BUSSON René, Charles, François

Par Gérard Boëldieu

Né le 1er octobre 1910 à Écommoy (Sarthe), mort le 22 juillet 1998 au Mans (Sarthe) ; instituteur ; syndicaliste, militant socialiste jusqu’en 1948, mutualiste, responsable national des CEMEA.

Ses parents étaient de modestes ouvriers chaisiers à Écommoy, chef-lieu de canton de la Sarthe. Sans être militant, son père n’hésitait pas à exprimer publiquement ses convictions républicaines et mutualistes quand il le jugeait à propos. Après la mort en 1917 des suites de la Grande Guerre de ce dernier, René Busson fut reconnu Pupille de la nation. Pour ajouter à sa modeste pension de veuve de guerre, tout en continuant de rempailler des chaises, sa mère effectuait des travaux domestiques chez des particuliers. Brillant élève à l’école primaire puis au cours complémentaire d’Écommoy, il prépara le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs du Mans. Reçu major de sa promotion, il y resta de 1926 à 1929 et s’engagea dans l’action militante. Il y anima une section de l’Union générale des étudiants de l’enseignement, proche de la CGTU, tout en adhérant à la Ligue d’action universitaire républicaine socialiste implantée tant à l’École normale d’instituteurs qu’au lycée de garçons. Il s’abonna au Progrès civique, revue de gauche. En 1929, il fut au nombre des normaliens du Mans qui reçurent de leur directeur un blâme pour avoir fait voter par leurs condisciples une motion de solidarité envers les élèves-maîtres d’Aix-en-Provence et de Quimper en grève pour obtenir un régime d’internat plus libéral.
À sa sortie de l’École normale (avec encore le rang de premier), Busson fit ses débuts d’instituteur (stagiaire jusqu’en 1931 puis adjoint) dans sa commune natale où ses activités, entrecoupées par le service militaire, furent multiples. Il commença alors la lecture des écrits de Célestin Freinet sans pour autant introduire dans l’immédiat les méthodes actives dans sa classe. Adepte de l’hébertisme, il fit un stage auprès de Freinet et en 1938 participa à l’école espérantiste de Sallanches. Avec des collègues, il participa à la vie d’une troupe de théâtre scolaire. Jeune homme sportif et bon vivant, il joua au football, au tennis et se vit confier le secrétariat de la société sportive locale. Le militantisme politique le tenta. Socialiste SFIO depuis 1930-31, il contribua à la fondation de la section socialiste d’Écommoy. Il suivait les conférences sur les questions économiques de l’heure que Jean Itard, enseignant à Alençon, membre de la commission administrative du Parti socialiste SFIO et animateur du groupe Révolution Constructive, venait prononcer dans la Sarthe. Est-ce alors que naquit le projet d’Office du chanvre (plante cultivée dans le Belinois proche d’Écommoy) que Busson présenta à Georges Monnet, ministre de l’agriculture du Front populaire ? Fortement marqué par les événements parisiens du 6 février 1934, il participa peu après à "la semaine d’études des Jeunesses socialistes » à Saint-Nazaire où, sous la direction d’Itard, il fut longuement question du fascisme et de la grande crise. Dans La République sociale de l’Ouest, l’organe des socialistes sarthois, il en rendit compte longuement. Adhérent au Comité mondial contre la guerre et le fascisme (Amsterdam-Pleyel), au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, il paya aussi de sa personne. En 1935, blâmé par sa hiérarchie pour avoir participé avec des membres des Jeunesses socialistes de la Sarthe en congrès à Ecommoy à un défilé jusqu’au monument aux morts de cette localité, l’instituteur Busson fut muté d’office à l’école Pierre-Philippeaux, à Pontlieue, quartier populaire du Mans. Paradoxe de cette mesure présentée comme une sanction : être nommé à l’âge de vingt-cinq ans dans un des plus importants établissements scolaire de la Sarthe n’était pas chose courante.
