Né en 1916 dans le Hubei. Vétéran de l’Armée rouge promu à l’occasion de la Révolution culturelle, mais rétrogradé en janvier 1974. Il est membre du B.P. et de la Commission des Affaires militaires du Parti, et commandant de la région militaire de Shenyang.

Li Desheng naquit au Hubei, comme de nombreux vétérans de l’Armée rouge. Il n’a qu’une éducation sommaire lorsqu’il s’engage dans l’Armée rouge en 1935 et rejoint le futur « groupe de Ma-Huang » (voir Chen Xilian (陳錫聯)). Il lutte contre les Japonais dans la 129e Division de Liu Bocheng (劉伯承) et Deng Xiaoping (鄧小平), comme commandant de compagnie puis commandant de régiment. Son chef direct est Chen Xilian. Il montre une bravoure brutale qui lui vaut le surnom de « Commandant Baïonnette ». Promu commandant de brigade, il remporte contre les Nationalistes une victoire au Hubei, en janvier 1948, où il gagne le surnom de « héros de Xiangyang ». Ses chefs sont restés les mêmes, et c’est à la tête d’une division à l’avant-garde de la 2e Armée de campagne de Liu Bocheng qu’il franchit le Yangzi en avril 1949 et qu’il entre avec Chen Xilian dans Chungking en novembre 1949.
Il termine la guerre avec une réputation de bravoure, de panache, et de science des armes. Il montre les mêmes qualités en Corée, de 1951 à 1953, mais sa division d’abord victorieuse est bientôt victime de la supériorité du feu américain. Un recyclage à l’Académie militaire de Nankin lui fait retrouver son ancien chef, Liu Bocheng, qui dirige l’Académie. Il est promu en 1959 au commandement de la 12e Division, dans la région militaire de Nankin commandée par Xu Shiyou (許世友).
Entre-temps il se fabrique une image de marque et apprend à s’adapter aux événements. Une campagne d’émulation lancée par Lin Biao dans toute I’A.P.L. au début de 1960 donne pour modèle d’entraînement à la guérilla la compagnie de Guo Xingfu, un des subordonnés de Li à la 12e Division. Lorsque Lin Biao tombe malade en 1961, He Long (賀龍) et Luo Ruiqing (羅瑞卿) transforment le programme d’entraînement en concours national : la division de Li Desheng et son chef deviennent encore plus célèbres. Mais Lin Biao revenu trouve l’A.P.L. trop occupée à ses exercices et pas assez aux « Pensées » de Mao : Luo Ruiqing est démis pour professionnalisme en novembre 1965. Li Desheng trouve plus prudent alors de quitter la scène et passe les deux années suivantes avec sa division dans la défense côtière du Zhejiang.
La Révolution culturelle va lui servir de tremplin pour sauter par-dessus la centaine de généraux plus anciens que lui et passer au faîte du pouvoir. En septembre 1966, il signe un article dans le Wenhuibao de Shanghai, citant Lin Biao mais surtout louant sans vergogne le génie militaire de Mao, déclarant qu’il avait été le premier au monde à concevoir le concept de la concentration des forces en tactique militaire, ignorant ainsi Clausewitz, mais aussi Sun Zi.
Le 5 janvier 1967, soit avant l’ordre donné par le Centre à l’A.P.L. le 23 janvier d’aider la gauche, la 12e Division de Li Desheng fait mouvement sur Nankin, où les maoïstes se trouvent en difficulté. Li obéit ainsi au Centre plus qu’à son supérieur hiérarchique, Xu Shiyou, commandant de la région militaire, qui reste neutre. Li est donc choisi dès ce moment-là, par Mao probablement. Celui-ci cherche sans doute à s’appuyer sur de jeunes chefs militaires ambitieux qui lui permettent de circonvenir les « Anciens » trop conservateurs. Peut-être aussi éprouve-t-il pour Li une sympathie particulière du fait que lui-même s’était choisi le pseudonyme de Li Desheng, évocateur de victoire, lors de la campagne de 1947.
