LI Genhu 李根虎

Par Lucien Bianco

Meneur paysan arrêté en décembre 1935 à Chefang (xian de Suzhou, Jiangsu) et libéré presque aussitôt sous la pression paysanne.

Lors d’un conflit entre fermiers et propriétaires fonciers, ces derniers remettent à la police, en novembre 1935, une liste de fermiers récalcitrants, dont ils demandent l’arrestation. Le 27 décembre, plus de deux mille fermiers armés de pioches manifestent devant le commissariat de police du canton de Chefang et réclament une réduction ou une exemption des fermages. Quatre meneurs, dont Li Genhu, sont arrêtés. L’après-midi du même jour, une nouvelle manifestation, qui réunit cinq à six mille villageois, exige et obtient leur libération.
Quelques mois plus tard (27 avril 1936) dans la même localité (Chefang), les paysans manifestent à nouveau pour le même motif (demande de réduction des fermages). Ces incidents ont un caractère saisonnier marqué : les premiers se produisent au cœur de l’hiver, au moment de la collecte des fermages, les derniers à la veille des semailles et de la soudure. Mais on n’observe aucune progression dans le mouvement, aucune radicalisation des formes de résistance au fermage : plutôt une succession de manifestations et d’échauffourées, qui se propagent par contagion. On n’a pas affaire à une révolte dotée d’une stratégie, encore moins à une révolte offensive visant à obtenir une amélioration de la condition des fermiers. A Chefang comme dans toute la région de Suzhou, les demandes de réduction ou d’exemption des fermages présentées au cours de l’hiver 1935-36 font suite à deux mauvaises récoltes consécutives en 1934 et 1935. Ce sont ces circonstances exceptionnelles et l’attitude des propriétaires fonciers qui déclenchent l’agitation. Il est de règle, en cas de récolte déficitaire, d’accorder une remise des fermages, mais les propriétaires de la région de Suzhou soupçonnent les fermiers d’avoir exagéré le montant des pertes subies dans les « déclarations de calamité » que l’administration du xian (sous-préfecture) leur a demandé de fournir. Ils n’accordent donc que des remises inférieures à celles que les fermiers estiment indispensables.
Dans l’ensemble de la Chine comme à Chefang et Suzhou, la résistance aux fermages est la plupart du temps purement défensive. Elle est en outre beaucoup moins répandue que l’agitation antifiscale (voir Dai Shifu (戴實夫) et Dai Zhongxuan (戴中選)), qui n’a évidemment pas la même signification sociale. Elle progresse néanmoins à la veille de la révolution, sans menacer vraiment la domination des propriétaires fonciers. La conscience de classe et la solidarité entre fermiers exploités ne sont pas ressenties aussi spontanément que la concurrence entre candidats à la tenure : la terre manque et certains fermiers éprouvent de la gratitude pour un propriétaire qui les sauve de la faim en leur octroyant une tenure... dont il accapare près de la moitié du produit.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182333, notice LI Genhu 李根虎 par Lucien Bianco, version mise en ligne le 8 novembre 2016, dernière modification le 8 novembre 2016.

Par Lucien Bianco

SOURCES : Chen Bao (Le Matin), 29 décembre 1935, cité in Zhongguo nongcun (Le Village chinois), II, 2 (février 1936), p. 6. Voir aussi Bianco (1983) et Zhang Youyi (1957), III, p. 1020 et 1022.

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