VILLACÈQUE Fernand, Joseph, Vincent

Par André Balent

Né le 16 juin 1910 à Salses (Pyrénées-Orientales), mort le 19 avril 2002 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; instituteur des Pyrénées-Orientales ; résistant ; militant du PCF clandestin puis légal jusqu’en 1956 ou 1957 ; adhérent de Tribune du communisme (1958 ?-1960) puis du PSU (1960 puis à nouveau de 1968 à 1971) ; libre penseur, adhérent l’Union rationaliste ; catalaniste culturel.

Fernand Villacèque, fils unique d’instituteurs, fut lui même instituteur. Il indiqua dans un essai (op. cit., 1979, p. 56) en partie : ancêtres étaient originaires du Bas Conflent (Rodès), du Vallespir, du Roussillon (Salses, Perpignan).

Son père, Félicien, Joseph, Justin Vilacèque (patronyme écrit « Vilacèque » avec un seul « l » sur l’acte de mariage de ses parents et sur sa fiche du registre matricule) était né le 5 mai 1880 à Salses, village du nord du Roussillon, aux confins du Languedoc. Il fut élève à l’école normale de garçons de Perpignan de 1896 à 1899. Instituteur, il occupa un poste double avec son épouse dans plusieurs villages du département. Le père de Félicien, tailleur d’habits était originaire du Vallespir. Âgé de vingt-sept ans, il s’était marié le 5 avril 1880 à Salses où il exerçait son métier avec une originaire de cette commune, Marie Carrère, couturière âgée de vingt ans.

La mère de Fernand Villacèque, Joséphine Calvet, était née à Perpignan le 2 août 1883. Son père, Bonaventure Calvet, employé de l’octroi de la ville, âgé alors de vingt-neuf ans, était natif de Rodès, dans le Bas Conflent où ses parents étaient agriculteurs. Elle fut élève de l’école normale de filles de Perpignan de 1900 à 1903.

Le grand-père paternel de Fernand Villacèque, fit le Tour de France des compagnons en 1872. Il écrivit un livret de calcul. Son grand-père maternel recueillit et calligraphia en 1872 et 1873 des chansons populaires catalanes. Dans les passages autobiographiques de son essai publié en 1979 (op. cit.), Fernand Villacèque a expliqué qu’il ne savait quelle avait été sa langue maternelle : le français privilégié par ses parents instituteurs ou le catalan en usage dans la famille et les villages où il habita successivement ? Il confia que, de fait, il eut deux langues maternelles.

Suivant les résidences administratives de ses parents, Villacèque finit par bien connaître plusieurs petites régions du département depuis Fontpédrouse (1911-1920), dans le Haut Conflent montagnard où il se souvint d’avoir joué en 1916 à « la guerre des tranchées » avec les fusils de bois de l’ancien bataillon scolaire de l’école — son père fut mobilisé du 6 août 1914 au 15 février 1919 — jusqu’à Saint-Hippolyte dans la basse plaine littorale de la Salanque où il fut l’élève de son père à partir de 1920.

Fernand Villacèque fut de, 1927 à 1930, élève de l’école normale de Perpignan. Il était de la même promotion que Joseph Medina, un catalaniste, et Gérard Vassails avec qui il partagea les convictions rationalistes et dont on peut penser qu’il a influencé ses réflexions catalanistes. Tous deux adhéraient après 1945 à l’Union rationaliste. Villacèque demeura en correspondance avec Vassails jusqu’au retour de ce dernier en Roussillon en 1973. Il intégra, avec son collègue Medina le 80e régiment d’Infanterie en garnison à Castelnaudary (Aude) où il effectua son service militaire du 20 octobre 1931 au 16 septembre 1932. Bien qu’ayant obtenu le brevet de préparation militaire (mention « infanterie ») avec une moyenne suffisante, il ne demanda pas de devenir officier de réserve, à la différence de Medina qui intégra l’école de Saint-Maixent. Il fut simplement promu caporal le 8 février 1932. Il se maria à Perpignan le 5 août 1933 avec Georgette, Adrienne, Geneviève Ribère. Le couple eut trois enfants, nés avant août 1939. L’un d’eux, Georges, fut agrégé d’histoire et, en 1976, cosigna avec son père une Histoire du Roussillon (op. cit.). Cette charge de famille lui permit de bénéficier, lors de la mobilisation de 1939, d’un rattachement à la classe 1924

De retour à Perpignan, en 1932, Villacèque occupa successivement plusieurs postes d’instituteur rural. Il fut nommé à Camélas, dans les Hautes Aspres en 1933 (la documentation militaire précise qu’il résida dans cette commune à partir du 6 février 1934), puis à Toulouges, près de Perpignan, où il résida à compter du 26 avril 1936. Il fut ensuite nommé à Perpignan, sans doute après la Seconde Guerre mondiale.

Nous ne connaissons aucun engagement politique de Fernand Villacèque avant la Seconde Guerre mondiale. Son adhésion au SNI doit cependant dater de cette période.

Fernand Villacèque adhéra au Parti communiste clandestin et au Front national dès la seconde moitié de 1941 ou le début de 1942. Nous le retrouvons membre du PCF dès la Libération. Il fut candidat sur la liste de ce parti à Perpignan (liste d’union républicaine et de la Résistance conduite par André Tourné) aux élections municipales du 19 octobre 1947, en 23e position. La liste eut douze élus.

