FENG Xuefeng 馮雪峰

Par Michel Bonnin

Né en 1903 dans le district de Yîwu (Zhejiang) ; mort à Pékin en 1976. Disciple et ami de Lu Xun ; critiqué à partir de 1954, cesse toute activité officielle en 1957.

Né dans le Zhejiang, Feng Xuefeng fait des études à l’École normale de Hangzhou. Il publie ses premiers poèmes en 1922 et commence à fréquenter les milieux littéraires de Shanghai. Profondément bouleversé par l’exécution de Li Dazhao (李大釗), il entre au P.C.C. en juin 1927 et devient responsable de la cellule du Parti de la Ligue des Écrivains de Gauche à Shanghai. A partir de 1928, il se lie d’amitié avec Lu Xun (魯迅) dont il est un des principaux disciples et collaborateurs. A la fin de l’année 1933, il rejoint la zone soviétique du Jiangxi, puis participe à la Longue Marche. En avril 1936, ii retourne à Shanghai où il soutient Lu Xun dans sa défense d’une « littérature de masse pour la guerre révolutionnaire » contre la « littérature pour la défense nationale » prônée par Zhou Yang (周揚) et les autres communistes « orthodoxes ». Les haines et les coteries qui se forment autour de ce débat auront une influence très importante dans l’histoire littéraire chinoise après 1949.
Au moment où éclate la guerre sino-japonaise, Feng, dégoûté par la politique littéraire du P.C.C. à Shanghai, se retire dans son village natal et perd tout contact avec les organisations clandestines du Parti. Il se désintéresse également des querelles littéraires si ce n’est pendant une courte période en 1939 où il participe aux côtés de Hu Feng (胡風) à la dispute sur les « formes nationales ».
Notons que dans ce débat, moins violent certes que celui de 1936, Feng et Hu ne s’opposent plus seulement à Zhou Yang mais aussi à Mao Tse-tung (毛澤東) qui avait pris parti pour les formes nationales dans son discours d’octobre 1938 sur « la position du P.C.C. dans la guerre nationale ».
En 1941, Feng est arrêté par le Guomindang et envoyé au camp de Shangrao dans le Jiangxi où il passe deux ans.
Jusqu’en 1949, outre des poèmes, il publie essentiellement des essais de réflexion politique et de critique littéraire dont le style incisif et combattif n’est pas sans rappeler Lu Xun. Après 1949, son influence dans les milieux littéraires grandit : en 1952, il devient rédacteur en chef de Wenyibao (Journal des arts et des lettres) et vice-président de l’Association des écrivains en 1953. Il publie plusieurs ouvrages dont un Recueil d’essais et ses Souvenirs sur Lu Xun. Il tente d’utiliser son influence pour critiquer les tendances dogmatiques des milieux littéraires et poursuivre la lutte que Lu Xun avait entreprise contre « la littérature aux ordres » (fengming wenxue). Aussi est-il l’un des premiers touchés par la campagne de mise au pas des intellectuels de 1954. Il est attaqué par Zhou Yang en même temps que Ding Ling ( + ). On lui reproche d’avoir fait l’éloge dans le Wenyibao des Recherches sur le Hongloumeng de Yu Pingbo. Feng est contraint de faire son autocritique dans le Wenyibao du 30 octobre 1954 et il perd son poste dans ce journal. On lui concède cependant un poste honorifique de directeur aux Éditions littéraires du peuple.
Bien qu’il se fasse peu remarquer pendant les Cent Fleurs, Feng est dénoncé en 1957, dans la ligne du mouvement anti-droitier, comme un élément important de la « clique anti-parti Ding-Chen » (il est vrai qu’il avait toujours été très proche de Ding Ling (丁玲)et que celle-ci, contrairement à Chen Qixia, refusa de faire une « confession complète »). Feng perd alors son poste de député à l’Assemblée nationale et l’on n’entend plus parler de lui par la suite.
Il est mort le 31 janvier 1976 d’un cancer et ses cendres ont été déposées au cimetière Babaoshan en mars (donc avant la chute de la « Bande des Quatre ») au cours d’une cérémonie à laquelle assistaient de nombreuses personnalités mais où aucun discours n’a été prononcé. Avant sa mort, Feng aurait participé au travail d’annotation du journal et des lettres de Lu Xun. Il a été officiellement réhabilité en 1979.
La vie de Feng Xuefeng est une illustration du drame des intellectuels communistes sincères, obligés de sacrifier au Parti non seulement leur esprit critique et leur sens moral, mais aussi leur talent. C’est ainsi que Feng a jeté lui-même au feu les brouillons de la grande œuvre littéraire (un roman sur la Longue Marche) à laquelle il avait travaillé une première fois avant son arrestation en 1941, puis de nouveau dans les premières années du régime et qu’il entreprit d’achever à la fin de l’année 1961, lorsqu’il fut débarrassé de son étiquette de « droitier ». Le Parti jugea qu’un « droitier pardonné » (zhaimao youpai) n’était pas digne d’écrire une œuvre sur cette glorieuse épopée, même s’il était le seul écrivain à l’avoir vécue dans son entier.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181923, notice FENG Xuefeng 馮雪峰 par Michel Bonnin, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 25 octobre 2016.

Par Michel Bonnin

ŒUVRE : Lingshange (Chants de la Montagne magique, recueil de poèmes). — Xiangfeng yu shifeng (Esprit campagnard et esprit citadin), recueil d’essais, 1945. — Lun minzhu geming de wenyi yundong (Sur le mouvement littéraire et artistique de la révolution démocratique), recueil d’essais, 1946. — Huiyi Lu Xun (Souvenirs sur Lu Xun), 1952.

SOURCES : Outre Merle Goldmann (1967) et Lin Manshu et al. (1976), voir : Feng Xiaoxiong in Guangjiaojing, n” 90, mars 1980 et Bao Ziyan in Shehui kexue, 15 juillet 1983.

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