caillaut, profondément attaché au mouvement communiste, était également sensible aux arguments des dirigeants syndicalistes révolutionnaires de l’enseignement, en particulier de Georges Thomas* qui était un des acteurs du processus de réunification syndicale. Sa cellule communiste ayant disparu, Caillaut s’inscrivit à la section de Châteauroux. Sa liberté de parole le fit soupçonner, sans raison, par la direction régionale d’être favorable aux « thèses trotskistes ». Un rapport transmis à la commission des cadres le 13 juin 1938 le présentait ainsi : « Marié, père de deux enfants [...] intelligent, actif, aimant la discussion, un peu coupeur de cheveux en quatre [...] Caillaut est administrateur de la fédération des Jeunesses pacifistes et il vient d’être nommé propagandiste de cette organisation pour la partie nord du département. Nous avons appris ces jours-ci qu’il menait une activité assez grande à ce titre, alors que pour le PC il n’a jamais été très actif. Il a été particulièrement accroché, il y a un mois, par le maire d’Écueillé pour avoir tenu des propos de pacifisme intégral jugés incompatibles avec sa fonction d’instituteur et une plainte serait déposée à la préfecture contre lui. Caillaut est également membre du bureau du syndicat des instituteurs de l’Indre, dont la mentalité, sous l’impulsion de Thomas [voir Georges Thomas*]*, Ballereau [voir Émile Ballereau*] et des sœurs Rouquet [voir Pierrette Rouquet*] est avant tout anticommuniste et pacifiste intégrale. » (RGASPI, 495 270 6724). Soupçonné d’être trotskiste, Caillaut fut l’objet d’une demande d’exclusion de la part de l’envoyé du Parti communiste, Marc Dupuy, le 3 juillet 1938. Dans le rapport sur le trotskisme préparé pour le Bureau politique, le 28 juillet 1938, son exemple était cité parmi les biographies rédigées, présentant « des réponses insuffisantes sur les rapports avec le trotskisme ». On indiquait qu’il faisait partie des « jeunesses pacifistes » et qu’il y développait une « politique contraire à celle du Parti communiste ». Le trésorier de sa section, Henri Guichard* refusa de lui renouveler sa carte et son secrétaire de section (Marius Borget* ?) fut relevé de ses fonctions pour négligence coupable dans son attitude vis-à-vis de l’instituteur, notamment pour ne pas avoir rendu publiques les critiques qui le touchaient. Un rapport du 13 janvier 1939 évaluait à 1 800-2 000 le nombre d’adhérents des Jeunesses pacifistes dont Caillaut avait été un animateur influent : « Certaines sections locales de cette organisation sont entre nos mains et d’autres se refusent à suivre la politique menée par Caillaut [...] D’autre part nous savons que Caillaut va certainement se voir offrir le secrétariat du syndicat départemental des instituteurs dont le conseil syndical est entièrement trotskiste. Nous n’avons dans l’Indre que quatre instituteurs membres du PCF. » Le nom de Caillaut prit place sur la liste noire des militants à ne pas réinscrire au PC.

Prisonnier de guerre libéré en 1941, Caillaut rejoignit le Parti communiste clandestin en 1942 par l’intermédiaire, semble-t-il, de l’instituteur Fernand Lemaître*, puis prit une part active à la Résistance dans l’Indre et réorganisa, en novembre 1943, le syndicat des instituteurs. Il joua un rôle actif dans le rayonnement du Parti communiste et la liaison avec les maquis. Maxime Bonnet date de fin 1943 le contact entre les FTP de Dun-le-Poëlier et Roger Caillaut qui permit de créer un groupe FTP composé de jeunes, d’ouvriers mégissiers, d’ouvriers agricoles, de deux instituteurs, de Roumains, de Hongrois, de républicains espagnols, d’anciens combattants d’Espagne italiens et même de deux Soviétiques (« La Brigade internationale de Frédille », dans Résistance Indre et vallée du Cher, t. 2, p. 174-178). Son fils, Claude Vinci*, fit dans La Trop courte vie d’Adrien, le récit de l’accrochage qui eut lieu en août 1944 à Frédille, entre une colonne allemande et la compagnie FTP 2223 créée par son père, accrochage qui se solda par le massacre de six maquisards.

Membre du comité départemental de Libération, Caillaut fut, par la plume et la parole (il s’occupa de La Marseillaise et de L’Émancipateur), un des propagandistes les plus actifs du Parti communiste dans l’Indre. Il restait cependant des traces de ses problèmes d’avant-guerre puisque le secrétariat national du 9 juin 1947 demanda qu’il soit retiré de la liste des militants proposés au bureau fédéral tout en admettant qu’il fût maintenu au comité fédéral. Les sanctions contre le résistant Désiré Picard*, accusé de titisme, provoquèrent sa colère. Il figurait cependant au bureau fédéral en 1953-1955. Son nom disparut du bureau et du comité fédéral en 1956 mais réapparut au comité fédéral, au côté de celui de sa femme, en 1957 pour disparaître définitivement en 1964.

Le Parti communiste l’avait présenté aux élections cantonales de 1955, dans le canton d’Écueillé. La même année, il était secrétaire départemental du Mouvement de la paix (jusqu’en 1961) et membre du conseil syndical du SNI. La présence des instituteurs et institutrices était conséquente dans la direction fédérale communiste : notons les noms d’Aimé Esmelin*, secrétaire fédéral (1953-1964), de Maxime Bonnet, membre du bureau fédéral, de Lucien Régnier, de Gisèle Dagot, du comité fédéral.

Lors de la conférence fédérale de mai 1964, dans la discussion portant sur le mouvement communiste international, Caillaut, dans son intervention, se montra hostile à toute condamnation du Parti communiste chinois. Il affirmait son hostilité à l’activité fractionnelle, demandait une conférence internationale et la reconstitution de l’Internationale communiste. Il vota néanmoins la résolution et Lemoine, dirigeant fédéral, souhaita son maintien au comité fédéral, perspective refusée par Caillaut qui, aux désaccords politiques, ajoutait des questions de santé et de travail. Il ne fut donc pas réélu. Pour l’élection au conseil général en 1964, dans le canton d’Ardentes, il fut question de sa candidature.

Caillaut appartenait au conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs depuis 1955. Il mourut à cinquante-huit ans pendant une réunion syndicale.

Roger Caillaut aura été, chez les instituteurs de l’Indre, l’homme de la transition entre la tradition syndicaliste révolutionnaire et le communisme, non sans hésitations et sans meurtrissures, mais avec intensité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18360, notice CAILLAUT Roger par Annie Pennetier, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 23 novembre 2016.

Par Annie Pennetier, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 6724. — Arch. Nat., F7/13749. — Arch. Dép. Cher, archives saisies au siège de la Région communiste du Centre en 1940 (pas de cote). — Arch. comité national du PCF, décisions des secrétariats et composition des comités fédéraux de 1953 à 1968. — Michel Jouanneau, L’organisation de la Résistance dans l’Indre : juin 1940-juin 1944, Franconville, 1975. — Georgette Guéguen-Dreyfus, Bernard Lehoux, Résistance Indre et vallée du Cher, t. 2, Éd. sociales, 1972. — Claude Vinci, La Trop courte vie d’Adrien, récit, Le Temps des Cerises, 1995. — Entretien avec Claude Vinci, 14 avril 1998, et dossier fourni par celui-ci.— Notes de Jacques Girault.

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