LAI Ruoyu 賴若愚

Par Alain Roux

Né le 1er janvier Î910 au Shanxi dans la région des monts Taihang ; mort le 20 mai 11958 à Pékin. Cadre du P.C.C. promu brusquement en 1952 principal responsable du Syndicat général pan-chinois.

Dès son adhésion au P.C.C. en 1929, Lai Ruoyu milite dans sa province natale. Arrêté à Pékin en 1930, il ne sera libéré qu’en 1932. Pendant la guerre sino-japonaise puis la guerre civile, il est un cadre de district, secrétaire du Parti remarqué pour ses talents d’organisateur. Tout naturellement, sous le commandement du responsable essentiel de l’Armée rouge au Shanxi, Xu Xiangqian (徐向前), il devient secrétaire adjoint du comité du Parti pour Taiyuan, puis secrétaire, et secrétaire adjoint du P.C.C. pour toute la province, cela de 1949 à 1951. En février 1951 il est .gouverneur du Shanxi.
Ses responsabilités deviennent alors nationales. A partir de décembre 1951, il exerce à Pékin diverses fonctions sous la direction de Bo Yibo (薄一波) dans le domaine économique (lutte contre le chômage), idéologique (diffusion des œuvres de Marx, Engels et Mao) et politique (il est député de Henan en 1954). Surtout il est secrétaire général du Syndicat général pan- chinois au printemps 1952. Il succède à Xu Xigen (徐錫根). Son discours du 1er mai 1952 le montre convaincu du rôle dirigeant du P.C.C. sur les syndicats. Il conteste ainsi les allures indépendantes que s’était donné le Syndicat général sous la direction de Li Lisan (李立三). En mai 1953, au VIIe congrès, Li Lisan s’efface et Lai Ruoyu, après en avoir été quelque temps le vice-président, devient président de la Fédération pan-chinoise du travail appelée désormais Fédération pan-chinoise des syndicats.
Il se consacre à sa tâche, aidant à développer le syndicat en harmonie avec les objectifs du premier plan quinquennal : de 10 millions d’adhérents en 1952, la Fédération passera à 16 millions en 1958. Il participe à la lutte pour améliorer la qualification technique des ouvriers chinois, préside les meetings d’ouvriers de choc, favorise le développement de fédérations nationales d’industrie (25 en tout) en rapport avec les divers ministères. Sa conception semble très classique à cette époque : le syndicat est une courroie de transmission du Parti et agit en complet accord avec l’administration des entreprises. Cependant, en mai 1957, dans une interview au journal Le Quotidien des ouvriers, il analyse les deux difficultés auxquelles il se heurte : précisément celle qui résulte du refus d’envisager la possibilité de divergences entre la direction de telle ou telle usine et le syndicat ouvrier et d’autre part celle qui provient de rapports mal compris avec le Parti : le rôle dirigeant de ce dernier est nécessaire, mais il s’agit d’une direction au niveau de la politique et de l’idéologie qui ne doit pas empêcher le syndicat d’avoir des activités indépendantes. Les « équipes de travail » du syndicat qui parcourent la Chine et notamment Shanghai et Canton en mai-juin 1957 font des rapports alarmants à leur retour (voir Li Xiuren) : le syndicat ne vit pas, n’a pas la confiance des ouvriers, car c’est le comité du Parti qui décide de tout.
Cependant Lai Ruoyu, qui avait été élu au C.C. du P.C.C. par le VIIIe congrès rectifie ces positions favorables à une indépendance accrue du syndicat dès septembre 1957 lors d’une réunion de dix jours de la fraction communiste au sein de la direction de la Fédération des syndicats. Lors du VIIIe congrès syndical en décembre 1957, il contribue à assurer le rôle dirigeant du Parti sur le syndicat à tous les niveaux en poussant à l’adoption de nouveaux statuts où l’on mêle à la structure verticale des syndicats, favorable à une certaine indépendance des organisations locales, une structure horizontale qui permet au comité du Parti d’exercer un étroit contrôle. Lai Ruoyu souffre d’un cancer du foie qui l’oblige à limiter ses activités jusqu’à sa mort le 20 mai 1958. Son éloge funèbre est prononcé par Liu Shaoqi (劉少奇). Il constitue un exemple parfait de cadre communiste placé à la tête d’une organisation qui lui était totalement étrangère, mais finissant par partager les vues qu’il avait voulu initialement combattre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182322, notice LAI Ruoyu 賴若愚 par Alain Roux, version mise en ligne le 8 novembre 2016, dernière modification le 8 novembre 2016.

Par Alain Roux

SOURCES : Outre KC, voir Harper, in CQ, n° 37, janvier-mars 1969.

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