TIXADOR Albin, Paul, Eugène, François Pseudo dans la Résistance : Tors (ou Tort)

Par Olivier Dedieu

Né le 22 août 1897 à Narbonne (Aude), mort le 11 mai 1991 à Montpellier (Hérault) ; gestionnaire du foyer des invalides de Montpellier (Hérault) ; militant SFIO, CGT puis CGT-FO ; résistant, chef de ville des MUR et du NAP, déporté de la Résistance ; président de l’URSAFF de Montpellier ; conseiller municipal de Montpellier,

Albin Tixador fut le fils d’un coiffeur décédé alors qu’il n’avait que trois ans. C’est auprès de son oncle, radical-socialiste et anticlérical, qu’il s’initia à la politique. Employé en 1914 à l’usine de gaz de Montpellier, Albert Tixador s’engagea en 1915 et fut brigadier au 23e régiment d’artillerie. En mai 1918, il fut grièvement blessé et perdit l’usage d’une jambe. Plusieurs fois cité et décoré, il fut reconnu invalide de guerre. En 1919, revenu à la vie civile, il suivit, à l’école professionnelle de rééducation des mutilés de Montpellier, une formation comptable. Devenu économe de l’école, il fut nommé en 1925 commis des douanes dans l’Ain. Il resta finalement à Montpellier comme aide-comptable de l’école. À la création du foyer des invalides de la ville, en 1929, il fut détaché à l’office départemental des anciens combattants pour en être le gestionnaire provisoire. Il fit, par la suite, l’ensemble de sa carrière à la direction du foyer, devenant régisseur économe en 1942 puis directeur. À sa retraite, en 1962, il avait le statut de directeur d’école professionnelle.

Dès la fin de la Première Guerre Mondiale, Albin Tixador milita dans les associations d’anciens combattants. Secrétaire adjoint des anciens élèves de l’école professionnelle de Montpellier en 1926, il était membre du bureau de l’Association générale des mutilés de guerre en 1931, il figura, en 1939 sur la liste de la confédération départementale des associations de victimes de guerre et des anciens combattants pour la désignation des membres du tribunal des pensions. Il fut aussi, en 1934, trésorier de la société mutualiste de la confédération. Parallèlement, il milita à la CGT. En 1938, il fut trésorier national du syndicat confédéré des écoles de rééducation professionnelle.

Membre de la SFIO dès 1925, Albin Tixador fut un partisan du soutien à la République espagnole et un opposant aux accords de Munich. Il était par ailleurs libre penseur. À l’avènement du régime de Vichy, il fit partie, dès la fin de l’année 1940, du premier noyau dur de résistants montpelliérains qui tente de structurer une opposition au nouveau régime. Il intégra le mouvement "Liberté" qui devint l’une des composantes de "Combat". Parallèlement, il participa à la reconstitution du parti socialiste clandestin sur la ville. Alors qu’il était fonctionnaire détaché à l’office des anciens combattants, il refusa d’adhérer à la Légion des combattants. De même, il fut remarqué par les services de police pour sa participation à la manifestation du 14 juillet 1942 et à l’organisation d’une collecte en vue de diffuser un journal socialiste. Devenu chef de ville de Combat puis des M.U.R., responsable local du NAP, Albin Tixador fut arrêté par la Gestapo le 7 juillet 1943 à son domicile. Torturé, il fut transféré à Compiègne le 19 août 1943. Pendant cette période, son arrestation avait suscité une intervention du régime de Vichy. C’est ainsi que Fernand de Brinon, alors secrétaire d’État représentant le chef de l’État dans les territoires occupés, en septembre 1943, écrivit au préfet de région, pour lui demander s’il était intervenu en faveur de l’intéressé et de le tenir au courant du dossier. Tixador fut déporté à Buchenwald le 17 janvier 1944 et ne retrouva Montpellier qu’à l’issue de son rapatriement, le 1er mai 1945.

