HUANG Xiang 黃翔

Par Claude Widor

Né au Hunan vers la fin des années 1940. Poète et dirigeant de la Société des Lumières (Qimengshe) seul groupe provincial du « mouvement démocratique » (fin 1978-fin 1980) à avoir acquis une audience nationale.

Huang Xiang est né à la fin des années 1940 dans la province du Hunan. Sa jeunesse s’est passée dans un petit village des Monts Luoxiao (district de Guidong). Le futur poète est un autodidacte, les maigres ressources familiales ne lui ayant pas permis d’aller au-delà du premier degré de l’enseignement primaire. La chance de sa vie fut de pouvoir gagner une grande ville (Guiyang, capitale du Guizhou), et de s’y faire embaucher comme ouvrier. Ses premiers poèmes (« Je vois la guerre », Les Lumières n° 1) montrent que dès 1969 il a perdu toute illusion sur la Révolution culturelle. Son activité poétique, appréciée par un petit cercle de compagnons, inquiète les autorités. Huang Xiang est critiqué mais parvient à dissimuler ses manuscrits.
Le 11 octobre 1978 apparaît à Wangfujing (artère commerçante de Pékin) un dazibao au titre mystérieux : « Poème symphonique, le Dieu de fer ». Il s’agit d’un choix de poésies de Huang Xiang dénonçant avec une rare violence le « culte des idoles » et appelant à la régénération de la Chine « par le fer ». Quand le « printemps de Pékin » éclate (voir Wei Jingsheng (魏京生)), Huang Xiang et ses amis du Guizhou séjournent encore dans la capitale. Ils forment rapidement l’un des groupes les plus actifs du mouvement démocratique, créant le 24 novembre 1978 la Société des Lumières (allusion au Siècle des Lumières), affichant de gigantesques dazibao à deux pas du mausolée de Mao Tse-tung (毛澤東), avant de lancer une revue non officielle, Les Lumières, qui réédite ces journaux muraux. Au début de l’année 1979, la Société des Lumières, qui avait inauguré solennellement une branche pékinoise le 21 janvier et essaimé dans plusieurs villes provinciales, est la seule organisation démocratique d’envergure nationale.
Bien que Huang Xiang ait été, à l’origine, l’inspirateur de la Société, il n’est pas impossible que ces développements lui aient partiellement échappé et qu’il se soit laissé déborder par son principal collaborateur, Li Jiahua, forte personnalité se réclamant plus volontiers de Sun Yat-sen (孫逸仙) ou du Christ que de Marx ou de Lénine. Huang Xiang, quant à lui, restait attaché au marxisme malgré un anti-maoïsme virulent. Sans doute est-ce dans les « Poèmes d’amour » (dernier numéro de la revue Les Lumières, paru en mars 1979) qu’il faut chercher la clé de sa pensée : moins politique que morale, la révolution dont il rêve sera celle des sentiments.
Huang Xiang, arrêté en avril 1979, a été détenu de longs mois « aux fins d’éducation ». Il a pu regagner son usine à l’automne 1979, après avoir écrit une autocritique jugée satisfaisante.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182126, notice HUANG Xiang 黃翔 par Claude Widor, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 26 octobre 2016.

Par Claude Widor

ŒUVRE : n° 1, 4 et 5 de la revue Les Lumières.

SOURCES : Qimeng (Les Lumières). — Zhengming (Rivalisons !), n° 19, mai 1979, p. 31, n° 25, novembre 1979, p. 26.

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