Ll Henglin 李恒林

Par Alain Roux

Syndicaliste shanghaïen du début des années 1920 ; un des principaux fondateurs de la très modérée Fédération des groupements ouvriers de Shanghai, d’orientation anticommuniste.

Li Henglin est un ouvrier très qualifié — il est électricien —, ce qui est rare parmi les travailleurs shanghaïens, le plus souvent coolies ou manœuvres illettrés. Il est de confession protestante et tout naturellement en relations avec l’Y.M.C.A. Entre février et juillet 1919, il joue un rôle important dans la création de la Fédération nationale de l’industrie (appelée plus précisément « Fédération des milieux industriels », gongjiè). Cette organisation recrute ses membres parmi les patrons, les cadres et les ouvriers qualifiés et se fixe comme objectifs de développer l’enseignement professionnel et de promouvoir l’industrie moderne en Chine. A ce double titre, elle soutient le mouvement du 4 mai 1919 à Shanghai et plus précisément la grève de juin 1919. En 1920 elle joue un rôle essentiel dans la célébration, pour la première fois dans l’histoire chinoise, du 1er mai. Son président, Li Henglin, prononce à cette occasion un discours sur le thème « rayonnement, concorde et correction ». Il exalte la sainteté du travail et prône la promotion ouvrière par les cours du soir. Il évoque avec faveur les vœux du Bureau International du Travail sur la journée de huit heures. Mais il est totalement muet sur les luttes qui se déroulent au même moment à Shanghai, opposant le jeune mouvement ouvrier inexpérimenté et le patronat, lors d’une brusque montée du prix du riz. Deng Zhongxia (鄧中夏) dans son Abrégé historique a quelque raison d’accuser cette Fédération de « tromper les travailleurs par des mots d’ordre favorables au capitalisme ». En 1922, Li Henglin est délégué de la Fédération au premier Congrès national du travail, réuni le 1er mai à Canton. Cependant le développement d’un mouvement ouvrier révolutionnaire brise l’unité de façade de la Fédération. En 1923 elle se scinde en deux : l’Association des camarades de l’électricité se sépare du Syndicat de l’industrie électrique, héritier conservateur de l’ancienne Fédération. Li Henglin préside ce syndicat. C’est à ce titre qu’il participe à la création en 1924 de la « Fédération des groupements ouvriers de Shanghai ». Toutes les forces modérées au sein du monde du travail s’y retrouvent : la Société amicale des ouvriers et des marchands, animée par le petit patron Tong Lizhang, le club ouvrier de la Nanyang (voir Wang Guanghui (王光煇)), le club des Éditions de Chine, le Club de la jeunesse ouvrière des Presses Commerciales, les responsables réfugiés à Shanghai de l’Association des travailleurs du Hunan (voir Wang Guanghui). Cette Fédération tente de s’opposer aux progrès des communistes dans le mouvement ouvrier et compte parmi ses cadres de nombreux militants appartenant à l’Y.M.C.A. de Shanghai. Elle se propose d’instaurer la « concorde entre le capital et le travail ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182336, notice Ll Henglin 李恒林 par Alain Roux, version mise en ligne le 8 novembre 2016, dernière modification le 8 novembre 2016.

Par Alain Roux

SOURCES : Chesneaux (1962). — Deng Zhongxia (1949), p. 151.

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