Né le 11 juillet 1932 à Longlaville (Meurthe-et-Moselle), mort le 27 février 2017 à Thionville ; chaudronnier, sidérurgiste ; militant de la CGT ; secrétaire du syndicat d’Usinor Longwy de 1967 à 1971 ; responsable de l’Union Régionale de la sidérurgie de Lorraine de 1972 à 1979 ; membre de la commission exécutive de la Fédération de la métallurgie de 1971 à 1979 ; membre de la commission exécutive de l’UD de Moselle de 1974 à 1990 ; secrétaire du comité régional de Lorraine de 1984 à 1990 ; membre de la commission exécutive confédérale de 1986 à 1989 ; militant communiste ; membre du bureau fédéral de Meurthe-et-Moselle de 1962 à 1972, puis du comité fédéral de Moselle jusqu’en 1990 ; conseiller municipal de Longlaville de 1965 à 1971 ; puis de Thionville de 1983 à 1989.

Serge Valli en 1988
Cliché Jean-François Lassagne.
Son père, Eugenio Valli, né en 1900 à Pennabilli en Emilie-Romagne (Italie), dans les Marches, était berger en montagne. N’ayant jamais fréquenté l’école, il décida de se rendre à Longlaville dans les années vingt pour des raisons économiques et politiques, et fut hébergé par le grand-père maternel de Sergio Valli, venu du même village durant la décennie précédente et qui se nommait également Valli. Il tenait avec son épouse et sa fille Joséphine-Maria Valli une cantine à Longlaville où il accueillait les arrivants de Pennabilli, lesquels se serraient les coudes face au racisme anti-italien de l’époque. C’est là qu’Eugenio Valli rencontra Joséphine-Maria, née à Gouraincourt (Longwy) en 1909, et qu’il l’épousa en 1927 après une enquête à l’évêché de Pennabilli, relative à d’éventuels liens familiaux, d’ailleurs inexistants. Il travailla comme manœuvre aux aciéries de Longwy. Après Marie-Irène en 1928 et Guido Walter (Guy) en 1930 (qui par la suite fut militant de la CGT et membre du bureau de la fédération de la Métallurgie), Sergio Valli naquit en 1932. Les parents étaient tous deux membres du Parti communiste. Grande lectrice, la mère que tout le monde nommait Esther (Stérina) avait un frère Archangelo Valli, dit Lino, né en France en 1913, de nationalité italienne, qui fut responsable des communistes italiens sur le territoire français, un véritable modèle pour son neveu Sergio Valli. Repéré puis arrêté par la police française à la cokerie de Longlaville en 1940, Archangelo Valli fut mené en prison après avoir été insulté et giflé par un mouchard local d’extrême-droite. Archangelo Valli fut interné au camp du Vernet dans l’Ariège jusqu’en 1941, puis expulsé en Italie et livré à Mussolini, d’abord enfermé à la prison de Pesaro puis au bagne de Ventotene, sur une ile en mer Tyrrhénienne au large de Naples, lieu de détention des opposants politiques et notamment des communistes. Libéré en 1943, il fut envoyé en Emilie-Romagne pour participer à la libération de la province avec la Résistance. Élu au comité central du PCI, il vécut à Rome et mourut en mission à Varsovie, et eut droit à un long hommage dans l’Unita du 4 juillet 1975. Enfant, Sergio Valli était aussi un auditeur attentif des récits de la guerre d’Espagne que relatait Toni Polotti à son retour des brigades internationales.
Puis ce fut l’exode à La Réole, de la famille de Serge Valli sans le père resté à l’usine, mais avec Nini Salvi la femme de Lino qu’elle put revoir au camp du Vernet, où elle apprit les conditions de son arrestation. Lors d’une rencontre fortuite avec le mouchard parti lui aussi à La Réole, elle le gifla publiquement « de la part de mon mari » lui dit-elle. Un procès eut lieu qui déboucha sur un non-lieu. Puis la famille retourna en 1941 à Longlaville. Sergio Valli y fréquenta l’école primaire, au groupe scolaire Paul Doumer, dont le directeur, monsieur Charbonnier, socialiste et laïque devint maire du village. L’instituteur, monsieur Lefumeux, intéressé politiquement, était en contact avec son ami Archangelo Valli. Après l’obtention du certificat d’études primaires, Sergio Valli entra au centre d’apprentissage de l’usine à la suite d’ un examen de passage auquel il se classa premier. Il se retrouva ainsi en culottes courtes sur la scène du cinéma Eden, encensé pour ses résultats, devant une salle comble en compagnie notamment de Maurice Kriegel Valrimont, lors d’un meeting organisé par la section du PCF. Dès 1945 il adhéra à l’Union de la Jeunesse Républicaine de France, dont il fut le secrétaire du cercle de Longlaville, en compagnie de Nello Lanini qui avait la responsabilité départementale. Participant à l’activité politique : rédaction et distribution de tracts, recrutement, relations avec d’autres organisations comme la JOC, il entra aux JC. Son préapprentissage dura un an au centre, et fut suivi d’un examen avec proposition