Fernand Villacèque rompit avec le PCF en 1956 ou 1957. Il adhéra au groupe Tribune du communisme (Voir Mallet Serge) quelque temps après sa fondation en avril 1958. Il en fut le seul adhérent des Pyrénées-Orientales. Il participa à la fondation (1960) du PSU (Parti socialiste unifié) où il ne demeura que de temps. Il y adhéra à nouveau en 1968 et en demeura membre jusqu’à la fin de 1971, sans trop s’impliquer dans la vie du parti. Il put ainsi participer fugacement aux débats sur les problèmes régionaux et la catalanité que le PSU porta sur la place publique dès les élections législatives de juin 1968 (Voir Claux Antoinettte) et auxquels il était déjà sensibilisé par ses contacts avec Gérard Vassails et ses recherches historiques sur l’histoire catalane aux archives départementales et à la bibliothèque municipale de Perpignan qu’il fréquentait assidûment — il publia plusieurs articles cités dans la rubrique Œuvres, dont un de particulièrement remarqué sur l’affaire de Palalda en 1874 (op. cit.) et ses prolongements— , surtout après son départ à la retraite (1965). Il adhérait au GREC (Grup rossellonès d’estudis catalans). En 1964-1965, il participa à l’enquête du journal Le Monde sur les parlers maternels. Ce fut sans doute la « dérive gauchiste » du PSU et sa politisation de la question catalane qu’il voulait confiner dans un cadre purement culturel qui l’amenèrent à se détacher progressivement — il n’en démissionna jamais formellement — de ce parti auquel il avait ré-adhéré dans la foulée de Mai 1968. En 1976, il publia avec son fils une Histoire du Roussillon destinée aux élèves de l’enseignement primaire et, surtout, en 1979, un essai (op. cit.) édité par le « quinzomadaire » Truc dans lequel il développa une argumentation contre la politisation du catalanisme qu’il voulait purement culturel. Favorable à l’enseignement du catalan (et en catalan) à l’école, il revendiquait une double culture française et catalane : « Je me suis toujours senti catalan, et, en même temps, français. Dans l’avenir, être un homme de deux cultures sera une chose banale ». Cette position lui valut l’hostilité de beaucoup de monde, en particulier celle des activistes catalanistes liés à l’extrême gauche. La polémique, y compris dans la presse (1978-1979), à propos de son Histoire du Roussillon lui laissa un goût d’amertume : « Qu’on discute mes bouquins, je veux bien. Mais que l’on m’insulte ! ». À cette époque (années 1970) l’Union rationaliste dont Villacèque était un fervent militant ne formulait pas publiquement d’opinions hostiles aux « langues régionales », ce qui ne sera plus le cas dans les années 2000-2010 (débat français sur la ratification de la Charte européenne des langues régionales). Pour cette raison la position de Villacèque et celle de son ami rationaliste Vassails dans les années 1970 est à souligner.

Libre penseur et rationaliste, Fernand Villacèque participait activement à la vie de l’Union rationaliste dont il fut l’un des animateurs locaux. Il publia plusieurs articles dans les Cahiers de l’Union rationaliste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182893, notice VILLACÈQUE Fernand, Joseph, Vincent par André Balent, version mise en ligne le 29 juillet 2016, dernière modification le 23 mai 2019.

Par André Balent

ŒUVRES :
Des publications dans les Cahiers de l’Union rationaliste : (« Matérialisme et religion » ; « Grandeur, erreurs et lacunes de la pensée chrétienne », 282, avril 1971 ; 2e partie, 284 juillet 1971 ; « L’Union rationaliste et la crise de la conscience contemporaine », 337, avril 1977. — « Le premier professeur de dessin d’Aristide Maillol, enfant de Banyuls », CERCA (Centre d’études et de recherches catalanes des Archives [départementales des Pyrénées-Orientales]), 30, Perpignan, 1965, pp. 328-330. — « Psychologie du particularisme roussillonnais », Sant Joan i Barres, bulletin du Grup rossellonès d’estudis catalans, 29, Perpignan, 1967, pp. 10-14. — Un testament pédagogique pour augmenter la productivité de notre enseignement de la maternelle à l’université, Montpellier, s.d. [1967], 98 p. — Le département des Pyrénées-Orientales. Cours moyen, fin d’études, Saint-Germain-en Laye, sd [1970], 40 p. — « Environnement esthétique, urbanisme » [à Argelès-sur-Mer], Massana, 18, Argelès-sur-Mer, 1973, pp. 198-206. — « L’affaire de Palalda (4-5 septembre 1970 – 24-28 novembre 1874) », Massana, 36, Argelès-sur-Mer, 1978, pp. 78-90. — Vilacèque (sic) G[eorges] et F[ernand], Histoire du Roussillon, Saint-Germain-en-Laye, MDI, 1976, 60 p. — Notre catalanisme. Psychologie et physiologie du particularisme roussillonnais, Cahiers de Truc, 2-3, Perpignan, 1979, 102 p. [essai publié dans le même volume que celui de Roger Grau, De Roussillon en Catalogne].

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 1 R 637, f° 1553, registre matricule de Fernand Villacèque ; i R 450, f° 480, registre matricule de son père, Félicien Vilacèque. — Arch. com. Salses, acte de naissance avec mentions marginales de Fernand Villacèque et du mariage de Justin Villacèque avec Marie Carrère. — Arch. com. Perpignan, acte de mariage entre Fernand Villacèque et Joséphine Calvet. — Fernand Villacèque, 1979, op. cit., éléments autobiographies, surtout pp. 30-31, 34, 55 sq. — Le Républicain, 11, 18 octobre 1947. — Discussions avec Fernand Villacèque (1968-1980).

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