LIU Jianxun 劉建熏

Par Jean-Luc Domenach

Né en 1908 ou 1905 au Hebei (ou au Shanxi) ; responsable provincial du Hubei, du Guangxi, puis du Henan qu’il dirige de 1961 à 1978 ; membre du C.C. du P.C.C. jusqu’en 1978.

La carrière de ce dirigeant provincial est assez représentative. Entré au P.C.C. vers 1935, il semble n’avoir occupé que des postes secondaires dans la région-frontière Shanxi-Hebei-Shandong-Henan. Il ne sort de l’obscurité qu’en 1949, année où il entre dans l’appareil dirigeant du Hubei : il y applique notamment la réforme agraire et (outre des postes dans la région du Centre-Sud) en devient deuxième secrétaire dès 1952. S’il part en janvier 1956 assister Deng Zihui (鄧子恢) au Département du travail rural du C.C., c’est pour peu de temps, car en juin 1957 il est transféré à la tête du comité provincial du Guangxi que l’on remanie à la suite d’une grave affaire de malversation. Liu conduit la transformation en région autonome (mai 1958) de cette province excentrée et difficile, où demeure la plus importante minorité ethnique du pays, les Zhuang en même temps, il tente d’appliquer vaille que vaille la politique du Grand Bond en avant.
Son expérience des questions agraires explique en partie qu’il soit transféré en juin 1961 à la direction de la province du Henan qu’il avait déjà connue aux temps de la guérilla. Celle-ci connaît une effroyable crise agricole due aux excès gauchistes de Wu Zhipu et à une sécheresse de trois ans. Liu saura s’y maintenir presque continûment jusqu’à nos jours en appliquant les politiques différentes successivement prônées par le Centre. Ainsi, plusieurs des mesures adoptées en 1962 qui permirent de restaurer l’agriculture henanaise autorisaient la privatisation de certaines terres. On lui en fait reproche aux premières heures de la Révolution culturelle. De plus, son attitude opportuniste (d’abord favorable aux « équipes de travail » puis à l’insurrection étudiante) et la protection de son patron du Centre-Sud, Tao Zhu (陶鑄), le mettent dans une situation difficile : il est transféré à Pékin. Bien qu’il devienne secrétaire du comité du Parti de la capitale (septembre 1967) puis membre du comité permanent de son nouveau comité révolutionnaire (avril 1967), Liu Jianxun continue à suivre les événements du Henan, où civils et militaires s’affrontent à travers leurs « organisations de masse » respectives. A la suite des excès commis au printemps 1967 par la faction militaire, Liu est envoyé en arbitre par le Centre (août 1967). Il parvient à imposer aux deux parties la formation d’un comité révolutionnaire en janvier 1968. Élevé en avril 1969 du rang de suppléant à celui de membre à part entière du C.C. et titulaire du poste de premier commissaire politique du district militaire provincial, Liu organise la cohabitation sous son autorité des civils et des militaires. La province retrouve quelque temps une autosuffisance céréalière qu’elle avait perdue depuis le Grand Bond en avant. L’érection du fameux modèle du « Canal Drapeau rouge » à Linxian symbolise ses progrès. De 1971 à 1973, Liu sait imposer l’élimination de certains éléments militaires et le retour dans le comité provincial du P.C.C. (qu’il dirige depuis sa fondation en mars 1971) de plusieurs anciens cadres. Bien qu’il ait été visé par des affiches murales lors du mouvement de critique de Lin Biao et de Confucius (printemps 1974) et qu’il ait dû réprimer de nombreux troubles à une époque (1975-1976) où la direction centrale connaissait de graves divisions et où les calamités naturelles s’abattaient à nouveau sur le Henan, Liu s’est maintenu à son poste jusqu’en 1978. Comme d’autres dirigeants provinciaux de Chine du Nord, il est alors tombé victime de quelques affaires de corruption soigneusement montées en épingle et d’une campagne idéologico-politique sur le « critère de la vérité », machine de guerre mise en place par Deng Xiaoping (鄧小平) contre les maoïstes modérés qui soutenaient Hua Guofeng (voir ce nom). Liu Jianxun (qui abandonna aussi son poste au C.C.) laisse néanmoins le souvenir d’un dirigeant provincial opportuniste, compétent dans les problèmes ruraux et plus encore dans la manipulation des hommes — il a su favoriser l’ascension au Centre de son collègue Ji Dengkui (紀登奎). Ce fut longtemps le profil d’un « bon cadre » (Zhou Enlai).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182751, notice LIU Jianxun 劉建熏 par Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 15 novembre 2016, dernière modification le 15 novembre 2016.

Par Jean-Luc Domenach

SOURCES : Outre KC et WWCC, voir Biographical Service n° 1619. — A propos de laRévolution culturelle au Henan, on consultera Chang in Current Scene, Ier juin 1968 ; Karnow (1972). — Zhonggong Yanjiu (Études sur les communistes chinois), avril 1971. — RMRB, 1971-1981.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément