HUANG Hua 黃華

Par Yves Chevrier et Jean-Luc Domenach

Né au Hebei en 1910 ou 1913. Ministre des Affaires étrangères de la R.P.C. de décembre 1976 à novembre 1982 ; vice-premier ministre de septembre 1980 à mars 1982.

La carrière de Huang Hua le rattache à un type d’intellectuels à la fois journalistes et diplomates formés au contact de l’étranger pendant la guerre sino-japonaise et la guerre civile, type auquel appartient également son prédécesseur immédiat, Qiao Guanhua (喬冠華), qu’il a remplacé après l’élimination de la « Bande des Quatre ». Étudiant à l’Université (américaine) de Yanjing, Huang Hua prend une part active au mouvement étudiant du 9 décembre 1935 (voir Li Chang (李昌)), ce qui lui vaut un court emprisonnement. Familier des Snow — Edgar et son épouse Nym Wales — il fait avec eux le voyage de Yan’an en 1936, en qualité d’interprète et de représentant des étudiants pékinois. Il semble en passe de s’installer dans ce rôle de dirigeant étudiant (à Wuhan notamment) lorsque, peu après le commencement de la guerre sino-japonaise (1937-1945), Yan’an le rappelle et fait de lui le secrétaire du chef de l’Armée rouge, Zhu De (朱德). Dans les dernières années de la guerre, il est officier de liaison auprès des missions militaires envoyées par les États-Unis au quartier général communiste. Puis il accompagne Ye Jianying (葉劍英) à Pékin, dirigeant le bureau de presse au sein de la mission communiste chargée de superviser le cessez-le-feu obtenu par Marshall en janvier 1946. A la fin de la guerre civile, il fait partie de l’équipe chargée de régler la transition diplomatique à Nankin (été 1949).
S’il n’entre au ministère des Affaires étrangères qu’en 1953, on lui confie d’emblée la direction de la délégation chinoise aux négociations de Panmunjom, entrées dans leur phase terminale. Après avoir vigoureusement tenu tête aux Américains, il accompagne Zhou Enlai (周恩來) à la conférence de Genève (1954). Zhou l’inclura dans la délégation qu’il conduit à Bandoung l’année suivante. Mais jusqu’à sa nomination comme ambassadeur au Ghana en 1960, Huang Hua, devenu diplomate à plein temps, ne quitte guère Pékin, où il dirige le département d’Europe occidentale au ministère des Affaires étrangères. A Accra, il mène une diplomatie très active, qui contribue à élargir l’audience de la Chine en Afrique. Nommé au Caire en 1966, il est le seul ambassadeur à rester en poste au plus fort de la Révolution culturelle. Par la suite, il est associé au grand dessein de la diplomatie chinoise : la reconnaissance par Washington. Ambassadeur à Ottawa en 1971, il est nommé, la même année, représentant de la R.P.C. aux Nations unies. Il joue le rôle d’un ambassadeur officieux à New York pendant cinq ans (au cours desquels il est promu au C.C. par le Xe congrès du P.C.C. en 1973). Si bien que sa nomination au ministère des Affaires étrangères (décembre 1976) fut le gage d’une continuité appréciée à Washington (au lendemain de la mort de Mao) et depuis lors confirmée par l’événement (la normalisation diplomatique, annoncée de part et d’autre le 16 décembre 1978). Huang Hua, qui avait participé activement à la négociation secrète, rencontrant à plusieurs reprises les responsables américains à New York, a accompagné Deng Xiaoping (鄧小平) à Tokyo lors de la signature du traité de paix sino-japonais (octobre 1978). Il a été élevé en septembre 1980 au poste de vice-premier ministre. En 1982, cependant, Huang Hua semble avoir pris sa retraite. Il a d’abord perdu son poste de vice-premier ministre en mars, en même temps que plusieurs autres dirigeants, il est vrai (voir Yu Qiuli (余秋里), Geng Biao (耿飈), Bo Yibo (薄一波) et Ji Pengfei (姬鵬飛)). S’il a conservé son siège au C.C. à l’issue du XIIe congrès du P.C.C. (septembre 1982), Huang Hua a été déchargé peu après du ministère des Affaires étrangères (novembre). Bien qu’il ait lui-même représenté quelques jours plus tôt la diplomatie chinoise aux funérailles de Leonid Brejnev et rencontré à cette occasion Youri Andropov, certains observateurs ont attribué une signification politique à son départ. L’homme du rapprochement avec Washington n’était guère à même d’orchestrer les négociations avec Moscou qui allaient se tenir (sans succès immédiat, il est vrai) en octobre 1982 et en mars 1983. De ce point de vue, son successeur, Wu Xueqian, ancien collaborateur de Hu Yaobang (胡燿邦) formé dans les années 50 aux difficiles débats avec les organisations sœurs d’Europe de l’Est, semble mieux placé. Huang Hua a été élu en juin 1983 vice-président du comité permanent de l’A.N.P., mais Deng Xiaoping a critiqué en 1984 la manière dont il est intervenu dans les négociations sur Hong Kong avec les Britanniques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182121, notice HUANG Hua 黃華 par Yves Chevrier et Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 26 octobre 2016.

Par Yves Chevrier et Jean-Luc Domenach

SOURCES : Outre KC et China Directory, 1981 et 1983, voir : Issues and studies, vol. XIII, n° 1, janvier 1977 et RMRB, 1978-1983.

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