DENG Yanda 鄧演達

Par Jacques Manent

Né en 1896 à Huiyang, Guangdong ; exécuté à Nankin par le G.M.D. le 29 novembre 1931. Personnalité marquante du parti nationaliste, dont il se sépara en 1927 pour fonder le « Tiers Parti ».

L’idée d’une troisième force entre le G.M.D. et le P.C.C. dans la Chine des années Trente a donné naissance à un certain nombre d’expériences dont l’une des plus remarquables est sans doute celle de Deng Yanda. La création du Comité d’action provisoire du G.M.D. ou Tiers Parti représente en effet la plus durable des oppositions au monopole nationaliste qui se soit manifestée en Chine en dehors du P.C.C.
Deng Yanda est issu d’une famille de paysans sans fortune. A douze ans, il entre dans une école militaire et sort en 1920 de l’Académie de Baoding pour servir dans l’armée du Guangdong, sous Chen Jiongming, puissant général cantonais dont Sun Yat-sen (孫逸仙) s’est provisoirement fait un allié. Lorsqu’au, printemps 1922 Chen Jiongming rompt avec Sun Yat-sen, Deng abandonne son général pour se rallier au G.M.D. Partisan du rapprochement avec l’U.R.S.S. et de la collaboration avec le P.C.C., il soutient avec passion la nouvelle politique de Sun Yat-sen dont l’une des premières conséquences pratiques est la création en mai 1924 de l’Académie militaire de Huangpu (Whampoa) (voir Blücher). Il y est nommé directeur adjoint du Département de l’instruction militaire. A cette occasion, il entre en contact avec les œuvres de Marx et de Lénine ; il n’en devient pas marxiste pour autant. Ses idées sont fondamentalement les mêmes que celles de Sun Yat-sen, et par la suite s’en réclameront toujours. A la mort du fondateur de la République, Deng entreprend en Europe un voyage qui le mène successivement en Allemagne où il rencontre Zhu De (朱德) puis en U.R.S.S. L’expérience soviétique l’impressionne très favorablement.
En janvier 1926, de retour à Canton, il devient recteur de l’Académie militaire. Ses liens avec Wang Jingwei (汪精衛) et la gauche libérale du G.M.D. lui attirent la méfiance de Chiang Kai-shek. Ce dernier le fait arrêter avec tous les communistes de son état-major à l’occasion du coup du 20 mars 1926 (voir Borodine). Il est destitué de ses fonctions. A l’été 1926, toutefois, lorsque Chiang opère un rapprochement avec la gauche de son parti à la veille de l’Expédition du Nord, Deng est rappelé et devient directeur du Département politique général de l’Armée nationale révolutionnaire en remplacement de Chen Gongbo (陳公博). Rebaptisé, le Département passe sous la tutelle de l’état-major. Deng Yanda, en tant que responsable de la mobilisation et de l’encadrement des paysans pendant la progression de la Beifa, est appelé à se préoccuper au premier chef de la question agraire. Il apparaît alors bien plus conscient des capacités révolutionnaires de la paysannerie que son conseiller soviétique, Teruni, et que la plupart de ses collaborateurs communistes. Certes, il s’intéresse à la mobilisation des campagnes en fonction des avantages pratiques que peut en tirer l’Expédition du Nord et sa vision réformiste est toute empreinte de l’esprit des Trois Principes — supprimer les abus et les injustices —, mais son intérêt pour la question paysanne demeurera toujours et suffit à cette époque à renforcer les suspicions.
Au printemps 1927, Deng soutient naturellement le gouvernement de Wuhan qui, contre la droite du G.M.D. et Chiang Kai-shek, s’appuie sur une coalition de communistes et de nationalistes de gauche. Il figure parmi les éléments non communistes les plus radicaux du G.M.D. et du gouvernement dans lesquels il dirige, respectivement, le Bureau des questions paysannes et la Commission agraire centrale. Affectation significative : l’utilisation de techniques de mobilisation de masse propres aux communistes, la dénonciation systématique des « réactionnaires du Guomindang » révèlent chez Deng Yanda la profonde influence des méthodes léninistes. Lorsque Wang Jingwei, à l’été 1927, se rallie à Chiang Kai-shek et rompt à son tour avec les communistes, Deng se désolidarise de cette action, démissionne et accompagne Borodine en U.R.S.S.
Il convient toutefois de ne pas se méprendre sur l’attitude de Deng Yanda à cette époque. Comme Wang Jingwei, il représente une opposition de gauche à Chiang Kai-shek, comme lui il reste profondément fidèle à la pensée de Sun Yat-sen. Des communistes, il partage moins l’idéal révolutionnaire que le combat contre un certain conservatisme politique et social : celui que défend le Guomindang. S’il fait aux communistes de plus grandes concessions que Wang Jingwei, Deng s’en sépare lui aussi rapidement, et pour des raisons très semblables : l’ingérence du Komintern dans les affaires chinoises. A la différence de Wang, cependant, il refuse le pis aller que constitue un ralliement à Chiang. Entre un G.M.D. monolithique et un P.C.C. manipulé par Moscou, Deng envisage la création d’une « troisième force ». A la fin de l’année 1927, devant les délégués de l’I.C. présents à Moscou, Deng rejette le modèle léniniste et soulève le problème principal de la société chinoise : la réforme agraire. L’accueil est hostile. De Berlin, le 1er novembre 1927, il publie un manifeste en faveur de la création d’un « Comité d’action du G.M.D. », effectivement fondé quelques moins plus tard à Shanghai par Ji Fang (季方), l’un de ses anciens compagnons de Huangpu. La référence du nouveau groupe politique au Guomindang est d’importance : elle souligne la distance qu’il tient à conserver vis-à-vis du P.C.C. Le 1er septembre 1930, Deng dote son parti d’un organe, le Geming xingdong (l’Action révolutionnaire) et d’un programme résolument réformiste dans lequel son analyse de la société chinoise emprunte beaucoup au marxisme, tandis que ses solutions s’inspirent de Sun Yat-sen et du programme du G.M.D. à l’époque de ses deux premiers congrès (1924 et 1926). Cette opposition au monopole nationaliste suffit à le mettre hors la loi. Le 17 août 1931, Deng est arrêté par la police de la Concession internationale de Shanghai et remis aux « Chemises bleues ». Une cour martiale le condamne à mort pour trahison : il est exécuté quelques semaines plus tard dans les faubourgs de Nankin.
L’assassinat de Deng Yanda et la fascisation progressive du G.M.D. devaient entraîner la nouvelle direction du Tiers Parti vers un rapprochement avec les communistes. Pendant la guerre sino-japonaise, cette troisième force joua un rôle intéressant dans les relations entre les deux grands partis au sein de la Ligue démocratique. Devenu en 1947 le Parti démocratique des Paysans et Ouvriers chinois (Zhongguo Nonggong Minzhudang), le Tiers Parti figure parmi les petits partis non-communistes qui ont préféré se rallier au P.C.C. à la Libération (voir Ji Fang).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181910, notice DENG Yanda 鄧演達 par Jacques Manent, version mise en ligne le 19 octobre 2016, dernière modification le 19 octobre 2016.

Par Jacques Manent

ŒUVRE : Deng Yanda xiansheng yizhu (Recueil posthume d’écrits de M. Deng Yanda), Hong Kong, préface datée de 1949.

SOURCES : Outre BH, voir : Deng Yanda xiansheng jinian ji (En souvenir de Monsieur Deng Yanda) (1946). — Wilbur (1983).

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