FANG Fang 方方

Par François Godement

Né en 1904 dans le Guangdong ; mort le 21 septembre 1971.Dirigeant des guérillas rurales du Guangdong, supplanté après 1949 par les « cadres venus de l’extérieur ».

Fang Fang naquit près de Shantou (Swatow) dans une famille de petits marchands où figurait aussi l’un des plus gros « dizhu » (propriétaires fonciers) de la province. Le mouvement du 4 mai 1919 détermina son engagement dans la politique étudiante alors qu’il était encore au lycée. Il découvrit rapidement les limites d’une telle action et, sans adhérer au P.C.C. ni même au marxisme, participa à la radicalisation du mouvement paysan. Membre dès 1923 de ¡’Association paysanne fondée par Peng Pai (澎湃) à Haifeng, il adhéra au G.M.D. en 1924 et prit part aux deux Expéditions de l’Est (voir Blücher). En 1926, il suivit les cours de l’institut des cadres du mouvement paysan à Canton, sous la direction de Mao Tse-tung (毛澤東) ; en mars il devint membre du P.C.C. Cet itinéraire reflète assez bien la « mainmise » du P.C.C. sur les cadres nationalistes du mouvement paysan à la veille de la Beifa (Expédition du Nord), après une première et longue période de négligence et de désintérêt presque total. Avec Ye Ting (葉挺) et He Long (賀龍), il prit part à la prise de Shantou et à la retraite de l’armée des « partisans ouvriers et paysans » qui fait suite, en septembre 1927, à l’échec de Nanchang. En février 1928, après que les Nationalistes eurent chassé plusieurs milliers de communistes du soviet de Hailufeng (voir Peng Pai), Fang Fang et Gu Dacun rassemblèrent les troupes et organisèrent une guérilla de plusieurs années près de la frontière du Fujian, puis dans l’ouest de cette province. Fang Fang s’y retrancha pendant et après la Longue Marche (octobre 1934-octobre 1935). Au début de la guerre sino-japonaise (1937-1945), il fut l’un des dirigeants du Comité de travail pour la Chine du Sud, responsable de la coordination des activités communistes dans les provinces côtières du Sud et dans le Jiangxi.
En 1943, il fut appelé à Yan’an afin d’y parfaire sa formation. Le Centre, désireux d’utiliser sa bonne connaissance du terrain et des hommes, fit de lui l’adjoint de Ye Jianying (葉劍英) lors des négociations nationales qui préludèrent, en 1946, à la guerre civile (1946-1949). Puis Fang Fang fut envoyé à Canton et Hong Kong, afin de coordonner l’action clandestine contre le G.M.D. En 1949, il fut plus spécialement chargé de « préparer » l’arrivée de la colonne commandée par Lin Biao (林彪). Après la victoire, il devint l’un des seconds de Ye Jianying. Les deux hommes comptent au petit nombre de dirigeants capables de s’exprimer en mandarin (la « langue des cadres »), en cantonais (celle du Sud) et en Hakka. Mais alors que Ye Jianying s’absentait le plus souvent de Canton, Fang Fang, qui n’était en titre que le troisième secrétaire du P.C.C. dans le Guangdong, exerçait le pouvoir réel, ce que reflétait son influence sans rivale sur les cadres locaux. C’est ainsi qu’il fut chargé d’organiser la réforme agraire dans le Guangdong. Les cadres locaux avaient trop d’attaches familiales ou claniques pour approuver la politique plus radicale décrétée par Pékin lors du déclenchement de la guerre de Corée (automne 1950). Aussi bien Fang Fang s’en tint-il à la modération antérieure, avec l’approbation tacite de son supérieur provincial (Ye Jianying) et le concours de l’appareil local. Le Centre réagit en dépêchant quelque 1 600 cadres appartenant aux armées du Nord au printemps 1951. Fang Fang dut se soumettre publiquement aux « cadres venus de l’extérieur » et dénoncer le « chauvinisme local » des anciens de la guérilla. Il reconnut en particulier que la résistance dans le Guangdong eût été vaine sans l’intervention de l’Armée. Au début de l’année suivante, Tao Zhu (陶鑄), envoyé par le Centre, entreprit l’épuration des cadres locaux et prit la tête de l’organisation provinciale du Parti. Mais alors que la mise à l’écart de Ye Jianying, chef militaire prestigieux, s’effectua sans bruit ni mal pour l’intéressé, Fang Fang fut astreint à une autocritique en règle en mai 1953. Au cours de l’année 1952, Tao Zhu avait patiemment sapé sa « base de pouvoir » en « rectifiant » ses partisans (80 % des cadres locaux d’un rang égal ou supérieur à celui de secrétaire de xian furent démis au cours de la campagne de rectification qui se superpose à la réforme agraire) ; dès octobre 1952, il avait été discrètement rétrogradé. Fang Fang prit la parole au cours d’un meeting de sauniers, auquel assistaient de nombreux cadres. Paradoxalement, il dut s’accuser d’avoir maltraité le « peuple » en diverses occasions, ce qui était le meilleur moyen de le discréditer. Jusqu’en 1954, il disparut dans l’obscurité du « xuexi » (étude). Bien qu’élu député du Guangdong à la première A.N.P. (septembre 1954), il fut affecté à Pékin, à la Commission pour les affaires des Chinois d’Outre- mer. Ce sont désormais ces derniers qui l’absorberont, à des postes divers. A ce titre, Fang Fang a joué souvent un rôle de représentation important avant les persécutions de la Révolution culturelle, dont il est mort en 1971. Sa mémoire a été réhabilitée par les successeurs de Mao.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181918, notice FANG Fang 方方 par François Godement, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 25 octobre 2016.

Par François Godement

SOURCES : Outre KC, voir : Vogel (1969), en particulier sur le déroulement de la réforme agraire dans le Guangdong et sur la « campagne de rectification » dirigée contre les cadres issus de la guérilla. — RMRB, 22 septembre et 21 octobre 1984.

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