JIANG Guangci 蔣光慈

Par Alain Roux

Né dans l’Anhui en 1901 ; mort à Shanghai en 1931. Écrivain médiocre hanté par les théories soviétiques du Proletkult, il fut un révolutionnaire passionné. Il est surtout l’auteur d’un roman. Le Parti des sans culottes, dont le manuscrit fut remis à l’éditeur le 3 avril 1927 à Shanghai. Cet ouvrage constitue un témoignage exceptionnel sur le mouvement ouvrier révolutionnaire à Shanghai, vu de l’intérieur.

Né en 1901 dans une famille de petits commerçants de l’Anhui, Jiang Guangci participe au mouvement du 4 mai 1919 et adhère dès 1921 au P.C.C. Il séjourne en U.R.S.S. de 1922 à 1924. De retour en Chine au début de l’année 1925, il collabore avec les membres de la revue Création et fonde, en 1928, le mensuel Soleil. Il défend avec une ardeur souvent maladroite la « littérature révolutionnaire prolétarienne » qui, chez lui, se confond avec un romantisme populiste assez naïf. Ainsi dans son roman de 1930 La Lune qui émerge des nuages, où l’héroïne, nihiliste, se prostitue par dépit après l’échec de la révolution et, se croyant syphilitique, participe à la lutte des classes en contaminant ses clients corrompus, puis, devenue ouvrière, découvre que sa maladie était imaginaire et regagne la foi en la révolution...
Jiang Guangci meurt tuberculeux en 1931 après avoir été exclu du P.C.C. en octobre 1930 dans des circonstances encore mal éclaircies. Il demeurera surtout l’auteur du Parti des sans culottes. Ce court récit se situe à Shanghai en février-mars 1927. On y trouve deux excellents portraits de Qu Qiubai (瞿秋白) et de Zhao Shiyan (趙世炎). On y assiste à des réunions de cellule fiévreuses. L’attaque du poste de police par les insurgés en février annonce celle que décrira Malraux dans la Condition humaine. On y assiste aussi à l’élimination physique des syndicalistes « jaunes » et des « bandits ouvriers » après l’échec de février. Surtout, de façon constante, l’impatience des protagonistes ouvriers y contraste avec la lucidité réservée des cadres communistes. Ainsi dans le passage suivant : « D’habitude Li Jingui (militant ouvrier) semblait ne pas aimer ce genre de propos des camarades intellectuels responsables : « Camarade Jingui, il ne faut pas être impatient ; il faut s’y prendre lentement. Qui peut réussir du premier coup ? » Chaque fois, il pensait : « Ah ! Vous avez toujours le mot « lentement » à la bouche. Si vous connaissiez la vraie vie d’enfer des ouvriers en usine, encore plus terrible qu’en enfer ! Moi, Jingui, voilà pas mal d’années que je suis ouvrier ; alors, ne sais-je pas de quoi je parle ? Pourrait-on réussir un seul jour plus tôt que ce serait un jour de moins en enfer ! Sans doute ne savez-vous pas encore leurs souffrances ? Si vous aviez goûté une seule fois à cette vie d’enfer, je garantis que vous n’emploieriez plus le mot « lentement »... » (Traduction J. Pimpaneau, infra, p. 44). Tandis qu’un dirigeant communiste, au soir du meeting où les ouvriers, victorieux pour quelques jours, proclament un gouvernement municipal révolutionnaire à Shanghai, déclare à son épouse enthousiaste : « Il ne faut pas trop se réjouir ! La classe des impérialistes, des seigneurs de la guerre, des capitalistes, des compradores, tous les réactionnaires, ne peuvent-ils pas encore maintenant comploter notre destruction ? Ils sont encore nombreux les combats auxquels il faudra faire face ! Tant que nos ennemis ne seront pas annihilés, notre but ne sera pas atteint ! » (Traduction citée).
Jiang Guangci est ainsi l’irremplaçable témoin d’une tragédie dont il situe les protagonistes non pas à Moscou, mais au sein même du mouvement ouvrier révolutionnaire shanghaïen.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182307, notice JIANG Guangci 蔣光慈 par Alain Roux, version mise en ligne le 2 novembre 2016, dernière modification le 2 novembre 2016.

Par Alain Roux

SOURCES : Hsia, C.T. (1961). — Hsia, T.A. (1968). — Lamouroux - Salvat (1972). — Perleberg (1954). — Pimpaneau (1966).

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