LIN Weimin 林偉民

Par Alain Roux

Né dans la région de Canton à une date inconnue ; mort durant l’été 1927. Ce marin est avec Chen Bingsheng et Su Zhaozheng l’un des fondateurs du puissant Syndicat des marins chinois.

Lin Weimin est un exemple intéressant de cadre d’origine ouvrière, formé au sein d’un syndicalisme professionnel aux tendances corporatistes ou mutualistes, devenu révolutionnaire au contact du jeune P.C.C., et, plus précisément, des militants du Secrétariat du travail.
On ne sait rien de Lin Weimin avant 1920 : à cette date il fait partie du petit groupe marxiste de Canton animé par Chen Duxiu (陳獨秀) et Chen Gongbo (陳公博). En janvier 1921, quand le Syndicat des marins chinois est officiellement créé sous la présidence de Chen Bingsheng (陳炳生), il en est un des responsables. Dès ses origines, ce syndicat, tout en préservant les activités mutualistes héritées des diverses amicales dont il est issu, se donne une orientation nettement revendicative. Il se distingué ainsi très vite de l’autre grand syndicat cantonais, le Syndicat des mécaniciens (voir Ma Chaojun (馬超俊)), modéré, corporatiste et en bons termes avec le patronat.
Le Syndicat des marins engage très tôt la lutte contre les « Ximasha », intermédiaires pour le recrutement des équipages, liés à la pègre et aux sociétés secrètes. Tout marin, pour pouvoir embarquer, devait passer par ces maîtres d’équipages spécialisés qui ne les embauchaient que contre la promesse d’une retenue sur le futur salaire. Les revendications élaborées par le syndicat, qui a mis sur pied durant l’été 1921 un « comité pour le rajustement des salaires », sont nettes : suppression des « Ximasha », droit pour le syndicat de présenter directement les marins à l’embauche, ainsi qu’une hausse des salaires oscillant entre 10 et 50 %. En janvier 1922, devant le refus de ces revendications par le patronat, le syndicat déclenche la grève générale des marins de Hong Kong.
Dès la fin du mois de janvier cette grève touche 30 000 marins et immobilise 151 bâtiments. Le 29 janvier les guildes de coolies et de portefaix de l’île entament une grève de solidarité. Les autorités coloniales anglaises recourent à la répression : on dissout le Syndicat des marins et on recrute des briseurs de grève dans d’autres ports (voir Li Qihan (李啓漢)). En vain : le février on recense 40 000 grévistes, et 280 000 tonnes de marchandises sont immobilisées. Le 28 février une grève de tous les travailleurs chinois de la colonie est massivement suivie malgré la proclamation de l’état de guerre par les autorités anglaises. Il y a 120 000 grévistes, depuis les traminots jusqu’aux domestiques en passant par les vendeurs de légumes et les vanniers. Le 5 mars le syndicat est vainqueur : il obtient des augmentations de salaires de 15 à 30 % et se réinstalle dans ses locaux placés sous scellés un mois plus tôt.
Lin Weimin se rend alors à Shanghai où il devient secrétaire général de la section syndicale locale du Syndicat des marins. Cette section de Shanghai est appuyée dès juillet 1922 par le Secrétariat du travail animé par le P.C.C. Elle est formée d’un amalgame entre les animateurs des anciennes mutuelles de marins comme Zhu Baoting et les militants nouveaux révélés par la récente grève de Hong Kong comme, précisément, Lin Weimin. Ce dernier avait participé le 1er mai 1922 au premier Congrès pan-chinois du’ travail, tenu à Canton : à cette date il’ est membre du G.M.D. et c’est à ce titre qu’il siège au présidium du congrès. Durant l’été 1922 ses contacts avec le Secrétariat du travail le rapprochent du P.C.C. La lutte très dure qui, en 1923-1924, l’oppose à Chen Bingsheng et aux éléments corporatistes du Syndicat des marins accentue cette évolution. Elle est achevée quand il rédige avec Deng Zhongxia (鄧中夏) un article dans le numéro 2 d’octobre 1924 de Zhongguo gongren (L’Ouvrier chinois). Traitant des « questions de la propagande chez les marins », les deux auteurs dénoncent les querelles régionalistes, les rivalités entre les diverses sociétés mutualistes mal intégrées au syndicat, les manœuvres d’individus douteux et l’absence de structures de base actives. En février 1925, alors que la très modérée Fédération des groupements ouvriers de Shanghai (voir Wang Guanghui (王光煇)) cherche à briser la grève dans les cotonnières de Shanghai, les marins soutiennent le mouvement : en effet la remise en cause de l’accord de 1922 par les firmes britanniques de Hong Kong provoque une vive réaction des marins. Su Zhaozheng (蔌兆症) et Lin Weimin sont réélus à la direction du syndicat dont ils avaient été écartés en 1923.
C’est dans ce contexte de progrès des idées révolutionnaires parmi les syndicalistes que le 1er mai 1925, Lin Weimin est élu président du Syndicat général panchinois créé alors. Il adhère (à la même époque sans doute) au P.C.C. Malade dès l’été 1926 il meurt paralysé durant l’été 1927. Su Zhaozheng l’a remplacé à la présidence du Syndicat général dès mai 1926.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182723, notice LIN Weimin 林偉民 par Alain Roux, version mise en ligne le 15 novembre 2016, dernière modification le 15 novembre 2016.

Par Alain Roux

SOURCES : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), I (1971). — Chesneaux (1962). — Nym Wales (1945).

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