HE Minfan 賀民範

Par Lucien Bianco

Né vers 1861 ou 1862 dans la province du Hunan, He Minfan rassemble les premiers communistes hunanais durant l’été 1920, près d’un an avant la fondation officielle du Parti.

Ce lettré qui a étudié au Japon met à profit son prestige intellectuel et sa profession d’éducateur pour convertir, regrouper et organiser nombre de jeunes intellectuels, d’une génération ses cadets. Directeur en 1919- 1920 d’une école secondaire de Changsha, « Chuanshan Zhongxue », il en fait un foyer d’activité révolutionnaire et y organise un groupe de Jeunesses socialistes. En relations épistolaires avec Chen Duxiu (陳獨秀), il envoie à Shanghai et à Pékin des jeunes révolutionnaires qui étudieront le russe et le marxisme à Moscou : au nombre des plus fameuses recrues expédiées de Changsha par He Minfan on peut mentionner Liu Shaoqi (劉少奇), Luo Yinong (羅亦農), Peng Shuzhi (彭述之), Ren Bishi (任弼時) et Xiao Jingguang. Peng Shuzhi, qui rencontre He en septembre 1920 à Changsha, est d’emblée conquis par l’enthousiasme et le dynamisme de ce presque sexagénaire, qui vient tout juste de mettre sur pied un groupe communiste de cinq membres. Instituteur dans une école voisine, Mao Tse-tung (毛澤東) fait partie de ce noyau initial de communistes hunanais, avant de devenir secrétaire du P.C.C. du Hunan. Peu après, Mao et He transforment « Chuanshan Zhongxue » en « Zixiu Daxue » (Université d’autodidactes), qui sert de couverture à l’activité et la formation révolutionnaires des étudiants et professeurs qui s’y rencontrent. Mais les deux hommes ne s’entendent pas (le vieux lettré supporte mal, par exemple, de voir Mao circuler parmi ses élèves et collègues vêtu en tout et pour tout d’une serviette nouée autour des hanches) et He finit par abandonner la place (et le Parti) durant l’hiver 1922-1923, ce qui met fin à l’expérience et à l’existence même de « Zixiu Daxue ». L’histoire de « Zixiu Daxue », comme celle de la fondation du P.C.C. au Hunan, a été renouvelée par le témoignage de Peng Shuzhi. La version qui en est donnée à l’ordinaire privilégie le rôle de Mao Tse-tung et celui d’un autre aîné, He Shuheng (何叔衡), fervent maoïste (à la différence de He Minfan et de Peng Shuzhi...) et martyr du Jiangxi. Sur cette version « maocentriste », voir He Shuheng et Li Weihan. En revanche, Chang et Halliday donnent à leur habitude une version de l’épisode très hostile à Mao, qui aurait évincé He Minfan en lui rendant la vie impossible.
Peu de temps après, He Minfan devient directeur du Bureau de l’Éducation (Jiaoyuju juzhang) de Baoqing, dans le sud-ouest du Hunan. Il y recrute avec système des communistes comme inspecteurs primaires (l’un d’eux, Ouyang Qiupu (ou Qiufu ?), fondera la première Union paysanne de la région de Baoqing), leur fait diffuser l’organe du P.C.C., Xiangdao (Le Guide), choisit des ouvrages subversifs comme manuels, ouvre une librairie à seule fin de faire connaître et de rendre accessibles livres et journaux révolutionnaires aux lecteurs de la région. A une date indéterminée (vers 1925 ou 1926 ?) He devient responsable des services administratifs de Xinning, un xian du sud de la province, aux confins du Guangxi. Bien qu’il ne soit plus membre du P.C.C., He Minfan continue de diffuser Xiangdao. Arrêté en 1927 après l’échec de la révolution, He passe cinq ans dans une prison de Nankin. Libéré à la fin de 1932, il reste quelque temps à Nankin et rend en 1933 visite à Peng Shuzhi, lui-même emprisonné avec Chen Duxiu : comme Chen plus tard, le septuagénaire s’est mis ou envisage de se mettre à l’étude du bouddhisme. On ignore la date et les circonstances de sa mort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182106, notice HE Minfan 賀民範 par Lucien Bianco, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 22 août 2017.

Par Lucien Bianco

SOURCES : interview de Peng Shuzhi et Cadart/Cheng (1983) — Roux (2009) — Chang et Halliday (2006).

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