Née en 1945, Pékinoise. Animatrice du mouvement d’opposition populaire et démocratique à Pékin en 1979. Condamnée à deux années d’emprisonnement en janvier 1979, elle est transférée, à l’expiration de sa peine, dans un camp de « rééducation par le travail ».

D’origine citadine pauvre, Fu Yuehua obtint son diplôme de l’enseignement secondaire long en 1966. Après la Révolution culturelle, elle ne fut pas envoyée à la campagne, pour raisons familiales. Elle se maria avec un étudiant de l’Université de Pékin qui, une fois diplômé, fut affecté à un poste en dehors de Pékin. En 1971, elle obtint un emploi comme « travailleur de force » dans l’équipe de construction du quartier Xuanwu (sud de Pékin). C’est le secrétaire de cellule de cette équipe, Geng Yutian, qu’elle accusa de viols et tentatives de viol. Le premier viol (14 février 1972) et les menaces politiques qui l’accompagnaient provoquèrent une grave dépression nerveuse qui dura environ trois ans. Geng s’arrangea pour que Fu n’obtienne ni le remboursement de ses frais médicaux, ni ses allocations de congé de maladie. Elle demanda en vain sa mutation dans une autre unité et perdit son emploi. Malgré des assurances données à sa famille par le comité révolutionnaire de Pékin en 1976, elle était toujours au chômage sans allocation, quand débuta le « mouvement démocratique » à la fin de l’année 1978.
Il semble qu’elle ait été l’un des éléments les plus radicaux parmi les « plaignants venus demander justice au sommet » (shangfang) et qu’elle ait joué un rôle important dans leur première manifestation de masse « contre la faim et l’oppression, pour la démocratie et les droits de l’homme », le 8 janvier 1979. C’est sans doute cette dangereuse alliance entre les milliers de « gueux » agglutinés à Pékin et les idées modernes et revendicatrices du mouvement démocratique qu’on a voulu étouffer dans l’œuf en arrêtant Fu Yuehua le 18 janvier à 6 heures du matin. Deux tentatives de divers groupes et revues du « mouvement démocratique » en vue d’obtenir des précisions sur son sort restèrent vaines. C’est seulement le 3 avril 1979 que Fu fut officiellement déclarée en état d’arrestation et que sa famille put connaître son lieu de détention. D’après un autre « plaignant » détenu avec elle avant cette date à la prison Gongdelin, elle y aurait été torturée et aurait fait une grève de la faim pour protester. Détenue à partir d’avril à la prison n° 1 de Pékin, elle fut jugée secrètement le 31 août 1979 et condamnée à un an de prison pour « trouble de l’ordre public ». Ce jugement fut révoqué en appel le 11 octobre pour « manque de clarté dans les faits » et l’affaire renvoyée devant le tribunal populaire d’échelon intermédiaire de Pékin. Elle fut jugée de nouveau le 17 octobre, au lendemain du procès de Wei Jingsheng (魏京生), mais l’audience fut ajournée à cause des révélations que Fu proposa de faire sur l’anatomie sexuelle de Geng Yutian, qui l’accusait de diffamation. L’audience ne reprit que le 24 décembre. L’accusation de diffamation avait été abandonnée par le ministère public, ce qui n’empêcha pas Fu d’être condamnée à deux ans de prison pour « sabotage de l’ordre public par l’organisation de troubles de masse ».
Le 6 mai 1981, les autorités de la prison n° 1 de Pékin annoncèrent à une délégation de juristes canadiens la libération à terme de Fu. C’était vrai : Fu était bien sortie de prison... mais pour être transférée au camp de « rééducation par le travail » de Liangxiang, dans la banlieue de Pékin. Selon le témoignage d’une de ses anciennes codétenues, Fu n’a pas cessé, à Liangxiang, de protester contre son sort. Elle a notamment écrit une lettre à Deng Xiaoping (鄧小平) et fait une grève de la faim. Ce refus obstiné de plier devant ce qu’elle considère comme une injustice, s’il témoigne d’une force de caractère exceptionnelle, constitue pour les autorités une résistance intolérable à la « réforme » et rend très aléatoire la sortie de Fu Yuehua du système concentrationnaire chinois.

SOURCES : Outre Sidane (1980), voir : Beijing ribao (Quotidien de Pékin), 7 janvier 1980. — Huang he (Fleuve Jaune), n° 6, avril 1979. — New York Times, 8 janvier 1980 — Zhengmmg (Rivalisons !), n° 26, décembre 1979. — A.F.P. Pékin, 6 et 7 mai 1981. — Shidai xinwen (Nouvelles de notre temps), 29 mars 1983.

Michel Bonnin

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