VINCENT Michel, René, Léonard

Par Jean Limonet

Né le 15 avril 1939 à Damas (Syrie) ; ajusteur aux ARCT à Roanne (Loire) ; permanent syndical CFDT et secrétaire général de l’URSM de la Loire et Haute-Loire (1974-1983) ; membre du conseil fédéral, puis de la commission exécutive de la FGM (1971-1983) ; responsable de gestion du CFPA Yves Bodiguel (1986-1994) puis du centre AFPA de Saint-Étienne (1994-1999) ; conseiller municipal à Fitou (Aude).

Les parents de Michel Vincent étaient originaires du Limousin. Son père, Camille Vincent, né à Rochechouart (Haute-Vienne), était peintre dans l’entreprise familiale à Oradour-sur-Vayres avant de devenir militaire de carrière, sous-officier au 502e chars à Limoges. Sa mère, Eugénie Marguerite Bosredon, née au Mas-la-Roche, commune de Compreignac (Haute-Vienne), travaillait dans la petite ferme familiale. Mariés le 15 décembre 1936 à Compreignac, ses parents se trouvaient en Syrie au moment de la naissance de leur fils Michel. L’unité 63e bataillon de chars de combat dans laquelle était son père se trouvait en stationnement au Levant (Syrie et Liban) dans le cadre de la Société des Nations. Le retour en France le 20 septembre 1941 se fit à Limoges, en zone libre, ville de garnison du 6e cuirassier où naquit un autre fils, Jean-Louis, en octobre 1942. En congé d’armistice et sans emploi, Camille Vincent fut embauché le 1er novembre 1942 à l’Arsenal de Roanne où il s’installa avec sa famille. Entré ensuite dans la police et faisant partie d’un groupe de l’Armée secrète, il se réengagea au 2e cuirassier dans la 1re Armée du maréchal de Lattre puis participa à la libération de la Bourgogne, de la Franche-Comté, des Vosges et de l’Alsace. Il entra à la tête de son peloton à Alkirch (Haut-Rhin), participa à la libération de Mulhouse et fut tué le 29 janvier1945 à Wittenheim dans les combats des cités Kulmann des mines de potasse.

La scolarité de Michel Vincent commença au jardin d’enfants de la paroisse des Minimes à Roanne, puis à l’école primaire de Compreignac, où sa mère s’était repliée dans sa famille pendant quatre mois, ensuite à l’école primaire Roger Salengro à Roanne, puis à celle de l’Hôtel de ville, la famille ayant déménagé dans un autre quartier. Sa scolarité se poursuivit au collège technique de garçons Carnot jusqu’en 2e TM, classe préparatoire pour intégrer les Arts et Métiers. N’ayant pas été admis en 1re TM, il quitta le collège pour entrer dans la vie active. Il entra comme raboteur à la SOMIP à Roanne en octobre 1957, puis comme ajusteur aux ARCT (Ateliers roannais de constructions textiles) en février 1958. Les ARCT étaient une entreprise locale de 600 personnes en 1958, spécialisée dans la construction de machines pour le textile, assembleuses retordeuses, encolleuses, machines pour fausse torsion. Ils allaient devenir un des leaders mondiaux dans la fausse torsion avec 1 800 salariés à Roanne et des entreprises aux USA, à Singapour et la reprise d’entreprises françaises à Valence, Aubenas, Troyes, Annemas, Stains, sous l’égide du Comité interministériel d’action en soutien du secteur industriel (CIASI).

Toute la période de jeunesse de Michel Vincent fut marquée par le sport, l’athlétisme, le football, le rugby à XV au Racing club costellois où il fut ¼ finaliste au championnat de France 3e série. Il fut sélectionné (Lyonnais contre la Bourgogne) le 1er mai 1964 pour le rugby à XIII à Roanne avec une tournée en Angleterre en 1969. Jusqu’à l’âge de la majorité (21 ans), Michel Vincent fut dans une certaine insouciance sur les questions politiques, religieuses ou encore syndicales.

