Née en juin 1949 en Afrique du Sud (KwaZulu-Natal) ; médecin ; ministre de la santé ; ministre des Affaires étrangères ; présidente de la Commission de l’Union africaine ; membre du Mouvement de la conscience noire (Black Consciouness Movement) ; vice-présidente de la South African Students Organization ; membre de l’ANC (African National Congress) ; présidente de la Ligue des femmes de l’ANC.

Née en juin 1949, dans la zone rurale de Pholela, au KwaZulu-Natal en Afrique du Sud, médecin de profession spécialisée dans la médecine tropicale pédiatrique, Nkosazana Dlamini-Zuma est devenue dès le début des années 1970 activiste anti-apartheid au sein du Mouvement de la Conscience Noire (Black Consciouness Movement : BCM), puis du Congrès National Africain (African National Congress : ANC). Elle fait partie du Front Sud-Africain des Exilés politiques dès le milieu des années 1970 et jusqu’à son retour en Afrique du Sud en 1990, à la suite de la légalisation de l’ANC et d’autres mouvements anti-apartheid interdits. Plusieurs fois ministre entre 1994 et 2012, à la santé dans le gouvernement du Président Nelson Mandela (1994-1999), puis aux affaires étrangères sous Thabo Mbeki (1999-Septembre 2008) et Kgalema Motlanthe (président par intérim de septembre 2008-juin 2009), et enfin, à l’intérieur sous Jacob Zuma jusqu’en juillet 2012. Elle devient finalement Présidente de le Commission de l’Union Africaine à cette date.
Activiste anti-apartheid de premier plan, Nkosazana Dlamini-Zuma doit plus sa carrière politique à son engagement qu’à ses liens personnels avec l’actuel président sud-africain, Jacob Zuma, dont elle fut l’épouse jusqu’en 1998. Son parcours personnel et sa position au sein de l’ANC comme le respect dont elle fait l’objet dans le pays et dans toute l’Afrique, font qu’elle est pressentie en 2016 comme une des figures politiques majeures pouvant prétendre à la succession du président Zuma, à la fois à la tête du parti et du pays.
Née dans une famille de huit enfants, dont elle est l’aînée, Nkosazana Dlamini-Zuma est issue de ce qui peut être considéré comme la petite bourgeoisie africaine de l’époque, son père étant enseignant. Ayant obtenu l’équivalent du baccalauréat sud-africain au lycée Amanzimtoti Training College, où elle était inscrite depuis 1967, Nkosazana Dlamini-Zuma intègre l’université du Zululand en 1971 pour y étudier les sciences (Zoologie et botanique), avant d’intégrer l’école de Médecine pour non-Blancs de l’Université du Natal (1972). En 1978, elle s’inscrit à l’Université de Bristol au Royaume-Uni, pour y terminer ses études de médecine. Elle travaille alors dans différents hôpitaux, tout en poursuivant ses activités politiques au sein de l’ANC en exil. Après un séjour au Swaziland, elle retourne en Grande-Bretagne en 1985 et s’inscrit à l’Université de Liverpool afin de se spécialiser en médecine tropicale pédiatrique, avant d’intégrer, son diplôme en poche, le Comité Régional de la Santé de l’ANC en exil, puis, comme directrice, la Health and Refugee Trust (HRT), une ONG britannique.
Son engagement politique, et plus particulièrement son action contre le régime d’apartheid, débute dans les années 1970, lorsqu’elle est à l’Université du Zululand, près de dix ans après l’interdiction de l’ANC par le régime d’apartheid. A la suite des événements de Sharpeville (21 mars 1960), le Congrès avait en effet été interdit par le gouvernement, ses chefs emprisonnés ou contraints à la clandestinité et l’exil. Cette période laissait, en apparence, la scène politique sud-africaine vide de toute opposition politique au système d’apartheid. En 1969, pourtant, était créé un nouveau mouvement d’opposition – le Mouvement de la Conscience Noire (Black Consciouness Movement : BCM) - par Steve Biko. Ce mouvement qui se développe rapidement dans les universités non-Blanches du pays séduit d’emblée Nkosazana Dlamini-Zuma qui y adhère en 1971 et devient membre de son organisation estudiantine affiliée – l’Organisation des Etudiants Sud-Africains (South African Students Organisation : SASO), dont elle deviendra la vice-présidente en 1976. Considérant que si « être fier de ce qu’on est et s’assumer en tant que tel, est une chose, cela ne libère pas un pays », elle s’engage donc clandestinement au sein de l’ANC interdit, quelques mois avant les événements dramatiques de Soweto (juin 1976). Très rapidement, ses activités pour le Congrès sont repérées par le gouvernement, ce qui l’oblige à prendre à son tour le chemin de l’exil politique. Elle se rapproche alors du Président de l’ANC en exil, Oliver Tambo, ainsi que de Thabo Mbeki, dont elle sera la ministre des Affaires étrangères quelques années plus tard. C’est durant cette période qu’elle rencontre celui qui deviendra son époux de 1982 à 1998 : Jacob Zuma.
