LI Hanjun 李漢俊

Par Alain Roux et Yves Chevrier

Né au Hubei vers le début du siècle ; mort fusillé à Wuhan en décembre 1927. L’un des fondateurs du P.C.C. et des premiers marxistes chinois, devenu après février 1923 un « marxiste de la chaire ».

Issu d’une riche famille de notables détenteurs des plus hauts titres de lettrés, Li Hanjun semble avoir subi l’influence de son frère Li Shucheng. Ce dernier, qui devait mourir à Pékin en 1965 après avoir été ministre de l’Agriculture de la R.P.C. de 1949 à 1954, avait été membre de la Ligue jurée (Tongmenghui : voir Sun Yat-sen (孫逸仙)) et l’un des secrétaires de Sun Yat-sen en 1912. C’est sans doute sous son influence que Li Hanjun poursuit de 1915 à 1919 des études secondaires puis supérieures au Japon. Lors du mouvement du 4 mai 1919, il vit à Shanghai dans la vaste maison familiale située dans la concession française et occupe ses loisirs fortunés à traduire du japonais des classiques marxistes.
Il fréquente de nombreux intellectuels marxistes, tels Li Da (李達), Chen Duxiu (陳獨秀), Dai Jitao et Shao Lizi, avec lesquels il fonde le premier « petit groupe » communiste (xiaozu) en mai 1920 à Shanghai. Sa solide formation marxiste, et le climat d’émulation qui règne au sein d’un groupe où sont rassemblés quelques-uns des premiers « théoriciens marxistes » chinois, lui permettent d’écrire de nombreux essais, parmi lesquels figure son œuvre essentielle, lue par toute une génération d’intellectuels : Comment étudier « Le Capital » de Marx ? Ces recherches théoriques s’accompagnent d’une certaine activité politique, dans le cadre du xiaozu. Li Hanjun anime un « comité du mouvement ouvrier » en janvier 1921 et devient rédacteur en chef de la revue du « petit groupe », Laodong Jie (Le Monde du travail), qui diffuse les premières informations sur le mouvement ouvrier en voie de développement, notamment le résultat des enquêtes menées alors par Li Qihan (李啓漢) et Yuan Dashi (袁大石), ainsi que la fameuse lettre de l’ouvrier Li Zhong (李中). Li Hanjun bénéficie d’une grande estime de la part de Chen Duxiu et des premiers envoyés du Komintern. C’est avec lui que Maring, arrivé à Shanghai en compagnie de Zhang Guotao (張囯燾) et de Nikolsky, négocie l’organisation du congrès fondateur du Parti (juillet 1921).
Mais son orientation est légaliste et académique. Beaucoup plus tard, pendant le mouvement de rectification de 1942 (zhenfeng) à Yan’an, Chen Yun (陳雲) le qualifiera de « mencheviste légaliste ». Il pensait en effet, en accord avec Chen Gongbo (陳公博), que tout individu acceptant les principes, du marxisme devait pouvoir adhérer au P.C.C. sans avoir à y militer. En d’autres termes, il ne faisait pas de différence entre le nouveau parti et les associations plus libres du 4 mai. Et, comme Chen Gongbo et Zhou Fohai (周佛海) (autre opposant à la ligne dure incarnée par Zhang Guotao (張囯燾) lors du premier congrès), son marxisme n’impliquait nullement une révolution purement ouvrière et dictatoriale à la russe : il soutint qu’il convenait d’envoyer une mission d’étude en Allemagne et en Russie avant d’adopter un modèle révolutionnaire — social-démocrate ou bolchevique. La prudence d’un Li Hanjun rappelle les hésitations de certains dirigeants socialistes français à l’époque du congrès de Tours. Li Hanjun n’en était pas moins entièrement convaincu de la nécessité d’organiser le mouvement ouvrier chinois. En mars 1922, il avait, avec Xiang Ying (項英) et Chen Tanqiu (陳潭秋), aidé à la création du « club des cheminots de la ligne Pékin- Hankou ». Il avait également obtenu l’adhésion d’une « recrue » de choix : Dong Biwu (董必武).
Il est vraisemblable que la répression qui frappe le mouvement ouvrier à Wuhan après le massacre du 7 février 1923 (voir Yang Defu (楊德甫)) a contribué à l’écarter pour quelque temps de l’activité politique et militante. De 1923 à 1927 il enseigne l’économie politique à l’Université de Wuhan. Lors de la Beifa (Expédition du Nord), il entre au gouvernement de coalition G.M.D. (de gauche). — P.C.C. formé à Wuhan, comme ministre de l’Éducation de la province du Hubei. Sans doute a-t-il de nouveau adhéré au P.C.C. à cette époque. De toutes façons, se cachant à Wuhan lorsque la « terreur blanche » s’y déchaîne au cours de l’été 1927, il est capturé dans la concession japonaise et fusillé par le G.M.D. le 17 décembre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182335, notice LI Hanjun 李漢俊 par Alain Roux et Yves Chevrier, version mise en ligne le 8 novembre 2016, dernière modification le 8 novembre 2016.

Par Alain Roux et Yves Chevrier

SOURCES : Outre KC, voir : Cadart/Cheng (1983). — Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), 1 (1971). — Chen Gongbo et Zhou Fohai (1967). — Chesneaux (1962). — Chow Tse-tung (I960). — Dov Bing in CQ, n° 48, octobre-décembre 1971. — Gan Zijiu in Zhongguo Shehui kexue (Sociologie chinoise), 1981, n° 2.

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