Appelé au service militaire le 4 mai 1959, il se présenta au groupe d’instruction des parachutistes d’Outre-Mer à Mont-de-Marsan (Landes). Il fit ses classes et la préparation au CA1 dans la section préparatoire aux EOR, élèves officiers de réserve. Daltonien, il fut classé inapte aux troupes aéroportées et ne passa pas le concours d’entrée aux EOR. Étant pupille de la Nation, dispensé donc de faire son service en Afrique du Nord, il fut volontaire pour servir en Algérie par respect pour l’engagement des soldats d’Afrique du Nord ayant participé à la libération de la France. Il fut affecté à la compagnie de commandement du secteur de Constantine et débarqua à Bône le 13 septembre 1959. À sa demande, il fut muté et affecté au 585e bataillon de marche du train dans l’Ouarsenis, zone ouest de l’Algérie dans la 4e compagnie, le 30 novembre 1959 à Dutertre, puis avec sa compagnie à Tifrane. Il appartint au peloton de sous-officiers à Dellys en Petite Kabylie. Il fut successivement porteur de musette FM, voltigeur de pointe, chef d’équipe voltige, chef de groupe et par deux fois chef de section. Cette compagnie opérationnelle fit plusieurs fois partie de groupements, Nemours, Gradins, avec des interventions à Alger, à l’Observatoire, en décembre 1960, à la Casbah en avril 1961, à Zéralda, à Tagarins, au gouvernement général, au Quartier Belcourt rue de Lyon. Michel Vincent fut libéré de ses obligations militaires le 2 septembre 1961 après 28 mois dont 24 en Algérie avec le grade de maréchal des logis. Il reprit son travail aux ARCT à l’ajustage puis au montage.

Il décida d’adhérer à la section syndicale CFTC en 1962 à la suite de l’intervention au cours d’un conflit de Maurice Darmais, alors secrétaire de l’UL-CFTC de Roanne. Il fut élu délégué du personnel dans la petite section CFTC conduite par Pierre Gaudu, Maurice Fayolle et Louis Depeaux, face à une CGT puissante. À cette époque, les réflexions et actions de la CFTC de l’entreprise portaient principalement sur les salaires et les conditions de travail. Il participa aux débats sur l’évolution de la CFTC au sein de l’UL en se positionnant pour la constitution d’une organisation syndicale moderne et laïque.

Devenu secrétaire du syndicat des métaux de Roanne, et membre du bureau de l’UL, Michel Vincent marqua en 1968 sa volonté de développer un syndicalisme d’entreprise qui se traduisit par la constitution de nombreuses sections syndicales, par leur renforcement dans la métallurgie, le textile, le bâtiment (tuiles, briques et bois). Durand cette période, il travailla avec le Comité d’action lycéen, dans lequel la concurrence fut parfois très rude entre la CFDT et la CGT. Le syndicat des métaux de Roanne compta alors plus de 400 adhérents avec des sections aux ARCT animées par Bernard Blanchet, Roger Bernard, Johannes Raffin, Jean Bonnet, Jean Morrisson et Michel Vincent, à Loirecord du groupe Potain avec André Perrin, Guy Thevenet, à Lecq et Lefebvre avec Jean Cucherat, Marius Lavenir, à Setic avec Paul Madani, à SC2M avec Odile Tuloup, à Gevarm avec Henri Regny, à Ascco avec Jacky Bessaire. Toutes ces sections alors bien structurées se réunissaient au syndicat de Roanne chaque mardi pour mettre en commun les problèmes rencontrés dans les entreprises, trouver des solutions et mettre en place les actions possibles.

Au nom de l’UL, il prit également la tête de la délégation CFDT de la bonneterie face à la chambre patronale de la branche et, grâce à la reconnaissance légale de la section syndicale d’entreprise en décembre 1968, il participa à sa structuration.

Rapidement, Michel Vincent fut élu, en 1974 permanent de l’Union régionale des syndicats de la métallurgie de la Loire et de la Haute-Loire (URSM), chargée également de l’établissement de Saint-Chély d’Apcher du groupe Creusot-Loire du département de la Lozère. Il allait ainsi rejoindre Charles Weber, au départ de Georges Granger, au secrétariat national de la FGM. Il prit en charge le suivi des syndicats du Roannais, de Feurs, de Montbrison, de la Plaine, de Saint-Chamond, de Rive-de-Gier, alors que Charles Weber suivait d’autres syndicats de la région. En janvier 1980, au départ de Charles Weber, Michel Vincent, seul permanent, prit la responsabilité de tous les syndicats de la métallurgie de la région, plus les syndicats de Saint-Étienne, du Chambon-Feugerolles, de Firminy, de Monistrol, et d’Yssingeaux et de la Haute-Loire.

Il fit en sorte que les membres du bureau de l’URSM s’impliquassent dans le suivi de la vie des sections de leurs syndicats respectifs qui étaient marquées, d’une part, par l’entrisme de militants d’extrême gauche et, d’autre part, par de très nombreux conflits portant sur les problèmes d’emplois dans la métallurgie de la Loire. Celle-ci était restée très longtemps sur l’idée que son savoir faire était un des meilleurs – ce qui était en partie vrai – mais qui avait beaucoup négligé la modernisation de l’outil de production et des structures, la formation, l’aspect commercial et n’avait pas su anticiper les concentrations, les restructurations industrielles et financières engagées par les grands groupes au détriment des structures familiales. Ce phénomène s’amplifia par la faillite de Creusot-Loire, qui possédait des usines à Rive-de-Gier, Saint-Chamond, Saint-Étienne, Firminy et la Vallée de l’Ondaine et leurs sous-traitants. Ce fut le cas également pour Manufrance, Mavillor, Bennes Marrel, Hernault Somua, Sibal, Loirecord, ARCT, Lama, Derveaux, Voyer.