de choisir parmi trois métiers. Il se détermina pour préparer le CAP de chaudronnier, mais échoua à la pratique en 1950. Entré OS à l’usine avec sa première carte à la CGT datant de 1949, il travailla avec son frère Guy, traceur à la chaudronnerie, lequel l’aida à réussir le CAP en 1957. Guy Valli était délégué à l’usine et à la suite des grèves de 1948. Le syndicat ayant été décapité, il remit l’organisation de la CGT sur pieds, et se retrouva secrétaire du syndicat dans le même service que Sergio. Ce dernier, d’abord collecteur de cotisations et diffuseur de la Vie Ouvrière, devint délégué du personnel suppléant puis titulaire, et membre du comité d’entreprise. Il adhéra au PCF en 1952, à la section de la cité ouvrière dont le secrétaire était alors Paul Venturini. La Voix de l’Est, le journal communiste du département, était alors porté dans chaque foyer par les jeunes, qui diffusaient également Avant-Garde, et Sergio Valli était le trésorier de la section locale qui disposait d’un gros CDH pour la diffusion de l’Humanité Dimanche. Il partit effectuer son service militaire en 1954, d’abord à la caserne Grossetti à Metz, ensuite à Borny (Moselle) durant 15 mois puis, pour terminer, pendant trois mois en Tunisie. Rappelé en 1956, il fut incorporé à Reims dans une caserne quasiment vide avec une quinzaine d’autres communistes ou réfractaires, avant d’être transportés du Bourget à Alger, puis dispersés. Le caporal-chef Sergio Valli se retrouva ainsi à Michelet en Grande Kabylie dans la région de Tizi Ouzou, et les consignes du PCF aux militants étaient d’informer les jeunes soldats sur cette guerre. Du côté des rappelés, il constata une plus forte mentalité de refus, au point qu’un soir de colère, ils chantèrent à tue-tête l’Internationale dans le djebel. Au retour d’une opération, il aperçut sur un trottoir « Joseph », le coiffeur du village, un algérien qu’il connaissait, délégué CGT à l’usine. Si bien que par la suite, il se rendit chez lui avec ses camarades pour se faire coiffer, et dut subir les foudres des gradés. Fin 1956 il fut de retour en France, et le 31 décembre il épousait Emanuela Catapano originaire de Barletta près de Bari (Italie) dans la région des Pouilles, avec laquelle il correspondait quotidiennement d’Algérie. Il reprit ses activités, puis endossa la responsabilité de secrétaire de la FNACA, et à ce titre lors de l’hommage au monument aux morts, à un jeune de Longlaville mort en Algérie, il prononça un discours condamnant la politique de guerre des socialistes, et donc le maire Charbonnier, rappelant qu’à leur arrivée au pouvoir ils avaient promis d’instaurer la paix, ce qui avait alors fait l’objet d’une réunion publique avec Pierre-Olivier Lapie, député socialiste de Meurthe-et-Moselle. Engagé à l’image du PCF dans une bataille sans précédent lors du référendum de 1958, le résultat déstabilisa une partie des militants, mais une autre bataille se profila pour Sergio Valli, celle des élections municipales de 1959, menées sur le thème « les patrons doivent payer ». De son côté le parti socialiste s’allia à la droite du village, et le Parti communiste remporta l’élection, Bogdan Politanski étant élu maire. Il connut le plasticage de la mairie par l’OAS, et participa aux tours de garde de nuit. En 1962 il se rendit à l’école centrale du Parti durant un mois, et entra au bureau fédéral de Meurthe-et-Moselle. Par la suite en 1975, il suivit l’école centrale de quatre mois à Choisy-le-Roi. Il était également devenu conseiller municipal en 1965 et le demeura jusqu’en 1971. Après une campagne en 1962 pour la renaissance des cellules d’entreprises, et sous l’impulsion d’Antoine Porcu, il devint jusqu’en 1967 secrétaire de la section d’Usinor Longwy, la plus grosse, comptant alors plus de deux cents adhérents avec de nombreuses cellules dans les ateliers et les services, et son journal l’Acier, tiré à des milliers d’exemplaires destinés à tous les ouvriers de l’usine et financé par la collecte au drapeau à tous les portiers. Puis il fut élu secrétaire du syndicat de l’usine unifiée (avec celles de Senelle et de Mont-Saint-Martin), suite à l’absorption de ces usines par Usinor en 1966, et qui regroupa dès lors 12 000 sidérurgistes.