Au Mans, Busson côtoya les grands socialistes sarthois des années 1930. Ils laissèrent sur lui une empreinte ineffaçable, notamment l’avocat Félix Geneslay et l’ancien instituteur Henri Lefeuvre qui furent maires de la ville, le premier de 1932 à sa mort en 1936, le second de 1938 à sa révocation par le gouvernement de Vichy au début de 1941. En décembre 1935, il prit part à la mobilisation des militants antifascistes pour protéger la mairie du Mans contre une éventuelle attaque des Camelots du Roi. En février 1936, en plein centre du Mans, aux côtés des Jeunes socialistes et des Jeunes communistes, il fit le coup de poing contre des Camelots du roi et des membres des Jeunesses patriotes. Pendant le mouvement de grève, il apporta nourriture et tabac aux ouvriers de l’entreprise Carel-et-Fouché qui occupaient leur usine. L’unité syndicale retrouvée le réjouissait.
Son séjour au Mans ne dura qu’un an. Son mariage exclusivement civil en 1936 avec Jeanne, Léonie, Henriette Bartalan, fille de l’instituteur de Vallon-sur-Gée dans la Sarthe (originaire de Tarbes), institutrice elle-même (promotion 1930-1933 de l’École normale d’institutrices du Mans), entraîna en effet une mutation. À la rentrée scolaire de 1936, le couple s’installa à Sablé.
A la fin des années trente, Busson siégeait au bureau de la fédération socialiste SFIO. Il s’engagea surtout dans le militantisme syndical, particulièrement sur le plan local. A Sablé, où sous le Front populaire le nombre de syndiqués CGT dans le canton passa d’une cinquantaine à un millier, il contribua au lancement d’une Union locale, à l’installation d’une Maison du Peuple, inaugurée par Léon Jouhaux, et, surtout, à la création d’un Collège du travail, le treizième, chronologiquement, fondé en France sous l’impulsion de Georges et Émilie Lefranc. Cinq soirs par semaine, de vingt à quarante ouvriers, futurs cadres syndicalistes locaux pour la plupart, suivirent des cours le plus souvent préparés d’après les fiches rédigées et expédiées par les Lefranc. Busson assurait le cours de français (rédaction de comptes rendus et de lettres, mise au point de conventions collectives). Il fut aussi le secrétaire du comité local d’accueil des réfugiés espagnols. Lors des accords de Munich, il se rangea (paradoxalement, disait-il, pour un Pupille de la nation) du côté des instituteurs syndicalistes partisans d’une politique de fermeté envers l’Allemagne nazie. Il devint alors membre du conseil de la section départementale du Syndicat national des instituteurs, élu sur un programme antimunichois.
En 1939, mobilisé comme lieutenant au 117e Régiment d’infanterie, au Mans puis versé au 92e RI, Busson combattit dans le Lyonnais. Démobilisé, il revint à Sablé. Un rapport de police de décembre 1942 le signalait parmi les propagandistes "gaullistes » de Sablé. Intégré dans la chaîne d’évasion de prisonniers d’Évron par ses contacts avec des instituteurs résistants de la Mayenne, falsificateur de cartes d’identité, aidant à cacher des évadés et des réfractaires du STO, Busson fut aussi de ceux qui fondèrent dans le canton de Sablé un groupe de l’Armée secrète puis le Comité clandestin cantonal de libération dont il devint le secrétaire. En mai 1944, il transmit à Boucher Raymond* les renseignements lui permettant de réorganiser le réseau Buckmaster, en relations avec l’Intelligence Service (liste des membres, des lieux et terrains d’atterrissage et de parachutage). Le 26 mars 1944, après avoir manqué de peu l’arrestation par la Gestapo, il s’enfuit pour quelque temps dans la région parisienne où, hébergé à Villeneuve-le-Roi par un épicier, membre de "Libération", il continua son activité clandestine. Il restait en relation avec la Sarthe et eut un rôle dans la formation du bataillon de FFI qui, commandé par son collègue d’Hervé, participa à la libération de Sablé (août 1944).
