HE Shuheng 何叔衡

Par Yves Chevrier

Né en 1874 à Ningxiang dans le Hunan ; il se suicide en 1935 pour échapper aux troupes du G.M.D. dans le Fujian. Lettré traditionnel rallié au mouvement du 4 mai, membre fondateur du P.C.C., il a fait partie du groupe des communistes du Hunan avant de rejoindre les soviets du Jiangxi où s’est confirmé son dévouement à Mao Tse-tung.

He Shuheng fut reçu bachelier (xiucai) en 1892, un an avant la naissance de Mao Tse-tung (毛澤東). Ce lettré traditionnel, qui était devenu l’ami de Xie Juezai, s’ouvrit au courant moderniste et, dès la veille du 4 mai, s’agrégea au petit noyau d’étudiants radicaux qui formaient, autour de Mao et de Cai Hesen (蔡和森), l’avant-garde révolutionnaire du Hunan. En octobre 1918 il avait pris part à la fondation de la Société d’étude des hommes nouveaux (Xinmin Xuehui) à Changsha (voir Cai Hesen et Mao Tse-tung). Après le départ de Cai Hesen pour la France, il devint le principal collaborateur de Mao Tse-tung avec lequel il organisa une société d’études marxistes en 1920. Cette société fut l’embryon du groupe communiste de Changsha dont He et Mao furent les représentants au congrès fondateur du P.C.C. à Shanghai en juillet 1921. Si Zhang Guotao (張囯燾) a pu nier la participation effective de He Shuheng à ce congrès légendaire (Mao Tse-tung l’aurait évincé avant l’ouverture des travaux), la plupart des sources confirment sa présence et brossent de l’aîné des fondateurs du communisme chinois un portrait concordant : celui d’un révolutionnaire convaincu mais quelque peu effacé, qui pénètre difficilement les fines querelles stratégiques où excellent ses cadets... De fait, c’est surtout l’éducateur qu’était He Shuheng qui servit la cause du communisme à Changsha, où il demeura jusqu’en 1927. Il fut la cheville ouvrière de l’Université d’autodidactes (Zixiu Daxue) qu’il avait fondée avec Mao en 1921. Sous son influence, nombre de jeunes intellectuels hunanais furent acquis au marxisme.
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Après la rupture entre le P.C.C. et le G.M.D. (printemps 1927), il fit le voyage de Moscou où il suivit les cours de l’Université Sun Yat-sen en compagnie de Xu Teli (徐特立), Wu Yuzhang (吳玉章) et Lin Boqu (林伯渠). Dès son retour en 1930, il rejoignit les soviets du Jiangxi. Lors de la fondation de la République soviétique chinoise à Ruijin en novembre 1931, il fut élu au C.E.C. et nommé Commissaire du peuple à l’inspection ouvrière et paysanne. Il perdit ce poste au début de l’année 1934, tout en étant réélu au C.E.C. par le IIe congrès panchinois des soviets (janvier-février 1934) : sans doute sa fidélité à Mao Tse-tung, alors en semi-disgrâce, explique-t- elle cette péripétie, d’autant qu’en 1933 He Shuheng avait été accusé de suivre la « ligne Luo Ming » (voir ce nom).
Comme à Changsha, mais de manière plus ouverte et plus révolutionnaire, l’essentiel du travail de He Shuheng à Ruijin fut de nature pédagogique. Il fit partie du petit groupe de cadres laissés à l’arrière lors de l’évacuation de la zone soviétique centrale en octobre 1934 (départ officiel de la Longue Marche), ce qu’expliquent peut-être sa fidélité à Mao Tse-tung, la nature et la modestie de ses fonctions, ou bien sa discrétion et son âge. Au début de l’année suivante, il fit retraite dans les montagnes à l’ouest du Fujian avec Deng Zihui (鄧子恢) et Qu Qiubai (瞿秋白). Lorsque Qu fut capturé, refusant de se rendre aux troupes nationalistes, He Shuheng se jeta du haut d’une falaise près de Changting (Fujian occidental).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182109, notice HE Shuheng 何叔衡 par Yves Chevrier, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 26 octobre 2016.

Par Yves Chevrier

SOURCES : Outre KC, voir : Chang Kuo-ta’o (Zhang Guotao), I (1971). — Hunan geming lieshizhuan (Vies des martyrs révolutionnaires du Hunan), (1952). — Siao-yu (1959) et l’interview de Peng Shuzhi (biographie de He Minfan), qui donne une version sensiblement différente de la fondation et de la fermeture de « Zixiu Daxue ». Voir également Cadart/Cheng (1983).

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