LIU Qing 劉青 (LIU Jianwei)

Par Michel Bonnin

Né en 1947, animateur du mouvement démocratique à Pékin (fin 1978-fin 1980). Arrêté en novembre 1979, pour avoir diffusé les minutes du procès public de Wei Jingsheng, il est condamné à trois ans de rééducation par le travail, puis de nouveau à sept années d’emprisonnement pour avoir fait sortir un témoignage du camp où il se trouvait.

Né en 1947, Liu Qing fait ses études secondaires à Pékin. Envoyé à la campagne comme « jeune instruit » en 1965, il est choisi en 1972 pour faire partie du nouveau contingent d’étudiants baptisés « étudiants ouvriers-paysans-soldats » et entre à l’institut industriel de Nankin. Diplômé en 1977, il est affecté au Guizhou, puis dans le Shenxi, comme cadre dans une usine de machines-outils. Malade, il est autorisé par son unité à aller se faire soigner à Pékin où il se trouve lorsque débute le mouvement démocratique, en novembre 1978. Il participe activement à la création de la Tribune du 5 avril (voir Wei Jingsheng (魏京生)), la première publication produite par le mouvement. Cette revue non officielle, mais non « clandestine », est domiciliée chez lui, à son adresse personnelle.
Comme Xu Wenli (徐文立), le rédacteur en chef de la revue, Liu est un marxiste réformiste, militant pour l’avènement d’un socialisme démocratique et estimant qu’à cette fin il est nécessaire de soutenir l’aile « libérale » du Parti incarnée par Deng Xiaoping. D’où le débat farouche qui l’oppose à Wei Jingsheng en mars 1979, lorsque celui-ci dénonce Deng comme un nouveau dictateur. La première vague de répression qui s’abat sur certains membres du mouvement (dont Wei) à la fin du mois de mars, déçoit en partie ses espoirs. Ayant été élu responsable, en janvier 1979, d’un « Comité de Coordination » destiné à établir une solidarité entre tous les groupes du mouvement, il se sent une responsabilité particulière dans la défense de ses camarades emprisonnés. Aussi décide-t-il de diffuser les minutes du procès de Wei Jingsheng qui, bien que théoriquement public, n’avait pu être suivi que par des personnes munies d’un laissez-passer. Le 11 novembre 1979, il organise une vente des minutes devant le « mur de la démocratie ». La police intervient et arrête trois vendeurs. Liu se rend alors de son plein gré au commissariat pour revendiquer la responsabilité de la diffusion. Il est arrêté, puis en août 1980 condamné à trois ans de rééducation par le travail par simple décision de police, et envoyé au camp du Temple du Lotus dans le Shenxi. Atteint d’une maladie chronique, il profite de son temps libre pour écrire un réquisitoire contre les méthodes employées par la Gong’anju (Sécurité publique) dans son affaire et contre les mauvais traitements infligés aux prisonniers. Ce réquisitoire, qui est en même temps un vibrant plaidoyer pour la démocratie et le respect du droit, est intitulé, par référence à Zola : Souvenirs et espoirs d’un homme sans illusions — J’accuse devant le tribunal de la société. Adressé à plusieurs dirigeants et journaux chinois, ce texte est le premier témoignage sorti d’un camp qui soit parvenu à l’étranger. Le frère de Liu Qing, Liu Nianchun, et un ancien animateur de la revue Enquêtes, Lu Lin (路林), ont été condamnés en 1982 à 10 ans et 4 ans de prison pour leur participation à la sortie de ce texte. Quant à Liu Qing, il a été condamné à 7 années de prison supplémentaires, au cours d’un procès secret tenu en 1982, probablement au début de l’été.
L’attitude acharnée de Liu Qing, qui consiste à opposer aux pratiques du régime chinois sa propre légalité, est significative de l’importance qu’ont prise dans l’esprit des jeunes Chinois des villes des notions comme celles de « démocratie », de « respect de la légalité », de « droits du citoyen », qui, si elles ont une origine étrangère, n’en sont pas moins inscrites dans la Constitution chinoise et présentes formellement dans le discours officiel du P.C.C.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182755, notice LIU Qing 劉青 (LIU Jianwei) par Michel Bonnin, version mise en ligne le 18 novembre 2016, dernière modification le 16 novembre 2016.

Par Michel Bonnin

ŒUVRE : J’accuse devant le tribunal de la société, Laffont, 1982. — Nombreux articles dans la Tribune du 5 avril.

SOURCES : Outre le témoignage cité ci-dessus, voir Sidane (1980). — Sidane et Zafanolli (1981). —Le Monde, 12 novembre 1982.

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