DENG Zihui 鄧子恢

Par Jean-Luc Domenach, Yves Chevrier

Né en 1895 au Fujian ; mort en 1972. Militant et combattant des temps héroïques, est devenu après 1949 un important responsable de la politique rurale chinoise ; écarté en 1957 et critiqué pendant la Révolution culturelle, a été réhabilité par la suite.

Étrange destin que celui de ce vieux communiste qui a vécu presque toute la révolution chinoise sans jamais s’imposer au premier plan et a montré assez de personnalité pour « se tromper », sans avoir assez de poids pour « avoir raison » ou pour échapper à la critique. Né dans une famille de petits commerçants du Fujian, Deng va étudier au Japon (1916). Après son retour en Chine, il adhère au G.M.D. en 1925 et au P.C.C. en 1926 puis se consacre à la mobilisation des paysans de sa province natale. Le congrès pan-chinois des Soviets de novembre 1931, qui fonde la République soviétique, le nomme ministre des Finances. Mais il perd ce poste en 1933 car il est compromis dans l’affaire de la « ligne Luo Ming (羅明) » en même temps qu’un grand nombre de fidèles de Mao Tse-tung (毛澤東), tels Tan Zhenlin (譚震林) et Deng Xiaoping (鄧小平). Car dès cette époque, Deng Zihui fait partie du petit cercle des fidèles de Mao. Ces liens personnels avec Mao lui serviront lorsqu’il sera critiqué en 1955 et, surtout, pendant la Révolution culturelle. En octobre 1934, Deng Zihui ne prend pas part à la Longue Marche mais conduit vers le Fujian une petite bande de guérilleros : il est l’un des principaux animateurs de la guérilla communiste dans les zones que le gros des forces de l’Armée rouge a dû évacuer. Au printemps 1938, ses troupes sont incorporées à la 4e Armée nouvelle de Ye Ting (葉挺) et Xiang Ying (項英), dans laquelle il sert comme chef adjoint du Département politique. En avril 1945, le VIIe congrès du P.C.C. le nomme au C.C. Pendant la guerre civile, son action reste principalement militaire et circonscrite au centre et à l’est de la Chine : il assure la liaison entre les différentes armées communistes dans leurs savantes manœuvres puis dans leur percée vers le Sud. Deng Zihui achève la guerre civile dans les rangs de l’armée Lin Biao (林彪).
C’est sans doute pourquoi, malgré l’importance des postes qui lui sont conférés à Pékin en 1949 (il devient notamment vice-président de la Commission financière et économique du gouvernement), on le retrouve dans l’appareil dirigeant de l’énorme région militaire et administrative du Centre-Sud, qui comprend six provinces et dont les absences de Lin Biao et la maladie de Luo Ronghuan lui laissent la responsabilité de facto. Mais c’est visiblement aux problèmes économiques qu’il s’intéresse le plus.
Échec ou plutôt promotion ? A partir de 1952, Deng Zihui amorce une montée vers Pékin. Il est désigné en novembre 1952 seul vice-président de la commission du Plan puis reçoit en juillet 1953 la direction du Département du travail rural du C.C., secteur important entre tous à la veille de la collectivisation. Nommé vice-premier ministre et chef du septième bureau du Conseil des affaires d’État (qui coiffe tous les problèmes agricoles) en 1954, Deng Zihui est alors le plus important dirigeant du régime en matière rurale. C’est à ce titre qu’il conduit l’accélération du mouvement de collectivisation que Mao impose en 1955. Mais à son corps défendant : car ses articles et ses discours donnent à penser que tout en restant discipliné, il a nettement pris parti pour la prudence, de même que le ministre de l’agriculture Liao Luyan et que les grands économistes du régime, tels Li Fuchun (李富春), Li Xiannian (李先念) et Bo Yibo (薄一波) ainsi que le maire du Shanghai, Chen Yi (陳毅). Deng est critiqué par Mao au cours du 6e plénum du VIIe C.C. (octobre 1955) et Chen Boda (陳伯達) lui est adjoint au Département du travail rural : suivant un procédé coutumier, Mao chargeait l’un de ses intimes de surveiller un ancien fidèle dont la loyauté laissait à désirer. La tiédeur de Deng lui sera vivement reprochée pendant la Révolution culturelle. Alors que Li Fuchun, Li Xiannian, Bo Yibo et Chen Yi se repentent rapidement, Deng Zihui attend le VIIIe congrès (septembre 1956) pour faire son autocritique, ce qui explique sans doute que contrairement aux autres adversaires de la collectivisation il n’accède pas au B.P. (mais il conserve tous ses postes et son siège au C.C.). Aussi bien est-ce dans les périodes « droitières » (printemps 1955, été 1956-été 1957) qu’il participe le plus activement à l’élaboration de la politique rurale. Et lorsque la ligne modérée qu’il préconisait (voir Chen Yun (陳雲)) est abandonnée à l’automne 1957, c’est Tan Zhenlin (譚震林) qui le supplante à la tête du Département du travail rural. Ses apparitions se font de plus en plus rares. Il perd en janvier 1965 son poste de vice-premier ministre et disparaît de la scène pendant la Révolution culturelle. C’est sans doute par respect pour son passé glorieux et plus encore par souci de réconciliation que le groupe maoïste le fera réélire en avril 1969 au C.C. et que le Timonier conférera par sa présence un éclat exceptionnel aux funérailles de Deng Zihui (décembre 1972).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181913, notice DENG Zihui 鄧子恢 par Jean-Luc Domenach, Yves Chevrier, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 19 octobre 2016.

Par Jean-Luc Domenach, Yves Chevrier

ŒUVRE : Parmi les nombreuses interventions de Deng sur la politique rurale on retiendra surtout son article dans le RMRB, 3 juillet 1953, son intervention au VIIIe congrès du P.C.C., sa contribution au volume Dix grandes années et son article du Hongqi, 1963, n" 23.

SOURCES : Outre KC, BH et WWCC, voir : Harrison (1972). — MacFarquhar (1974) et (1983). — Rue (1966).

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