En 1990, au moment de la légalisation des organisations politiques anti-apartheid jusqu’alors interdites, Nkosazana Dlamini-Zuma fait partie des premiers activistes exilés à revenir en Afrique du Sud. Sur le terrain, elle joue un rôle prépondérant dans la reconstruction de l’ANC dans la région sud du Natal – marquée par la violence politique entre les partisans de l’organisation zouloue, l’Inkhata Freedom Party (IFP), et de l’ANC. Elle s’y engage pleinement, en prévision des premières élections nationales et provinciales, démocratiques et multiraciales, dans la région. Elle participe à la reconstruction de la Ligue des Femmes de l’ANC dans la province et en devient d’ailleurs la présidente, tout en étant élue au Comité national de direction de l’ANC en 1991 et responsable de la Commission pour la santé du parti.
Durant les négociations officielles de la Convention pour une Afrique du Sud Démocratique (CODESA, 1990-1994), elle s’implique, dès 1992, sur les questions de genre et d’équité, et pousse d’ailleurs à l’introduction d’un quota de 30% de femmes au sein du Congrès.
Bien que son désir était de servir sa province comme ministre provinciale de la santé, du Kwazulu-Natal, à la demande du Président Nelson Mandela, elle accepte dès mai 1994 le portefeuille ministériel de la santé au niveau national.
La nouvelle ministre de la santé, dès les premiers cent jours de la mandature du Président Nelson Mandela, met en œuvre les toutes premières réformes dont les plus emblématiques sont la gratuité de la santé pour les femmes et les enfants de moins de six ans ou une législation anti-tabac parmi les plus sévères au monde. N. Dlamini-Zuma veut alors rendre le système de santé beaucoup plus moderne et faire en sorte que chaque sud-africain puisse avoir en sa possession une carte comportant ses historiques de santé. Un autre volet de cette réforme est de développer une base de données, sophistiquée et centralisée mais l’application de cette mesure s’avère très difficile. En effet, les cliniques réparties sur tout le territoire, ne sont malheureusement pas toutes électrifiées, qui plus est, le personnel de santé – dont les infirmières – n’est pas toujours bien formé et, pour finir, le financement n’est pas non plus à la hauteur. L’obstination de la ministre, à vouloir expérimenter ces nouvelles mesures sur l’ensemble du territoire sans avoir effectué des tests à petite échelle lui sera reprochée. N. Dlamini-Zuma, est à nouveau confrontée à des difficultés dans le cadre de la mise en place du Plan national pour l’assurance maladie – National Health Insurance Plan. Elle affirme alors qu’elle « n’est pas engagée dans la création d’une assurance maladie, mais beaucoup plus dans la gratuité de la santé grâce aux taxations ». Si ses intentions révèlent une volonté forte de transformer radicalement le pays à peine sorti de l’apartheid au profit des populations historiquement désavantagées, ces mesures sont difficiles à appliquer.
Durant ses fonctions au ministère de la santé, Nkosazana Dlamini-Zuma a également montré clairement sa capacité à croiser le fer avec les multinationales pharmaceutiques pour le bien des plus vulnérables et pauvres, dont les malades du SIDA. Elle s’est lancée avec le gouvernement dans une bataille afin de faciliter l’accès à des médicaments antirétroviraux à moindre coût. Les sociétés pharmaceutiques, après avoir porté plainte contre l’Afrique du Sud, finirent par retirer leur plainte en 2001. En 1995, elle est d’ailleurs nommée à la vice-présidence d’ONUSIDA, puis présidente au conseil d’administration.
Cependant, entre 1995 et 1999, Nkosazana Dlamini-Zuma est rattrapée par un scandale financier qui fera sensation dans la presse sud-africaine. Son ministère a financé avec son accord et sur deniers publics une comédie musicale (Sarafina I et II). Destiné à sensibiliser la jeunesse à la problématique du SIDA, ce spectacle coûteux de plus d’un million d’euros (plus de 14 millions de Rands) mais jamais monté aboutit au déclenchement d’une enquête parlementaire contre la ministre. N. Dlamini-Zuma a vu alors son image quelque peu écornée par son refus de paraître devant le parlement pour répondre aux questions sur l’affaire. Soutenue par Mandela et ses collègues du parti ANC, elle est finalement innocentée par le Public Protector, qui conclut à une mauvaise gestion du dossier.