Tout au long de ces conflits, Michel Vincent refusa d’entrer dans un simple processus de dénonciation. Il participa aux analyses qui permirent d’élaborer des propositions, de monter des dossiers démontrant la viabilité des entreprises et les conditions nécessaires à mettre en œuvre pour maintenir et garantir les emplois. Au slogan « non à la casse », l’URSM avait substitué « oui à l’emploi et nous le pouvons ». Durant ces conflits, de nombreux militants travaillèrent sur ces dossiers et surent argumenter dans les réunions entre militants, salariés, employeurs et pouvoirs publics. Dans ces mêmes années, Michel Vincent conduisit en Loire et Haute-Loire les négociations paritaires de la métallurgie afin d’intégrer dans les conventions collectives départementales les accords nationaux devant être appliqués dans les entreprises de la branche, même si celles-ci n’avaient pas de présence syndicale. Les négociations portèrent sur la mensualisation, les étapes de réduction du temps de travail, les classifications, les garanties de l’emploi.

Élu en juin 1976 secrétaire général de l’URSM, succédant ainsi à Georges Granger, Michel Vincent devint membre du bureau de l’UD de la Loire. Les secrétaires permanents de la métallurgie de la région Rhône-Alpes, composés de Michel Vincent et Charles Weber pour l’URSM Loire-Haute-Loire, d’Antoine Amiral, de Jean-Marie Pages, Brigitte Milhomme puis Daniel Dormand de Lyon-Ain, de Jean Ducret et Marc Cadoret des Savoies, de Georges Dupond de Drôme-Ardèche, Isère, organisèrent alors des rencontres régulières pour faire le point sur la politique de la fédération, et surtout pour harmoniser les positions des métallurgistes face à l’URI Rhône-Alpes plus sensibilisée à cette époque sur des formations d’analyses marxistes et des conflits périphériques que sur la réalité de la vie dans les entreprises.

Depuis 1970, Michel Vincent participait aux travaux de la branche fédérale machines textiles, rattachée à la mécanique générale. Il apporta largement son expertise acquise aux ARCT et, à ce titre, fut désigné par l’Union fédérale mécanique générale. Élu membre du conseil fédéral de la Fédération générale de la métallurgie (FGM) au congrès de Dijon en avril 1971, il avait ainsi rejoint Georges Granger de la même union métaux au conseil fédéral et qui venait d’être élu à la commission exécutive, alors que Jacques Chérèque prenait la responsabilité de secrétaire général à la suite de Jean Maire. Lors de ce mandat l’URSM Loire-Haute-Loire fut largement représenté avec Frédo Moutet, Georges Granger, Charles Weber, et Michel Vincent, tous à des responsabilités diverses étaient originaires de la Loire. Michel Vincent fut réélu au congrès de Grenoble en novembre 1974, puis en novembre 1977 au congrès de Strasbourg. Durant son troisième mandat, Michel Vincent appartint à la commission exécutive fédérale en janvier 1980. En janvier 1981, il fut reconduit dans ses fonctions fédérales au congrès d’octobre. Durant toutes ces années, il poursuivit ses responsabilités nationales fédérales et les responsabilités de secrétaire général de l’Union métaux avec le soutien de Charles Weber, deuxième permanent de la métallurgie sur la région.

Lorsqu’il devint en 1974 secrétaire de l’URSM, Michel Vincent avait annoncé qu’il souhaitait retourner dans l’entreprise qu’il avait quittée et qu’il préparerait sa succession. À la fin de ses mandats, en février 1983, il quitta ses responsabilités syndicales à l’URSM et reprit un emploi aux ARCT. Robert Bonnand membre du conseil de l’URSM lui succéda dans ses responsabilités régionales.

