HUANG Kecheng 黃克誠

Par Jacques Manent, Yves Chevrier et Jean-Luc Domenach

Né vers 1900 à Yongxing, Hunan. Ancien commissaire politique et chef d’état-major de l’A.P.L., limogé en 1959 à la suite de l’affaire Peng Dehuai. Réhabilité en 1977, réintégré au C.C. en 1978 ; deuxième secrétaire de la Commission centrale de discipline du P.C.C.

Huang Kecheng appartient à la première promotion de cadets de l’Académie militaire de Huangpu (Whampoa : voir Blücher). Il entre en 1927 au P.C.C., ce qui lui vaut d’être immédiatement renvoyé de l’Académie où il occupait des fonctions d’instructeur. Il prend part à l’insurrection de la Moisson d’automne en septembre 1927 (voir Peng Gongda (彭公達)) et fait partie du petit groupe de survivants qui, en septembre 1927, créent dans les Jinggangshan les bases du futur soviet du Jiangxi (voir Mao Tse-tung (毛澤東)). Il y est successivement commissaire puis directeur du Département politique du 3e corps d’armée sous Peng Dehuai (彭德懷). C’est aux côtés de Peng qu’il effectue la Longue Marche. Pendant la guerre sino-japonaise, il sert avec Lin Biao (林彪) puis rejoint la 4e Armée nouvelle en Chine centrale à l’été 1940. La réorganisation de cette armée, à la suite de l’incident de janvier 1941 (voir Ye Ting (葉挺) et Xiang Ying (項英)), le fait passer sous le commandement de Chen Yi (陳毅), tandis qu’il est promu commandant et commissaire politique de la 3e division. Jusqu’en 1946, il est particulièrement actif dans le Jiangsu. Après avoir combattu en Mandchourie pendant la guerre civile il devient, en août 1949, commissaire politique du district militaire du Hunan et secrétaire du comité provincial du P.C.C. L’année suivante, il prend la place de Ren Bishi (任弼時) au C.C. (dont il était membre suppléant depuis le VIIe congrès, en 1945). Il est affecté à Pékin en 1952 ; on lui confie rapidement de hautes fonctions militaires et politiques : un poste de vice-ministre de la Défense nationale en 1954 ; le grade de général d’armée l’année suivante ; un des sept sièges du secrétariat général du Parti sous Deng Xiaoping (鄧小平) après le VIIIe congrès (1956) et enfin, après la crise du détroit de Formose en octobre 1958, le poste de chef d’état-major de l’A.P.L. en remplacement de Su Yu. Mais quelques mois plus tard, Huang accompagne son ministre, Peng Dehuai, dans sa chute. On l’accuse d’avoir fait partie d’une « clique antiparti » (avec Peng, Zhang Wentian (張聞天) et Zhou Xiaozhou), c’est-à-dire de s’être associé aux opposants au Grand Bond en avant.
La destitution de Huang Kecheng en 1959 est directement liée à l’aspect militaire de l’affaire Peng Dehuai (voir ce nom). Accusé de « militarisme » et de « professionnalisme », Huang se serait opposé à la doctrine militaire de Mao et aurait entravé l’action du Parti dans l’armée. En d’autres termes, il aurait fait passer les exigences techniques de son métier avant celles de la politique, ce qui l’aurait conduit, comme Peng Dehuai, à préconiser un compromis avec l’U.R.S.S. afin d’éviter l’isolement militaire de la Chine et de préserver sa seule voie d’accès aux armements modernes. Son successeur à l’état-major de l’A.P.L., Luo Ruiqing (羅瑞卿), connaîtra le même sort pour des raisons finalement peu différentes, à la fin de l’année 1965.
Après une brève réapparition en 1965, dans le poste très secondaire de gouverneur du Shanxi, Huang Kecheng disparut à nouveau de la scène politique pendant la Révolution culturelle. L’évolution du régime après octobre 1976 ne pouvait manquer d’entraîner une nouvelle réhabilitation, dans la mesure où la chute de la « Bande des Quatre » a consommé le retour en force des « experts », et permis la réhabilitation de Peng Dehuai. Huang, qui avait pris part aux célébrations du 1er août 1977, commémorant le cinquantenaire de la fondation de l’A.P.L. en 1927, a été réintégré au sein du C.C. en décembre 1978. Il est secrétaire permanent de la Commission centrale de discipline du Parti. Bien que ce poste soit relativement secondaire, il symbolise l’autorité morale que conserve, dans le Parti et dans l’armée, cet ancien collaborateur de Peng Dehuai. L’autorité morale de Huang Kecheng a été mise à profit en avril 1981 : Deng Xiaoping lui demanda de signer un retentissant article sur le rôle historique de Mao Tse-tung, article qui estimait que « les mérites du président Mao sont primordiaux, ses erreurs secondaires » et préparait les esprits à l’importante résolution adoptée, sur le même thème, par le 6e plénum du XI’ C.C. en juin 1981. Le XIIe congrès du P.C.C. a confirmé sa place au C.C. et son poste de deuxième secrétaire de la Commission centrale de discipline (septembre 1982), mais la maladie le contraint depuis lors à une semi-retraite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182125, notice HUANG Kecheng 黃克誠 par Jacques Manent, Yves Chevrier et Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 26 octobre 2016.

Par Jacques Manent, Yves Chevrier et Jean-Luc Domenach

SOURCES : Outre KC et China Directory (1983), voir : Dittmer (1974). — Joffe (1965). — MacFarquhar (1974 et 1983). — RMRB, 11 avril 1981.

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