Né le 3 novembre 1907 à Ivry-la-Bataille (Eure), mort le 29 avril 1982 à Paris (XVIIIe arr.) ; dessinateur ; acteur ; écrivain ; syndicaliste.

Raymond Bussières est d’ascendance limousine. Son père, mort en 1916, s’était présenté à la députation en Corrèze, en 1902, sous l’étiquette guesdiste. Sa mère tenait un « café-tabac ».
Bussières fit des études au Collège Rotrou de Dreux, mais dans l’obligation de gagner rapidement sa vie, passe le concours de commis-dessinateur de la préfecture de la Seine. Reçu, il vint à Paris en 1927 pour exercer cet emploi. Cette année même, il assista à la manifestation pour Sacco et Vanzetti, puis, en 1928, adhéra au Parti communiste. Il suivit des cours de marxisme que donnait Charles Rappoport dans un petit café du IVe arr., rue de la Verrerie, milita dans cet arrondissement et créa une cellule du PC et une section de la CGTU à l’Hôtel de Ville. Son frère, de quatorze ans son aîné, lui fit connaître Paul Vaillant-Couturier qu’il avait rencontré à l’ARAC et au PC et dont il était devenu l’ami. Militant très actif et idéaliste, Raymond Bussières entra, sur le conseil de la mère de Vaillant-Couturier, au groupe théâtral « Prémices » qui avait été constitué en 1927, succédant au théâtre politique d’amateur « Une graine » dont les membres, une trentaine, étaient tous des ouvriers et des employés de vingt-cinq à trente ans. Mais, si on faisait du bon travail à « Prémices », « du théâtre bien fait », « les textes, dira Bussières, ne nous plaisaient pas beaucoup. On ne voulait pas faire du théâtre, mais la Révolution ». Aussi, en mars 1932, Raymond Bussières et dix de ses camarades abandonnèrent la troupe, créèrent le « groupe de choc Prémices » et se mirent à la recherche de textes. Léon Moussinac les dirigea vers Jacques Prévert qui leur fournit son premier sketch, Vive la Presse, et à l’occasion d’une répétition, en « , le nouveau groupe prit le titre de « groupe Octobre ». Cette équipe d’activistes fera partie de la Fédération du Théâtre Ouvrier Français (FTOF). À partir de cette date, Bussières partagea son militantisme entre « Octobre », le PC et le syndicalisme. Michel Fauré, dans son livre, Le groupe Octobre, a longuement raconté l’histoire singulière, agitée - et relativement courte (elle ne dura qu’un peu plus de quatre ans) de cette troupe de comédiens amateurs non conformises - dont Jacques Prévert, le fournisseur de textes était réellement l’âme - qui puisait dans les événements politiques la raison constante d’alimenter, au profit d’auditoires populaires, une satire virulente de l’immoralité et de l’hypocrisie de la société capitaliste. Avec le groupe Octobre, Bussières participa, en « , à l’Olympiade du Théâtre ouvrier à Moscou, puis aux événements de juin 1936 en France. Pour des raisons diverses, mais au premier rang desquelles il faut certainement mettre les différends politiques graves survenus à la suite des premiers échecs du Front populaire, les changements de tactique du PC (« Des formules du style : « Retroussons nos manches ! Ne tendons pas le poing aux prêtres ! Vive l’Armée républicaine ! La police avec nous ! » a dit Roger Blin, ne pouvaient plus nous convenir. Nous, dont l’existence et le programme étaient entièrement anticolonialiste, anti-policier, anti-militariste, anti-curé, et, dans une certaine mesure, antisocial-démocratique, nous n’avions plus de raison d’exister... », et Jacques Prévert : « C’était le moment où, dans les milieux ouvriers, il devenait de bon ton de remplacer L’Internationale par La Marseillaise. ») et les événements d’Espagne : Le Groupe éclata dans le courant de l’été 1936. Raymond Bussières partit en Catalogne au début de la guerre civile, mais ne participa pas à la Révolution. « La façon de se conduire des communistes, les premiers relents du stalinisme, fut qu’à mon retour, écrit-il, je donnai ma démission du PC - profondément déchiré. » Il continua à exercer son métier de dessinateur, qu’il n’avait jamais abandonné, et, mobilisé en 1939, parvint à ne pas être fait prisonnier. En 1941, Guy Decomble, un de ses camarades du groupe Octobre conseilla au cinéaste Louis Daquin, qui cherchait un acteur pour son premier film, Nous les gosses, de faire faire un essai à Bussières. Celui-ci fut alors engagé par la firme Pathé. Il prit un mois de congé pour tourner, et, au bout de dix jours, Pathé lui signa un contrat d’exclusivité pour trois ans. Raymond Bussières eut immédiatement du succès « de la part des professionnels et du public qui, note-il, me considère, et il a raison, de la famille ».
Raymond Bussières, qui a tourné plus de cent films et de nombreux téléfilms, a prouvé qu’il savait aussi manier la plume. Dans les années 1930, immobilisé à la suite d’un accident, il avait envoyé à l’Humanité une nouvelle, « L’Bestiau ", qui fut recueillie dans Des ouvriers écrivent, ouvrage publié par les Éditions sociales internationales en 1934. Il faut regretter que Bussières n’ait pu persévérer dans cette voie, bien qu’il ait assuré que « ce n’était pas un besoin pour lui ». Une autre nouvelle, « Choix de Roi » fut jugée « peu de leur morale » par les « maîtres de l’AEAR », dit-il - et il cessa d’écrire.
Raymond Bussières abandonna tout militantisme excepté au Syndicat des Acteurs.

ŒUVRE : « L’Bestiau ", nouvelle (dans Des ouvriers écrivent, ESI, Paris, 1934) 115 films, entre autres : Nous les gosses (Daquin). — L’assassin habite au 21 (Clouzot). — Les Portes de la nuit (Prévert-Carné). — Justice est faite (Cayatte). — Casque d’or (Becker). — Belles de nuit (René Clair). — Porte des Lilas (d°). — Jonas (Alain Tanner). — Le gang (Jacques Deray). Parmi les téléfilms : Le Pain noir (Moati).

SOURCES : Correspondance de Raymond Bussières. — Michel Fauré, Le groupe Octobre (Éd. Christian Bourgois, Paris, 1977). — Interview de R. Bussières, Chronique de juin 1936, n° hors série de Critique communiste, été 1982. — Le Monde, 2-3 mai 1982. — État civil Ivry-la-Bataille (Eure).

Jean Prugnot

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