De retour aux ARCT, Michel Vincent demanda à la section de le laisser un peu souffler durant quatre mois puis reprit un mandat de délégué syndical. La situation économique des ARCT s’était énormément dégradée. Il réalisa avec la section syndicale un document intitulé « Chronique d’une faillite annoncée et élaboration de solutions pour s’en sortir ». Le diagnostic était malheureusement exact et les propositions étaient systématiquement dénoncées par la CGT, le CIRI. Le Comité interministériel de restructuration industrielle soutenait financièrement l’entreprise mais souhaitait se débarrasser de la « patate chaude ». Les élus PS de la région roannaise, député, conseiller général trouvaient que le soutien financier aux ARCT irait mieux à leur commune, le conseiller général PC disait qu’il ne fallait rien changer et le RPR ainsi que le patronat local attendaient que le fruit tombe. L’annonce de la liquidation de biens fut faite le 25 juin 1985 entraînant le licenciement de l’ensemble du personnel, soit 1 400 personnes.

Michel Vincent se trouva sans emploi comme la plupart des salariés. Après les congés payés, ce fut le chômage, mais il ne resta pas inactif. Faisant le projet de se reconvertir, il fit à Lyon II un stage d’anglais intensif de sept semaines, une formation de base à l’informatique préparatoire au stage GPSI (gestion des petits systèmes informatiques) et demanda à faire un stage AFPA de cuisinier en restauration traditionnelle. N’ayant pas de suites possibles aux demandes, Michel Vincent postula un poste de prospecteur-placier, et sollicita un rendez-vous auprès du directeur départemental de l’ANPE. Celui-ci lui indiqua que compte tenu des capacités démontrées lors des stages effectués – résultats très positifs – il ne pensait pas que Michel Vincent voudrait rester prospecteur placier mais que si d’autres postes s’ouvraient, il serait prioritaire.

Georges Granger, alors secrétaire général de la FGM, proposa à Michel Vincent d’intégrer l’équipe de direction comme chargé de direction responsable de gestion du centre de formation professionnelle pour adultes Yves Bodiguel situé à Meudon-la-Forêt (Hauts-de-Seine). Ce centre, créé en 1947, faisait partie du collectif des centres gérés par la fédération de la métallurgie CFTC-CFDT, la délégation à l’emploi en était l’organisme de tutelle, avec comme directeur Bernard Goin, puis Michel Gay à partir de 1987. Michel Vincent prit ses fonctions le 18 juin 1986 et les exerça jusqu’en février 1994. Il dut rejoindre sa famille à Saint-Romain-La-Motte, agglomération de Roanne, chaque semaine tout en étant présent tous les lundis matins pour accueillir les stagiaires. Sur sa demande, il obtint sa mutation au centre AFPA de Saint-Étienne comme CDRG, chargé de direction responsable de gestion, en février 1994, où il travailla avec l’équipe de direction, Christian Bringer, directeur, et trois chargés de direction, Pierre Perdoux, René Perriand, Danielle Thomas. Avec cette équipe, les finances du centre furent gérées avec plus de rigueur dans la politique d’achats, en augmentant les heures stagiaires travaillées et la restauration fut modernisée tout en refusant la totalité de l’hébergement des stagiaires. Michel Vincent fut élu membre du comité régional d’établissement sur la liste cadres CFDT. Il assuma pendant trois mois la fonction de directeur délégué entre le départ de Christian Bringer et l’arrivée d’Aline Gadala. Il prit sa retraite le 30 avril 1999.

Michel Vincent avec son épouse – il s’était marié le 29 juin 1963 avec Juana Canto, née à Alicante, Espagne, dont il eut une fille Isabelle, née le 15 avril 1964 – firent construire une maison à Fitou dans l’Aude dans laquelle ils aménagèrent fin juillet 1999 pour s’y installer définitivement en septembre 2004 après avoir vendu leur maison de Saint-Romain-la-Motte. Le couple s’intégra dans la vie associative de Fitou : lui au Pétanque club fitounais dont il sera secrétaire pendant onze ans et à l’Association des anciens combattants dont il est (en 2016) président depuis 2004. Il fut aussi conseiller municipal de 2011 à 2015 ; elle comme trésorière pendant neuf ans à l’association Vivre heureux au village.

Membre du PSU, signataire pour « Les assises du socialisme », membre du PS de l’Aude, Michel Vincent fut décoré de l’Ordre national du Mérite du ministère du Plan, de la Croix du Combattant, du Titre de la reconnaissance de la Nation, de la Médaille commémorative Algérie, ainsi que de plusieurs médailles du travail.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182895, notice VINCENT Michel, René, Léonard par Jean Limonet, version mise en ligne le 29 juillet 2016, dernière modification le 29 juillet 2016.

Par Jean Limonet

SOURCES : Archives interfédérales CFDT. — Fonds personnels Michel Vincent, notamment un texte inédit « Pour la mémoire », printemps 2016. — Correspondance avec Michel Vincent, 10 janvier, février, 20 mai, 6 juin, 3, 24 juillet 2016.

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