CADRAS Georgette

Par Daniel Grason, Yves Le Maner, Claude Pennetier

Née le 20 septembre 1912 à Calais (Pas-de-Calais), morte le 2 janvier 1994 à Agnac (Lot-et-Garonne) ; dirigeante communiste ; responsable de l’Union des jeunes filles de France (UJFF) et de l’Union des femmes françaises (UFF) ; résistante ; déportée.

Née de Félicie, née Leblond ménagère et d’un père Félix dessinateur en dentelles (esquisseur sur l’acte de naissance) tué à la guerre en 1915, adoptée par la Nation en 1918, Georgette était la sœur de Félix Cadras. Elle avait commencé à travailler en 1926, pointeuse en dentelle elle fut employée partiellement dans de petites entreprises de deux à quatre ouvrières seulement et fut réduite au chômage en juillet 1936.
Georgette Cadras adhéra à la Jeunesse communiste en septembre 1933 et au Parti communiste en février 1934. Elle avait fait partie auparavant des « Amies de l’ouvrière » de Calais, mais l’interruption du journal fit disparaître l’organisation. Elle fut surtout active dans le mouvement des chômeurs, étant secrétaire d’un Comité des chômeuses de Calais qui regroupait une soixantaine d’adhérentes. Elle faisait également de la propagande communiste, s’efforçant de créer une cellule à l’usine Magniez. Remarquée lors d’un congrès des JC (« a fait bonne impression quoique faible politiquement »), elle eut des responsabilités : au secrétariat de la JC de Calais, puis au comité régional où elle s’occupait de l’Avant Garde. Elle devint ensuite membre du comité de section du parti. C’est pendant la période du Front populaire que son activité se développa. Membre du comité central de l’Union des femmes contre la misère et la guerre, elle fut envoyée par son organisation en délégation en URSS en 1935.
Son nom avait été envisagé en 1934 pour aller à l’École léniniste internationale de Moscou. Un rapport notait : « Sa mère n’a pas encore donné l’autorisation ». Sa délégation de 1935 correspond-elle à un passage à l’ELI ?
Elle participa au mouvement de grèves de 1936, surtout dans les entreprises de main-d’œuvre féminine. Enfin, elle œuvra à la nouvelle organisation des jeunes filles communistes, l’Union des jeunes filles de France, où elle fut responsable de l’Union du littoral, membre de la direction régionale, puis du comité national. Elle fut déléguée au congrès de Villeurbanne en 1936 par la conférence régionale du Nord et au congrès d’Arles en 1937 au titre du secrétariat de l’UJFF. Elle militait dans son syndicat des dessinateurs CGT dont elle était membre du conseil syndical et vice-présidente. Elle était également au Secours populaire de France après avoir été au Secours rouge international (SRI). En 1938, elle suivit l’École centrale des femmes du PC où elle fut classée première avec des appréciations élogieuses : « excellente camarade, intelligente et capable... à l’esprit de Parti très développé... grandes capacités de développement, a l’étoffe d’une militante d’avenir ».
Membre du bureau national de l’Union des jeunes filles de France, elle fut appelée, au printemps 1939, dans la région parisienne où elle assuma des responsabilités permanentes aux côtés de Danielle Casanova. De septembre 1939 à octobre 1940, le comité central du PCF l’utilisa comme agent de liaison. Ainsi ce fut elle qui, en novembre 1939, fut chargée par Benoît Frachon (caché à Gagny) de transmettre à Florimond Bonte l’ordre de lancer une « opération politique suicide » à la Chambre des députés. À partir d’octobre 1940, elle participa, sous la direction de Danielle Casanova, à la constitution des comités féminins dans la région parisienne et toute la zone occupée.
Recherchée par la police, Georgette Cadras changeait régulièrement de domicile. En mars 1941, des renseignements parvenaient à la police sur sa présence à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine). Elle fut arrêtée le 27 mars 1941 au 9 rue Franklin où elle habitait avec sa mère. Les policiers de la Brigade spéciale d’intervention (BSi) appelée parfois Brigade politique du commissariat d’Asnières saisissaient sur elle l’autobiographie de Louise Ouest (Renée Sterckx) qui fut arrêtée en fin d’après-midi à Argenteuil.
Les policiers perquisitionnèrent le logement de Georgette Cadras, ils découvraient : l’Humanité n° spécial de décembre 1940, plusieurs tracts qui s’adressaient spécifiquement aux femmes, aux ménagères et aux mères de famille : « Il faut du lait pour les enfants. Paris à froid. Paris à faim », « Mères réclamons un peu de joie pour nos petits ! », l’Humanité de la femme daté de décembre 1940 ; des modèles de papillons aux contenus revendicatifs à reproduire ; un bilan des manifestations de ménagères : une à Béziers, Limoges, Grenoble, Saint-Étienne et trois à Marseille. Selon un premier bilan, une soixantaine de groupes comptant cent quatre-vingt à deux cents femmes communistes étaient formés au début de l’année 1941 dans la zone nord. Enfin deux autres biographies de militantes communistes femmes étaient saisies, elles furent identifiées.
Inculpée d’infraction du décret du 26 septembre 1939 qui interdisait l’activité du parti communiste, Georgette Cadras était incarcérée à la prison de La Roquette à Paris (XIe arr.).
Assistée de l’avocat communiste Paul Vienney, elle comparut le 1er septembre 1941 devant la 14e Chambre du tribunal correctionnel de Paris. D’emblée elle déclara : « Je ne conteste pas mon activité communiste, elle résulte suffisamment du reste, de l’ensemble des documents saisis à mon domicile.
Pour le surplus, j’estime ne pas devoir fournir d’explication sur cette activité, ni sur l’organisation actuelle du parti.
Je ne conteste pas que tous les documents saisis sous les scellés de 1 à 18 que vous me représentez ont bien été saisis chez moi.
Je ne crois pas devoir fournir d’explications particulières à leur sujet.
Je ne connais pas la demoiselle Sterckx ».