De retour de convalescence, Albin Tixador se réinvestit dans les mouvements anciens combattants. Administrateur de l’AGMG, président de la société mutualiste de la confédération des anciens combattants, il fut vice-président du conseil départemental de la Résistance, membre fondateur et administrateur de la FNDIR, président de l’ADIR dans les années 1950, vice-président de la fédération des déportés patriotes, président de l’union des résistants, déportés, internés et familles de morts de l’Hérault. Il participa aussi à la création de l’ANAR dont il fut vice-président puis de l’union départementale des CVR. Dès 1956, il fut membre du conseil départemental de l’office des anciens combattants et le resta jusqu’en 1988. Sollicité en 1948 pour être membre du bureau des Combattants pour la paix, il refusa et ne fut membre de l’association qu’une année, avant de démissionner.

Politiquement, Albin Tixador fut investi candidat sur des élections municipales de 1945. Il fut élu conseiller municipal et le resta jusqu’en 1959. Son mandat lui permit d’être, durant cette période administrateur du bureau de bienfaisance de la ville et de l’office HLM. Durant cette période, il fut plusieurs fois investi pour représenter le parti, sa notoriété locale et son engagement résistant, l’amenant à faire partie des principaux éligibles du parti, aux côtés d’Étienne Antonnelli, d’Emile Martin et de Raymond Chauliac. Il fut candidat, en 4e position, lors des élections législatives de 1951 et de nouveau candidat en 1958 comme suppléant de Jean Léon sur la circonscription de Montpellier-Lunel. De même, il fut candidat aux élections cantonales, sur Montpellier, en 1958 et 1964. Il fut de nouveau candidat aux élections municipales en 1965 et 1971.

Membre de la commission exécutive fédérale de la fédération SFIO en 1949, il devint secrétaire de la section de la ville en 1950 et le resta jusqu’en 1954. Il fut, durant cette période, l’un des principaux cadres de la SFIO Montpelliéraine, la plus importante section du département. Il fut, par ailleurs, responsable de la commission fédérale des anciens combattants dans les années 1960 et président de Juin 44, l’association support de la section SFIO de Montpellier, dès 1972.

Au-delà de ses engagements anciens combattants et politiques, Albin Tixador milita aussi syndicalement. Secrétaire du syndicat CGT du personnel des anciens combattants en 1947, il fut secrétaire du syndicat CGT-FO les années suivantes. Il fut élu, au titre de la CGT-FO, administrateur de la CPAM, de la caisse vieillesse et présida l’URSSAF de Montpellier en 1958. Au-delà du syndicalisme, il fut membre de la Ligue des droits de l’homme.

Dès 1971, Albin Tixador soutint la candidature de Georges Frêche et fut le dernier de sa liste en 1971. S’il ne fut pas sur sa liste en 1977, il bénéficia, après la victoire de la gauche, d’un bureau officieux à la mairie.

Albin Tixador fut commandeur de la légion d’honneur. Une place de la ville de Montpellier porte son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182910, notice TIXADOR Albin, Paul, Eugène, François Pseudo dans la Résistance : Tors (ou Tort) par Olivier Dedieu, version mise en ligne le 31 juillet 2016, dernière modification le 17 avril 2017.

Par Olivier Dedieu

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 1 M 1167, 3 M 2547, 91 J 14 et 17, 143 J 36 et 260, 172 J 49, 181 J 9, 13, 14, 20 et 24, 183 J 2 et 3, 13 W 182, 313 W 1 et 2, 322 W 5, 356 W 11 et 169 et 173, 406 W 4 et 215, 506 W 328 et 342, 515 W 21, 524 W 27, 52 et 60, 541 W 40, 542 W 152 et 155, 870 W 11, 1000 W 298 et 332. — Arch. Fédération PS de l’Hérault. — Combat socialiste, 1947-1974. — Hélène Chaubin, L’Hérault dans la guerre 1939-1945, Riom, Editions de Borée, 2015. — Olivier Dedieu, « Anciens combattants et revanche politique : l’Hérault et sa Légion des Combattants » in Annales du Midi, Tome 116, n°245, 2004. — Olivier Dedieu, « Résistance et pouvoirs dans l’Hérault » in La Résistance en Europe du Sud, Jean-Marie Guillon Dir., Paris, L’Harmattan, 1999 . — H. D. Kedward, Naissance de la résistance dans la France de Vichy, Idées et motivations, 1940-1942, Champ Vallon, Paris, 1989. — Albin Tixador, La traversée du siècle d’un citoyen montpelliérain résistant et déporté, Ed. AFMP, 2003.

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