Avec la grève de 1967 dans la sidérurgie, Usinor était à l’arrêt, l’usine ferma mais Sergio Valli, secrétaire du syndicat ne la quitta pas durant les trois semaines du conflit. Les discussions portèrent sur les propositions patronales de « convention sociale » avec départs anticipés à la retraite, qui ne recueillirent pas l’assentiment de la CGT contrairement à la position de la CFDT. La reprise, difficile, se fit donc sans aucune avancée sur les salaires, et le sentiment général était « On ne nous y reprendra pas ». Peu après ce fut mai-juin 1968, et il fallut de l’énergie aux frères Valli et à leurs camarades, pour aller aux portiers expliquer la situation, mais leurs efforts ne furent pas vains et la grève fut totale. Cependant les ouvriers restaient chez eux, et le directeur d’Usinor Longwy était le seul à franchir l’entrée pour se rendre aux grands bureaux sous une « haie d’honneur » et quelques quolibets des syndiqués. En 1971 survint le « plan Dhers », et 12 000 suppressions d’emplois furent annoncées à ASSIMILOR par le PDG de l’époque. La CGT décida dès lors de mettre en place l’Union Régionale de la Sidérurgie Lorraine (URSL), placée sous la responsabilité de Sergio Valli, qui dut donc quitter son entreprise en 1971. Accueilli dans un premier temps dans les locaux de l’USTM (Union des Syndicats des travailleurs de la métallurgie) à Longwy, il dut déménager à Thionville après le congrès de l’URSL, le premier octobre 1972 qui décida d’y transférer son siège, dans les locaux de l’USTM de Moselle. En 1977, dans le cadre de l’application du « plan Davignon » (le vicomte), il eut à faire face à la fermeture d’Usinor -Thionville qui possédait les hauts-fourneaux les plus modernes d’Europe. Cela donna lieu à une première marche sur Paris devant l’Assemblée Nationale, où les sidérurgistes furent accueillis pas César Depietri, le député-maire de Moyeuvre-Grande. Ce jour-là Raymond Barre annonça la fermeture du dernier haut-fourneau de Thionville, dans un contexte de fortes luttes syndicales, et ce fut devant l’usine, sur la voie publique, que se tint une des premières réunions du nouveau conseil municipal de gauche avec son maire communiste Paul Souffrin opposé à la fermeture ; dans la continuation du même plan, le bassin de Longwy fut à son tour touché en 1979, et la grande manifestation des Lorrains à Paris connut les violences dues à des provocations qui furent mises au grand jour. À ce moment, la Fédération nationale ayant décidé de revenir aux structures antérieures, l’URSL fut dissoute et Sergio Valli chargé de diriger l’USTM de Moselle, en compagnie de Gérard Auburtin lequel fut rapidement élu secrétaire général de l’UD de Moselle en 1980, remplacé par Jean-Marie Christ originaire de l’entreprise Neisius. Cette même année fut marquée par le décès dramatique de son épouse, à l’âge de 47 ans, à la suite d’une opération chirurgicale à l’hôpital de Nancy-Brabois. Ils avaient trois enfants. Le début de l’année 1984 fut marqué en Lorraine par l’annonce du « plan acier » de Laurent Fabius son auteur, continuateur de la politique antérieure de la droite, qui visait à fermer une partie de la sidérurgie et des mines de Lorraine. Après des manifestations régionales de grande ampleur, la marche des Lorrains sur Paris, riposte organisée le 13 avril par l’intersyndicale, et qui rassembla des dizaines de milliers de personnes, déboucha sur « l’affaire des trains » qui avaient été commandés (il y en eut 10 en Lorraine) pour le déplacement commun et dont le paiement échut à la seule CGT, après un jugement qui dédouanait les autres organisations syndicales. Encouragé à accepter cette nouvelle responsabilité par Henri Krasucki, alors secrétaire général de la Confédération, Sergio Valli, devint secrétaire du comité régional de Lorraine (CRL), en remplacement de Denis Bonvalot au cours de l’année 1984. Il eut alors à gérer cette période difficile pour le CRL. La question des départs anticipés proposés aux sidérurgistes amena des débats au sein de la Fédération de la Métallurgie, et nécessita une consultation des travailleurs par la CGT, à l’issue de laquelle le syndicat admit cette solution tout en refusant la remise en cause du potentiel industriel. En effet, ces départs anticipés à 55 et 50 ans correspondaient à la revendication de la CGT pour l’âge de la retraite, mais accompagnée d’une véritable logique industrielle. En 1985, Sergio Valli bénéficia des mesures d’âge appliquées dans la sidérurgie. Avec la réélection du maire communiste Paul Souffrin à Thionville, il accomplit un mandat de conseiller municipal de 1983 à 1989. En 1992 il fit valoir ses droits à la retraite. Il avait épousé Odile Schuster, la secrétaire administrative de l’USTM, dont le père avait été licencié de l’usine d’Hayange en 1950 par les de Wendel pour fait de grève. Elle était militante de la CGT des métaux de Moselle et communiste, elle fut membre du comité fédéral.

SOURCES : Archives de l’USTM et de l’UD de Moselle ; archives du CRL. — Archives personnelles et entretiens avec Sergio Valli en 2015 et 2016.

ICONOGRAPHIE : photo de 1988 : archives de Sergio Valli.

Jean-François Lassagne

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