Né le 4 mai 1950 à Saint-Servant-sur-Oust (Morbihan), mort le 11 février 2018 ; ajusteur, puis cadre médico-psycho-social ; militant communiste ; syndicaliste CGT, membre du secrétariat de l’Union syndicale de la Métallurgie de Paris, secrétaire général du syndicat CGT Citroën-Paris ; militant associatif, membre de Tourisme et Travail (1980-1986).

Allain Malherbe aux usines du quai de Javel.
Fils de François Malherbe, agriculteur, et de Marguerite Surzur, employée de maison devenue agricultrice après son mariage, Allain Malherbe grandit avec ses trois frères et sa sœur dans la ferme familiale, à Saint-Servant-sur-Oust. Son frère aîné trouva la mort durant la guerre d’Algérie, ce qui marqua profondément son jeune frère, Allain, dont la famille était farouchement antimilitariste et pacifiste. Le père d’Allain Malherbe, sensible aux idées socialistes, affichait des opinions antigaullistes, dans le contexte de l’opposition rurale au plan Mansholt, et eut une influence sur l’engagement ultérieur de son fils. La mère, Marguerite, était catholique.
Après avoir été scolarisé dans l’enseignement privé catholique, Allain Malherbe fréquenta le collège d’enseignement technique (CET) de Josselin (Morbihan) et obtint un CAP d’ajusteur en 1967. Sa sœur, qui vivait à Paris, dans le XVe arrondissement, l’hébergea alors un temps et Allain Malherbe fut embauché, le 26 septembre de la même année, aux usines Citroën du quai de Javel (XVe arr.). L’entreprise était alors le théâtre d’un mouvement de revendication d’une prime pour les salariés pour la sortie de la Dyane, et Allain Malherbe signa sa première pétition à cette occasion.
S’il fut gréviste, Allain Malherbe ne prit pas une part active au mouvement de mai-juin 1968. Il fréquenta quelques manifestations, se rendit à certaines occupations d’usines, mais demeura en retrait de l’événement. Son investissement était également rendu difficile par l’éloignement géographique de son usine, car il effectuait alors un stage de soudure à Saint-Denis-Pleyel.
Néanmoins, il fut de plus en plus confronté, cette même année 1968, à l’effervescence militante qui secouait alors Citroën. Le syndicat CGT de l’entreprise, majoritaire au comité d’entreprise, avait mis sur pied un club des jeunes qu’Allain Malherbe fréquenta assidûment, liant connaissance avec de jeunes militants, parmi lesquels Roger Gauvrit et Gilbert Lauriac. Allain Malherbe y prit part avec enthousiasme aux discussions politiques et se découvrit un intérêt pour le syndicalisme. Dans le même temps, sa sœur et son beau-frère, militant du Parti socialiste unifié (PSU), l’encouragèrent quant à eux à se syndiquer. Aussi, à partir du mois de septembre 1968, Allain Malherbe fréquenta les réunions syndicales, donna son adhésion à la CGT, et rejoignit la section syndicale de l’Atelier Leblanc, où il travaillait. Dès 1969, il suivit une école de quinze jours de son syndicat. Dans le même temps, il devint militant du Parti communiste français (PCF) et participa à des actions de solidarités envers les peuples vietnamien et chilien.
En novembre 1970, il fut appelé à effectuer son service militaire. Par crainte que la direction de l’entreprise ne profite de son éloignement pour supprimer son poste et le licencier, comme cela avait été le cas pour Roger Gauvrit, Gilbert Lauriac désigna Allain Malherbe comme délégué syndical, ce qui permettait de sécuriser son emploi. À son retour, en novembre 1971, il intégra le secrétariat du syndicat CGT-Citroën.
Allain Malherbe suivit, en 1974, une école d’un mois de la CGT à Courcelle-sur-Yvette (Essonne). L’année suivante, il profita d’une convalescence, s’étant fait opérer d’une hernie, pour suivre les cours de l’école centrale d’un mois du PCF à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne).
En 1976, il prit une part active à la campagne nationale menée par la CGT et Marcel Caille contre la reconnaissance par le gouvernement Chirac de la Confédération française du travail (CFT), syndicat d’extrême droite. Il aida à la constitution de dossiers judiciaires en vue des procès contre la direction pour des fraudes lors des élections et fut cité comme témoin au procès de Claude Lecomte, qui se tint en 1982 suite à l’assassinat à Reims de Pierre Maitre par des militants d’extrême droite. Il participa, enfin, à l’élaboration de deux ouvrages revenant sur ces luttes : Les truands du patronat et L’assassin était chez Citroën.