Entre le 30 septembre 1944 et juin-juillet 1946, Busson signa du pseudonyme R. Dumans pas moins d’une vingtaine d’éditoriaux de L’Echo républicain de Sablé et de la région. Au fil des numéros, la tonalité devint pessimiste à mesure que s’étalaient les divisions politiques entre les courants de la Résistance. Dans un de ses ultimes articles, en février 1946, après avoir rappelé le 6 février 1934 et la constitution du Front populaire dans laquelle il voyait rétrospectivement la naissance de la Résistance, il déplora l’oubli dans lequel tombait déjà le sacrifice des Résistants et il terminait par un hommage à Raphaël Elizé, l’ancien maire socialisant de Sablé (un Noir d’origine martiniquaise), mort en déportation. Candidat socialiste SFIO aux élections cantonales de 1945 à Sablé, n’ayant pu rallier sur son nom qu’une fraction des voix radicales et MRP du premier tour, Busson fut battu au second tour par le titulaire du siège depuis janvier 1937, Robert d’Ussel, républicain indépendant.
En septembre 1944, Busson fut un des 16 instituteurs (12 hommes, 4 femmes) auteurs d’un appel à leurs collègues de la Sarthe, diffusé par la presse locale, en vue de la reconstitution de la section du syndicat des instituteurs. La fonction de secrétaire devant revenir, selon des directives nationales, à un Résistant, il fut choisi pour l’occuper, ce qui l’amena à siéger à la commission administrative de l’UD-CGT de la Sarthe. Au nouveau conseil syndical, composé de 13 membres (dont 2 femmes), Busson tint à avoir à ses côtés quelques "anciens" : Lebourdais, le secrétaire d’avant-guerre, et Gaston Bourlier pour conduire les actions de la nouvelle direction (remise en ordre du syndicat, demande de revalorisation de l’indemnité de logement des instituteurs, mise en place de la Mutuelle générale de l’Education nationale, le 28 février 1947). Dans le même temps, la vie professionnelle du couple Busson se poursuivait au Mans, lui détaché au service départemental des sports depuis la rentrée 1945, elle institutrice à l’école de filles Jules-Ferry à partir de l’année suivante.
Après la scission de la CGT qu’il n’approuvait pas (1947), Busson adhéra à la FEN-CGT tout en étant, pour l’année 1949-1950, délégué pour l’enseignement primaire dans les instances départementales. Nommé instituteur-adjoint à l’école annexe de l’École normale d’instituteurs du Mans à la rentrée de l’année scolaire 1948-1949, il accéda à la direction de cet établissement de sept classes en juillet 1961, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite, en septembre 1966. Pendant ces années, tant au SNI et qu’à la Fédération de l’éducation nationale, il se contenta de militer à la base au sein de la tendance Unité et Action. Il cotisa au SNUipp lors de la création de la FSU.
Politiquement déçu par les prises de position des députés socialistes à propos du décret Poinso-Chapuis sur l’aide de l’État à l’école privée, au nom de la défense de l’école publique, Busson quitta le Parti socialiste SFIO en mai 1948 et rejoignit le Parti socialiste unitaire. Attaché à l’union des forces de gauche, il le disait publiquement quand l’occasion se présentait et votait régulièrement pour les candidats communistes. Ainsi en novembre 1966, lors de l’élection municipale partielle du Mans, consécutive à la démission de la municipalité de droite élue au renouvellement de 1965, signa-t-il l’appel à voter au premier tour pour la liste conduite par le communiste Pierre Combe qui comptait des socialistes en désaccord avec leurs dirigeants locaux, ceux-ci, dans le cadre nouveau de la FGDS, ayant refusé de reconduire l’union de la gauche réalisée un an auparavant.
