Né en août 1909 à Lilingxian (Hunan), mort le 23 juin 2000 ; guérillero devenu diplomate puis membre du B.P. du P.C.C. (août 1977), vice-premier ministre (1978-1982) et ministre de la Défense nationale (1981- 1983). En 1983 cependant il ne conservait qu’une place au C.C. et au comité permanent de la Commission des conseillers du C.C., ainsi qu’un poste de conseiller d’État et de vice-président du comité permanent de l’A.N.P.

Ce haut fonctionnaire a mené, après un séjour en 1926 à l’Académie militaire de Huangpu (Whampoa) (voir Blücher), une première carrière précoce et courageuse dans la guérilla communiste au Jiangxi, pendant la Longue Marche et à Yan’an ; il joua même un rôle remarqué dans la prise de Pékin en janvier 1949. Après la Libération, il commence une brillante carrière de diplomate. On lui confie d’abord des postes d’ambassadeur à Stockholm (1950-1956) et à Karachi (1956-1959) où il améliore les relations sino-pakistanaises jusque-là plutôt froides. Elevé au rang de vice- ministre des Affaires étrangères à l’époque du conflit sino-indien (1960- 1963) puis nommé ambassadeur à Rangoon, Geng se spécialise dans les problèmes asiatiques. Rappelé à Pékin en juillet 1967 ainsi que la plupart des diplomates chinois, à une époque où les relations sino-birmanes se détériorent dangereusement, Geng Biao doit sans doute à la protection de Zhou Enlai (周恩來) son élection au C.C. par le IXe congrès du P.C.C. (avril 1969) puis son affectation auprès du seul allié que la Chine comptait à l’époque : l’Albanie.
Au début de 1971, il est nommé à la tête du Département des liaisons extérieures du C.C. et devient ainsi le véritable ministre des Affaires étrangères du P.C.C. A lui revient l’organisation des échanges de tous ordres avec les partis et les groupements frères du monde entier, échanges dont la diplomatie réaliste de Zhou maintient la fréquence mais diminue l’importance politique. Grâce à sa collaboration avec le premier ministre, la diplomatie chinoise est restée dans l’ensemble cohérente malgré les incertitudes politiques qui affectaient la scène politique intérieure jusqu’en octobre 1976. La prise du pouvoir par les « réalistes » à d’abord renforcé sa position et grandi son rôle. Geng Biao est devenu membre du B.P. à l’issue du XIe congrès (août 1977) et a été élu vice-premier ministre par la première session de la Ve A.N.P. (mars 1978).
Considéré, en Chine et à l’étranger, comme un dépositaire de l’héritage politique de Zhou Enlai, il participe activement à la définition de la stratégie extérieure chinoise, mais son domaine de responsabilité se modifie. Abandonnant à Ji Pengfei (姬鵬飛) le Département des liaisons internationales du C.C., Geng Biao est affecté à des hauts postes dans l’appareil militaire : il est secrétaire général de la puissante Commission des affaires militaires du C.C. (janvier 1979-juillet 1981), puis ministre de la Défense nationale (mars 1981). Sans doute sa maîtrise des dossiers techniques a-t-elle paru nécessaire à la conduite d’importantes et délicates négociations militaires avec les États-Unis. D’autre part, certains observateurs estiment que Deng Xiaoping (鄧小平) a voulu mettre à profit ses talents de diplomate pour rassurer des chefs militaires souvent inquiets des excès de la démaoïsation.
A partir de 1982 cependant, il semble avoir été écarté des centres de décision. En mars de cette année, tout d’abord, il a échangé son poste de vice-premier ministre contre celui, honorifique mais sans pouvoir, de conseiller d’État (jusqu’en juin 1983). En septembre de la même année, il perdait sa place au B.P. pour entrer au comité permanent de la nouvelle Commission des conseillers du C.C. Enfin, il laissait en novembre 1982 le ministère de la Défense à un militaire, Zhang Aiping. Il semble en effet avoir soutenu les efforts déployés par Hua Guofeng (華囯鋒) et Wei Guoqing (韋囯清) à l’automne 1982 afin de préserver l’influence de l’armée et limiter l’ampleur de la démaoïsation. Il est également vice-président du comité permanent de l’A.N.P.

ŒUVRE : Études et documents (Taiwan, avril 1981) contient un rapport interne de Geng Biao, très représentatif de son style.

SOURCES : Outre KC, voir : Zhonggong yanjiu (Études sur le communisme chinois), novembre 1979. — New York Times, 27 mars 1979. — RMRB, 1971-1983.

Jean-Luc Domenach

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