Allain Malherbe, qui vivait désormais dans le Ier arrondissement de la capitale, rencontra Catherine Boucherie, assistante sociale née le 8 janvier 1954 à Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), nièce d’Ambroise Boucherie et également militante, qu’il épousa en 1978. Le couple eut deux enfants : Yann, né en 1979, et Nolwenn, née en 1982. La famille élut domicile à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne).
À la fin des années 1970, Allain Malherbe éprouva le besoin et l’envie de changer de profession. Par crainte de ne plus évoluer que dans le strict cadre syndical, et désireux d’élargir ses horizons, il déclina la proposition qui lui était faite par l’Union des syndicats des travailleurs de la métallurgie (USTM) de devenir permanent. Aussi reprit-il des études en 1979 et suivit-il des cours du soir. En 1980, il rejoignit l’association Tourisme et Travail, qui lui offrit un poste de cadre. Dans ce nouveau contexte, il poursuivit des études à l’Université Paris-VIII-Vincennes, où il obtint une maîtrise (1984) puis un DEA (1985) d’histoire. Ses travaux portaient sur l’histoire de Tourisme et Travail. Il avait obtenu, dans le cadre de ses travaux, le prix Georges Cogniot.
Résident de Nogent-sur-Marne, il figura, avec sa femme, Catherine, sur plusieurs listes de rassemblement de gauche aux élections municipales de 1983, 1989 et 1995, sans jamais être élu.
Après que l’association Tourisme et Travail eut été placé en liquidation judiciaire, en 1985, d’importantes dissensions secouèrent la direction et aboutirent à l’éviction de Jean Faucher, son président. L’année suivante, en 1986, l’association disparut et Allain Malherbe entra un temps au CCE des cheminots, puis fut embauché, en mai 1986, au sein de l’équipe de direction du centre de formation pour travailleurs handicapés Jean-Pierre Timbaud (Montreuil-sous-Bois, Seine-Saint-Denis) créé par la CGT de la métallurgie de la région parisienne. Chargé du service médico-psycho-social, il éprouva le besoin d’approfondir ses connaissances en la matière et obtint, en 2003, au CNAM, le diplôme de psychologue. Vingt ans durant, il anima entre autres la commission du 8 mai, consacrée aux commémorations de la Résistance et de la Libération. Directeur par intérim du centre, il accueillit en 2000 Leila Shahid, déléguée générale de la Palestine en France, dans le cadre d’un projet de formation professionnelle pour les Palestiniens que la guerre avait laissés handicapés. Le projet, soutenu par le président de la République, Jacques Chirac, ne vit néanmoins jamais le jour. Allain Malherbe prit sa retraite en 2010.
Militant associatif, Allain Malherbe fut tout à tour adhérent de la Fédération des conseils de parents d’élèves(FCPE), des Amis de la Commune de Paris, de la Confédération nationale du logement, et de Tourisme et Travail. Il avait adhéré, à sa création par Georges Séguy en 1983, à L’institut CGT d’histoire sociale confédéral (IHS-CGT). À compter de 2005, il prit une part active aux activités de l’IHS-CGT de la Métallurgie, dirigeant notamment en 2013, avec Roger Gauvrit et Jean-Yves Masson, un ouvrage sur l’histoire des travailleurs des usines Citroën.
Ayant lié connaissance, par l’intermédiaire de Françoise Tétard, avec l’équipe du Maitron, il en devint un correspondant occasionnel, rédigeant notamment des biographies de militants de Tourisme et Travail.

ŒUVRE : Avec Roger Leroy, Roger Linet et Max Nevers, 1943-1945. La résistance en enfer, Paris, Messidor, 1992. – Avec Roger Gauvrit et Jean-Yves Masson (sous la dir.), Citroën par ceux qui l’ont fait. Un siècle de travail et de luttes, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, 2013. – « D’espoir en division : Tourisme et Travail », in L’espérance contrariée. Éducation populaire et jeunesse à la Libération (1944-1947), actes du colloque des 10-12 novembre 1985, Les cahiers de l’animation n° 57/58, 1986. – «  Tourisme et Travail, 1944-1986 », in La CGT et la culture. Cahiers d’histoire de l’institut de recherches marxistes, n° 41, 1990. – Avec Gabriel Fernandez, « Conseiller d’orientation psychologue : un métier discuté », Éducation permanente, N° 171, février 2007.

SOURCES : Entretien et correspondance avec Allain Malherbe, juillet 2016.

Julien Lucchini

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