Laïque convaincu, syndicaliste à la base, témoin plutôt qu’acteur de la vie politique, Busson choisit, à partir de 1947-1948, de s’engager essentiellement dans le secteur socio-éducatif. Mutualiste, il fut longtemps un des administrateurs de la section de la Sarthe de la MGEN à compter de sa fondation. Pendant vingt ans, des premières élections en 1947 à la "réforme Jeanneney » en 1967, il siégea au conseil d’administration de la Caisse primaire de Sécurité sociale de la Sarthe. Porté à chaque renouvellement en position éligible sur la liste des salariés CGT (avec l’aval de la section locale du SNI), il y était considéré comme le porte-parole des enseignants sarthois et de leur section de la MGEN. Comme tous ses collègues administrateurs cégétistes de la Caisse primaire de Sécurité sociale de la Sarthe, il signa un appel à manifester le 17 octobre 1957 pour la paix en Algérie aux côtés des communistes.
Au service d’œuvres parascolaires de l’Enfance, Busson donna toute sa mesure. Sous l’Occupation, pendant les vacances, avec sa femme, ils s’employèrent à placer des petits citadins de la région parisienne dans des fermes du canton de Sablé et du sud-est de la Mayenne. Ses fonctions de délégué départemental aux sports l’amenèrent à organiser des camps d’adolescents pour les élèves du Centre d’apprentissage du Mans dirigé par son ami Albert Vayer. À la caisse primaire de Sécurité sociale de la Sarthe il choisit de s’investir dans la commission des colonies de vacances. Adhérent très tôt des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, il en devint durablement un des acteurs marquants (délégué départemental pour la Sarthe, membre de la commission nationale d’organisation et de gestion). Il assura, de 1966 à 1981, la formation d’économes de colonies de vacances. Militant de "l’Éducation nouvelle", sa position de directeur d’école annexe l’avait conduit à la vice-présidence du mouvement dans la Sarthe (la présidence étant assurée par la directrice de l’École normale d’institutrices). Membre de nombreuses associations autour de l’École, il était aussi secrétaire de l’association espérantiste de la Loire fondée par son collègue Micart, instituteur, sous l’Occupation, à Epineux-le-Seguin (Mayenne), chez qui il avait alors trouvé refuge à plusieurs reprises. Son épouse, institutrice jusqu’en 1970, décédée en 1993, prit une part active dans le lancement du groupe folklorique « La Gouline sarthoise » toujours existant en 2004.
Titulaire de la Médaille d’argent des instituteurs (janvier 1963), Officier dans l’Ordre des Palmes académiques, décoré du Mérite social, Busson avait aussi reçu la Médaille d’argent de la Jeunesse et des Sports. Depuis janvier 2000, une école publique de Mézeray (Sarthe) où il possédait une maison, portait son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18213, notice BUSSON René, Charles, François par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 17 janvier 2017.

Par Gérard Boëldieu

ŒUVRE : Articles :
Signalons dans La République sociale de l’ouest, « La semaine d’Études des Jeunesses socialistes de France, à Saint-Nazaire » (1er septembre 1934), « Le fascisme » (13 octobre et 10 novembre 1934), « Je ne suis pas un paysan » (29 mars 1936), dans Vers l’Éducation Nouvelle (organe des CEMEA), n° 406, octobre 1986, "1936, témoignage d’un militant".

SOURCES : Arch. Dép. de la Sarthe, 556 W 72, 660 W 125 et 4 X 58. — Centre régional d’archives de la Sécurité sociale du Mans : dossiers élections et procès-verbaux des séances de la commission administrative de la caisse primaire du Mans. — Renseignements fournis par la mairie de Sablé-sur-Sarthe. — Presse locale : La République sociale de l’ouest, L’Écho républicain de Sablé et la région, Le Maine-Libre, Ouest-France. — Le Bulletin de l’Enseignement primaire du département de la Sarthe — Réponse à l’enquête de Jacques Girault (1976) et entretien (9 décembre 1997).

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