Elle comparut le 22 juillet 1941 devant la 14e Chambre du Tribunal correctionnel de Paris, elle fut condamnée à dix-huit mois de prison et deux cents francs d’amende, elle fit appel. Le 1er septembre 1941, elle fit face à la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris qui la condamna à dix ans de travaux forcés. Le Parquet estima « qu’en raison de la gravité des faits reprochés […] il y a lieu d’intenter contre elle une action en déchéance de la nationalité française ». Elle réintégra la prison de La Roquette, puis fut transférée à la prison de Rennes (Ille-et-Vilaine).
Le responsable national des cadres du Parti communiste, Pierre Brossard fut arrêtée le 27 février 1943. Parmi les nombreux documents saisis à son domicile, un rapport manuscrit codé daté du 11 décembre 1942 de plusieurs pages provenant de la prison de Rennes. Des policiers parvinrent à casser le code, le texte une fois dactylographié couvrait huit pages. Était relaté les difficultés, les clans, les suspicions entre les détenues. Du fait de l’enfermement régnait la croyance en une organisation toute puissante et s’il y avait des arrestations cela ne pouvait être le fait que de la trahison de tel ou telle. Georgette Cadras, Paule Portier, Germaine Barjon, Jeanne Kluegeaite épouse Dallidet et Renée Sterckx étaient membres du collectif de direction des détenues.
Elle fut transférée à la prison de Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne) dans la Marne.
Le 13 mai 1944 elle était dans le convoi de cinq cents soixante-sept femmes qui partit de la gare de l’Est à destination de Ravensbrück (Allemagne). Elles arrivèrent à destination cinq jours plus tard, Georgette Cadras fut affectée au Kommando de travail de Zwodau où les déportées travaillaient pour la firme Siemens. Matricule 39078 elle fut libérée le 7 mai 1945, le lendemain l’Allemagne hitlérienne capitulait.
Georgette Cadras revint en France au cours du mois de mai 1945, elle fut homologuée au titre de la Résistance Intérieure Française, Déportée internée, résistante. Jusqu’en 1951, elle participa à la direction de l’Union des femmes françaises comme membre du bureau permanent puis du secrétariat. Elle avait épousé le 12 juillet 1946 à Montreuil-sous-Bois (Seine) le militant communiste et écrivain Jean Laffitte, avec lequel elle s’installa dans le Lot-et-Garonne en 1958 ; elle y vivait encore dans les années 1970-1980 et elle y mourut en 1994.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18334, notice CADRAS Georgette par Daniel Grason, Yves Le Maner, Claude Pennetier , version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 26 mai 2016.

Par Daniel Grason, Yves Le Maner, Claude Pennetier

SOURCES : AN Z/2/4 (dossier 21). – Arch. PPo. CB 81.25, BA 2056, PCF carton 11 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 29 septembre 1941, 1W 631, 221 W 3, KB 64, KB 100. – Bureau Résistance, GR 16 P 100175. – Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 5099 et M 5221. – RGASPI, Moscou, 517 1 1887, rapport sur l’école centrale des femmes, 1938 ; 495 270 1393 : autobiographies de 1935 (?), 1937, et rapport sur École centrale de 1938. – Jacques Fauvet, Histoire du Parti communiste, op. cit. – Jean-Marie Fossier, op. cit. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Témoignage écrit de Jean Laffitte et Georgette Cadras. – État civil.

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