Li intervient ensuite dans la province voisine de l’Anhui : il en est à la fin de 1967 le chef militaire, et est à la tête de son comité révolutionnaire créé en avril 1968. Il y montre un esprit politique certain, aidant les maoïstes, tout en les contrôlant. Et quand le vent tourne contre les plus radicaux des « rebelles » en 1968, il s’ingénie à célébrer de plus belle les louanges de Jiang Qing (江青).
En récompense, il est promu (comme membre suppléant) au B.P. au IXe congrès, en avril 1969. Mao veut peut-être déjà limiter l’influence de Lin Biao et de ses affidés. C’est en tout cas le sens de la nomination de Li à la tête du Département politique général en septembre 1970, soit aussitôt après le plénum de Lushan, durant lequel Mao se convainquit que Lin Biao s’opposait à lui. Ce département, qui contrôle les commissaires politiques de l’A.P.L., était en perte de vitesse depuis le limogeage de Xiao Hua (蕭華), son chef, en septembre 1967, à la suite de la mutinerie des autorités militaires de Wuhan (été 1967). La nomination à sa tête d’un commandant, non d’un commissaire, signifie aussi une volonté de contrôle du département par la Commission des Affaires militaires, qui prend à son compte une partie des attributions de cet organisme.
A sa tête, Li Desheng va conduire après l’affaire Lin Biao la purge de l’A.P.L. et sa reprise en main par le Parti. Gage de son importance politique, il conduit une délégation à l’étranger, en Roumanie et Albanie, en août 1971. Mais c’est le Xe congrès, en août 1973, qui va le mettre décidément au premier plan : il est fait vice-président du Parti et membre du comité permanent du B.P., élévation exceptionnelle au premier rang de tous les militaires en activité, presque comparable à celle de Wang Hongwen (王洪文) chez les civils.
Li paraît être alors un des hommes-clés, alors que Mao et Zhou Enlai (周恩來) approchent de leur fin. II est nettement « marqué » à gauche et semble un favori de Jiang Qing. Mais il tombe dans une trappe, ouverte probablement par ses collègues militaires. On lui reproche d’avoir, comme directeur du Département politique général, permis la réimpression d’un article sur Lin Biao, un peu avant la chute de celui-ci. C’est un prétexte pour accuser Li de sympathies pour le dauphin déchu. Dans le cadre de l’importante permutation des commandants de régions militaires annoncée le 2 janvier 1974 (voir Chen Xilian (陳錫聯)), Li est muté à Shenyang, à la place de Chen Xilian qui le remplace à Pékin. La IVe A.N.P. permet de vérifier, un an plus tard, que Li a perdu son poste de vice-président du Parti et de chef du Département politique général de l’A.P.L.
Cette « affaire » demeure obscure. Li était associé aux « radicaux » ; or, suivant des « dazibao » affichés à Pékin au printemps 1974, Jiang Qing l’aurait traité de « serpent venimeux auquel on a arraché les dents ». Et c’est Jiang Qing qui, apparemment, prend la direction des affaires politiques dans l’A.P.L. en 1974, avant de la confier à Zhang Chunqiao (張春橋). Il reste que sa semi-disgrâce aura sauvé Li puisqu’en l’éloignant des « radicaux », elle lui a probablement évité de sombrer avec eux en 1976. Depuis lors, en effet, malgré des attaques voilées, Li a conservé son commandement régional et son poste au B.P.

SOURCES : Outre CCWW, voir : Barnett (1974). — Chang, P.H., in CQ, n° 57, janvier- mars 1974. — Ching Ping et Bloodworth (1973). — Huang Chen-hsia (1968). — Whitson (1972). — Witke (1977). — China News Analysis n°s 762, 932, 948, 961, 989. — Issues and Studies, vol. XII, n° 1 (1976) et vol. XI n” 2 (1975). — RMRB, 28 février 1974. — Wen- huibao, Shanghai, 19 septembre 1966.

Jean-Pierre Maurer

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