CACÉRÈS Bénigno

Par Vincent Peyre

Né le 16 octobre 1916 à Fades de la Sierra (Espagne), mort le 15 octobre 1991 à Paris ; ouvrier charpentier dans sa jeunesse, puis instructeur ; rôle central dans le mouvement d’éducation populaire de l’après-guerre ; fondateur puis dirigeant de Peuple et culture (1945-1973).

Issu d’une famille ouvrière espagnole originaire de l’Estramadure, immigrée en France peu après sa naissance, tôt orphelin de père, Bénigno Cacérès passa toute son enfance et son adolescence à Toulouse (Haute-Garonne), élevé par une mère catholique qui, par sa personnalité, marqua profondément son éducation et qu’il évoquera dans un roman, Le temps d’Isabelle (1976). C’est à Toulouse qu’il rencontra l’abbé de Naurois qui joua un rôle décisif dans sa vie en l’appelant à Uriage (Isère) en 1940.

Bénigno Cacérès quitta l’école à douze ans pour devenir charpentier. Il fut reçu Compagnon du Devoir sous le nom de « Castillan-la-Fidélité ». Toute sa vie, il resta fidèle au compagnonnage. Doué d’une grande curiosité intellectuelle, il lut beaucoup dès son adolescence, mais n’accéda à une véritable formation intellectuelle qu’après sa rencontre avec l’École des cadres d’Uriage. Invité d’abord à quelques séjours pour y témoigner de la condition ouvrière, il fit partie des instructeurs permanents à partir de 1942.

La carrière de militant de l’action culturelle de B. Cacérès commença en décembre 1942 dans les « équipes volantes » issues d’Uriage où l’on trouvait aussi Hubert Beuve-Méry, Joffre Dumazedier, Simon Nora... qui parcouraient les maquis du Vercors pour assurer la formation des jeunes résistants.

Après avoir participé aux combats de la Libération dans la région de Castres (Tarn), il se retrouva capitaine-instructeur à l’École d’officiers de Toulouse. Revenu dans l’Isère, à Grenoble, fin 1944, il participa avec Joffre Dumazedier à la fondation de Peuple et culture. La vie militante et professionnelle de Bénigno Cacérès se confond alors largement avec celle de ce mouvement.

Parallèlement, il codirigea avec P. Lengrand*, puis seul, le Centre d’études ouvrières créé dans le cadre de l’Union des syndicats de l’Isère avec le concours de Peuple et culture. Quand Peuple et culture s’installa à Paris en 1947, il en devint secrétaire général. Il le resta jusqu’en 1970, date où il succéda à Joffre Dumazedier à la présidence. Il devint président d’honneur en 1973.

Bénigno Cacérès participa au développement des techniques d’éducation des adultes, notamment aux techniques d’entraînement mental et à la conduite de multiples actions de formation (stages, universités d’été...). À partir de 1950, il dirigea la collection Peuple et culture au Seuil où il publia plusieurs ouvrages, et anima les éditions internes du mouvement (revues, fiches de lectures...). Dans le même temps, il enseigna à l’Institut des sciences sociales du travail (ISST) de 1946 à 1974, au Centre de formation de l’éducation surveillée de Vaucresson (CFRES). Marcel David*, dernier directeur de l’ISST, l’encouragea à préparer un doctorat en sciences sociales du travail, dont la soutenance, en 1978, couronna la carrière d’autodidacte de Bénigno Cacérès. Cette thèse avait aussi le sens d’une conciliation réussie entre la culture ouvrière de ses origines, qu’il n’avait jamais reniée, et la culture intellectuelle à laquelle il voulait que tous les ouvriers aient accès. Il s’en expliqua dans Les Deux rivages, itinéraire d’un animateur d’éducation populaire (1982).

Le rayonnement de son action fut reconnu par sa nomination comme « personnalité qualifiée » à nombre d’organismes tels que la commission française de l’UNESCO ou le haut comité de la Jeunesse et des Sports, et par sa participation au FONJEP dont il devint président en 1979. Il fut également titulaire de nombreuses décorations civiles et militaires, dont celle de l’ordre national du Mérite.

Malgré une santé déclinante, il continua à militer jusqu’à la fin de sa vie. Son dernier engagement fut en faveur du droit à l’éducation des jeunes sous protection judiciaire et contre l’exclusion des jeunes les plus en difficulté (mouvement Riposte).

Bénigno Cacérès avait poursuivi toute sa vie une activité d’écrivain, alternant romans, récits, nouvelles et ouvrages didactiques. Il débuta en 1950 avec la publication de La rencontre des hommes, récit autobiographique de sa formation de compagnon charpentier. En 1964, il publia au Seuil une Histoire de l’éducation populaire qui fit date. Bien qu’en rapport fréquent avec son action militante, son activité littéraire ne lui fut en rien subordonnée : il n’était pour lui de vraie culture que celle du livre et il n’était pas d’activité plus haute que la création littéraire.

Son dernier ouvrage, Le Couloir aux sept portes (1989), entrelaçait dans de courts récits les différentes périodes et les différentes faces d’une existence marquée par une unité qui était d’abord fidélité à sa jeunesse avide de savoir et par la très haute idée qu’il se faisait de la culture comme instrument de libération.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18290, notice CACÉRÈS Bénigno par Vincent Peyre, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 avril 2010.

Par Vincent Peyre

ŒUVRE : La Rencontre des hommes, 1950. — Histoire de l’éducation populaire, Seuil, 1964. — Le temps d’Isabelle, Seuil, 1976. — Les Deux rivages, itinéraire d’un animateur d’éducation populaire, Maspero, 1982. — Le Couloir aux sept portes, La Découverte, 1989.

SOURCES : J. Dumazedier, « Bénigno Cacérès ou les deux rivages », Esprit, février 1992. — Ouvrages de B. Cacérès. — Entretien avec B. Cacérès. — DBMEPAC, op. cit.

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