En dépit de cette mauvaise presse, Nkosazana Dlamini-Zuma est nommée à deux positions stratégiques. En effet dans un contexte de renforcement de pouvoir de Thabo Mbeki, ce dernier, devenu président de l’ANC en décembre 1997 en vue de sa succession au Président Mandela, créé en 1998 un « Comité de Déploiement et de Redéploiement » des hauts cadres de l’ANC aux positions stratégiques dans toutes les sphères de la société. Jacob Zuma prend alors la direction du comité et y nomme N. Dlamini Zuma laquelle est désormais à même, au sein de cet organe partisan, de faire et défaire les carrières. Bien installée dès lors au cœur du réseau politico-affinitaire de Thabo Mbeki, elle est promue, après l’élection de ce dernier à la présidence en 1999, ministre des Affaires étrangères, poste qu’elle occupe jusqu’en 2009.
La nomination aux Affaires Etrangères de Nkosazana Dlamini-Zuma est dénoncée par l’opposition qui met en avant son inexpérience dans ce domaine et son « manque de diplomatie ». Le nouveau Président Thabo Mbeki, souhaite alors mettre en place deux stratégies dans le contexte des Affaires étrangères. En premier lieu, il tient à garder sous son contrôle ce domaine en y plaçant une personnalité loyale, issue de son réseau. Il souhaite également changer l’image d’un ministère qui a jusque-là été occupé par des hommes. Avec Nkosazana Dlamini-Zuma, la féminisation du corps diplomatique sera effectivement intensifiée.
En dépit des réticences initiales qu’elle a pu susciter, la ministre des Affaires étrangères montre des qualités incontestables en termes d’engagement politique à l’international ainsi qu’une grande capacité de travail. Elle promeut une Afrique du Sud attentive aux droits humains, au multilatéralisme, à la paix : elle est d’ailleurs très active dans les processus de paix et de stabilité en Afrique, notamment dans le cadre des conflits du Burundi, des Comores, de RDC... Elle joue également un rôle important dans la mise en œuvre de la politique continentale de Renaissance Africaine voulue par T. Mbeki.
Si sa loyauté vis-à-vis de la politique gouvernementale du Président Mbeki est un atout, en tant que membre du Comité national exécutif (NEC), Nkosazana Dlamini-Zuma se trouve prise entre deux feux lors de la Conférence Nationale de l’ANC à Polokwane en décembre 2007. Les deux leaders qui s’affrontent alors pour le leadership du parti sont d’une part son mentor, Thabo Mbeki déjà chef du parti et d’autre part, son ex-mari avec qui elle est restée en très bons termes et qui est alors vice-président de l’ANC. C’est ce dernier qui remporte alors la présidence du parti par une victoire écrasante. Marginalisé, Mbeki est alors contraint de quitter la présidence du pays au profit de K. Motlanthe (Septembre 2008). Mais Nkosazana Dlamini-Zuma reste, elle, à la tête de son ministère.
En 2009, après l’élection de Jacob Zuma à la tête du pays, Nkosazana Dlamini-Zuma est nommée ministre de l’intérieur. Elle se consacre alors à une réforme profonde de son nouveau ministère, notamment en matière de services de base aux citoyens (obtention des papiers d’identité…). Elle réussit également à endiguer la corruption dont le Ministère de l’Intérieur était régulièrement accusé.
Au vu de ses bons résultats, le nom de Nkosazana Dlamini-Zuma, commença à circuler comme étant la femme politique pouvant devenir à court terme une candidate crédible en prévision des prochaines élections du parti prévues en décembre 2012. Ne voulant sans doute pas d’une nouvelle concurrence politique, le président Jacob Zuma, décide de faire de son ex-épouse la candidate sud-africaine à la présidence de la commission de l’Union Africaine. En concurrence avec le président sortant Jean Ping (Gabon), Nkosazana Dlamini-Zuma est finalement nommée à la présidence de la commission de l’Union africaine en juillet 2012.
Soutenue par la SADC, respectée en Afrique du Sud et dans le reste du continent africain, située à la croisée des réseaux Mbeki et Zuma, cette adepte de la « diplomatie tranquille », qu’est Dlamini-Zuma est alors perçue comme pouvant amener un souffle nouveau au sein de l’Union Africaine. Elle annonce, dès sa prise de fonction, sa volonté de reformer l’Institution continentale, de permettre à l’Afrique de prendre sa place dans la mondialisation, et surtout de favoriser une rupture avec l’influence francophone et française qui avait soutenu son adversaire.
La réputation du Président Jacob Zuma étant largement écornée par divers scandales de corruption, l’éventuelle candidature de Nkosazana Dlamini-Zuma aux plus hautes fonctions à la tête de l’ANC et du pays retrouvait une certaine crédibilité alors qu’elle déclarait ne pas être candidate à un nouveau mandat de 4 ans à la tête de la Commission de l’Union Africaine à partir de 2016.

Bibliographie
GEVISSER Mark, « Nkosazana Zuma, Minister of Health. Sarafina of the Health System », in Portraits of Power. Profiles in a Chanding South Africa, David Philip, Mail&Guardian, 1996, pp. 30-33.

Marianne Séverin

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