MANTASHE Gwede

Par Raphaël Botiveau

Né en 1955 à Lower Cala (Afrique du Sud) ; employé dans les mines ; secrétaire général du National Union of Mineworkers (NUM) ; membre du Comité central du South African Communist Party (SACP) ; secrétaire général de l’African National Congress (ANC).

Syndicaliste et homme politique sud-africain né en 1955 à Lower Cala dans le Transkei (Afrique du Sud). Employé dans les mines, il gravit tous les échelons du National Union of Mineworkers (NUM) jusqu’à en devenir le secrétaire général. Membre du Comité central du South African Communist Party (SACP), Mantashe est élu secrétaire général de l’African National Congress (ANC) en 2007.

Mantashe grandit en pays Xhosa, dans le Transkei, aujourd’hui province de l’Eastern Cape, un bastion historique de l’ANC. Lycéen, il commence à militer au sein du Student Christian Movement. À partir de 1975 il est employé, à divers petits postes administratifs de surface, dans des mines d’or, de cuivre et de charbon. C’est dans la mine de charbon de Matla, à Witbank, dans la coal belt sud-africaine, que Mantashe s’engage au sein du mouvement syndical. Il y fonde et dirige une section locale du NUM dès les débuts du syndicat en 1982.

Devenu secrétaire régional du NUM en 1985, il échoue à être élu au mandat national de secrétaire général adjoint en 1987. Mantashe est défait par Marcel Golding, employé du NUM en charge des relations avec la presse et qui deviendra, après l’apartheid, un magnat des médias et un riche homme d’affaires. Mantashe gardera de cet épisode un souvenir amère sur lequel il s’appuiera plus tard, faisant appel au principe du « contrôle ouvrier » (worker control), pour écarter ses rivaux et accroître son emprise sur le NUM. Après sa défaite, Mantashe quitte sa mine de charbon et est employé à son tour par le syndicat dans diverses fonctions d’organisation et de coordination. Il se révèle un excellent administrateur et, parvenant enfin à être élu vice-secrétaire général du NUM en 1994, il succède à Kgalema Motlanthe au secrétariat général en 1998.

Gwede Mantashe a imposé sa marque au NUM durant les 8 ans de son règne sur le secrétariat général du syndicat, qu’il quittera en 2006 lorsqu’il sera élu secrétaire général de l’ANC. Il gardera cependant une emprise forte sur le NUM (« Gwede’s unseen hand » – « la main invisible de Gwede », comme on l’entend parfois dans l’organisation), par le biais de son protégé, Frans Baleni, qui prendra sa suite jusqu’en 2015. Sous la gouvernance de Mantashe, puis de Baleni, le NUM se professionnalise en empruntant aux techniques managériales du secteur privé. Le syndicat se voit dans le même temps appliquer une discipline stricte d’organisation sur la base du centralisme démocratique. C’est que Mantashe, membre dirigeant du SACP, est un bureaucrate communiste convaincu et sans merci pour ses critiques internes. C’est ainsi par exemple qu’il fait exclure le dirigeant de section locale Joseph Mathunjwa du NUM en 1999. Ce même Mathunjwa formera plus tard l’Association of Mineworkers and Construction Union, devenu depuis 2012 le grand rival du NUM. Cet attachement idéologique n’empêche pas Mantashe de devenir, en 1995, le premier dirigeant syndical à être nommé au Conseil d’administration d’une entreprise cotée à la bourse de Johannesburg (la compagnie minière Samancor). Poursuivant ses études il obtient un master en sociologie de l’Université du Witwatersrand en 2008, s’affirmant comme un véritable intellectuel organique du mouvement syndical allié à l’ANC.

Mantashe est élu au bureau politique du SACP et au secrétariat général de l’ANC en 2007, une fonction dans laquelle il sera reconduit en 2012. Il est depuis lors un personnage clé de l’élite politique dirigeante du pays. Supporter de Jacob Zuma, il veille là encore à museler les opposants internes. Thabo Mbeki en fera les frais, « rappelé » par l’ANC et contraint à démissionner de la présidence de l’Afrique du Sud en 2008. Les opposants de Zuma sont également pris pour cibles au sein du mouvement syndical, à l’instar de l’ancien secrétaire général du Congress of South African Trade Unions (COSATU), Zwelinzima Vavi, qui avait publiquement dénoncé la présence de ministres corrompus au gouvernement, et contre lequel Mantashe lance une procédure disciplinaire interne en 2010. Les alliés de Mantashe au sein de la fédération syndicale finiront par réussir à exclure son secrétaire général, Vavi, en 2015. Julius Malema, virulent dirigeant de la ligue des jeunes de l’ANC, dont Mantashe n’accepte pas les prises libertés avec la ligne du parti, sera quant à lui expulsé de l’ANC en 2012. Malema est reconnu coupable d’avoir semé la division dans le parti et de s’être opposé au président Zuma, qu’il avait auparavant soutenu de façon décisive dans sa lutte contre Thabo Mbeki.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182586, notice MANTASHE Gwede par Raphaël Botiveau, version mise en ligne le 18 juillet 2016, dernière modification le 18 juillet 2016.

Par Raphaël Botiveau

Œuvres : GWEDE MANTASHE, The decline of the mining industry and the response of the mining unions, M. A. Thesis, School of Social Sciences, University of the Witwatersrand, 2008

SOURCES : RAPHAËL BOTIVEAU, Negotiating Union. South Africa’s National Union of Mineworkers and the end of the Post-Apartheid Consensus, Thèse de doctorat, sous la direction de Richard Banégas et Claudio Pellegrini, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, La Sapienza Università di Roma, 2014
« Personal page of Gwede Mantashe », African National Congress Official Website < http://www.anc.org.za/content/gwede-mantashe > consulté le 7 juillet 2016
« Gwede Mantashe », notice biographique, South African History Online < http://www.sahistory.org.za/people/gwede-mantashe > consultée le 7 juillet 2016
« Gwede Mantashe », notice Wikipedia < https://en.wikipedia.org/wiki/Gwede_Mantashe > consultée le 7 juillet 2016

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