WINTERHALTER Édouard

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 7 octobre 1924 à Balbronn (Bas-Rhin) ; Instituteur ; communiste ; secrétaire fédéral du Bas-Rhin de 1965 à 1977, membre du bureau fédéral de 1977 à 1990 puis du comité fédéral de 1990 à 1994 ; maire adjoint de Bischheim (Bas-Rhin) de 1977 à 1983.

Le père d’Édouard Winterhalter, né en 1896, était le septième fils de la famille et avait reçu le prénom de Wilhelm, son empereur et parrain. Francophile, il s’engagea dans l’armée française en 1914 sous son second prénom, Alfred. Il exerçait le métier de cordonnier et appartenait à l’aile gauche des socialistes. Il fut l’un des dirigeants syndicaux de l’usine de chaussures Amos de Wasselonne. En 1936 le drapeau rouge flotta sur l’usine occupée. Il fut licencié quelques mois après et se mit alors à son compte. Sa mère née Marie Diss, était femme au foyer, catholique pratiquante. Le couple avait deux enfants.

Édouard Winterhalter fit ses études primaires à Wasselonne (Bas-Rhin) et, poussé par son instituteur, fut inscrit, dès 12 ans, à l’école primaire supérieure de l’Ill (aujourd’hui lycée Pasteur de Strasbourg) où il se rendait tout seul en train. Il obtint en 1938 une bourse pour préparer le concours de l’Ecole normale catholique d’instituteurs d’Obernai, qui fut évacuée à Solignac (Dordogne), en septembre 1939.

Édouard Winterhalter échappa aux chantiers de jeunesse, passa le brevet supérieur et fit un stage d’un an à Marseille et Aix-en-Provence en 1944. Après le bombardement de Marseille, en mai 1944, il fut rapatrié à Solignac, où, le jour même de son retour, il s’engagea dans le maquis avec plusieurs camarades de promotion. Il appartint à l’Armée secrète de Corrèze. Il se trouvait entre Brive et Tulle au moment des massacres d’Oradour-sur-Glane et de Tulle. Il participa à la prise de Brive. Il rejoignit la Première Armée et termina la guerre à la frontière autrichienne. Il rentra chez lui en octobre 1945.

A partir de 1946, il occupa plusieurs postes dans le Bas-Rhin, à Behlenheim, Ettendorf et Wasselonne. Membre du Syndicat national des instituteurs, il milita par la suite dans la tendance “Unité et Action“. En 1954, il demanda sa mutation, obtint Kœnigshoffen, quartier périphérique de Strasbourg. En 1956, il obtint sa mutation à Bischheim à l’école Leclerc, puis à celle de la République, dont il devint directeur. Il fut secrétaire général des associations scolaires de Strasbourg-campagne qui organisaient des colonies de vacances, des voyages etc… de 1959 à 1980, année de sa retraite.

Son engagement militant débuta au moment de la guerre d’Algérie. La nuit de l’appel de Michel Debré, le 15 avril 1962, il créa, avec René Hartmann un comité antifasciste ouvert à toutes les associations (le Mouvement de la Paix y participa, dont Marie Schmitt et Rémy Rontchevski) et aux organisations politiques (seul le PCF y répondit). De nombreux meetings furent organisés après l’attentat contre la petite Delphine Renard. Les salles étaient pleines. Édouard Winterhalter adhéra au Parti communiste français quelques mois plus tard. Il fut délégué au congrès de 1969 avec Alphonse Boosz, membre suppléant du comité central. En 1965, il suivit une école du parti destinée aux instituteurs et entra au secrétariat fédéral à la conférence du 3 octobre, pour s’occuper de la jeunesse. De nombreuses manifestations culturelles, politiques et de loisirs furent organisées pour les jeunes. Il y entraîna ses propres enfants, qui devinrent tous des militants. De 1968 à 1977, il fut secrétaire fédéral à la propagande, responsable aussi de l’Humanité. De 1977 à 1990, il retourna à sa demande au bureau fédéral et de 1990 à 1994 au comité fédéral. Il fut candidat communiste à plusieurs reprises : aux élections législatives de 1967 dans la 3e circonscription de Strasbourg (Bischheim, Schiltigheim etc), puis en 1973 (7 831 voix sur 94 271 inscrits, quatrième position) et 1978 (8 171 voix sur 114 100 inscrits). Aux élections du Conseil général, dans le canton de Schiltigheim, en 1967, il obtint 3 152 voix, puis 5 229 voix (deuxième position), mais en 1973, avec 1 751 voix, il figura en troisième position.

Édouard Winterhalter eut des fonctions municipales à Bischheim, ville de la banlieue autrefois rouge de Strasbourg. En 1971, la gauche manqua de justesse la mairie de Bischheim, mais en 1977 la liste commune d’Union de la gauche l’emporta. Élu adjoint au maire et membre du conseil de la Communauté urbaine de Strasbourg, il se consacra aux actions sociales de la municipalité, centrées sur l’urbanisme et le centre nautique. Dans ce cadre, il travailla, avec René Tabouret, architecte urbaniste, à la conception d’un plan d’urbanisme destiné à éviter que la ville ne devienne une cité dortoir découpée de voies rapides. Il s’agissait, dans « une bataille pour son espace », de préserver des espaces verts, d’assurer la liaison entre quartiers, grâce à la concertation des habitants. Ce projet reçut un prix, remis par le ministre Michel d’Ornano mais ne fut pas appliqué, la municipalité ayant changé de bord.

En 1977, Édouard Winterhalter accueillit Georges Marchais lors de son voyage en Alsace. De 1977 à 1983, il fut membre du Conseil national des élus communistes et républicains en tant que représentant du Bas-Rhin. Il y déplora régulièrement la prépondérance accordée aux Parisiens et le désintérêt profond de cette instance pour les questions locales.

La mairie de Bischheim repassa à droite en 1983. Édouard Winterhalter fut encore conseiller municipal, jusqu’en 1989, date à partir de laquelle il ne désira pas se représenter.

Il fut membre de France-RDA et à ce titre fit de nombreux voyages en RDA.

Il épousa, le 19 juillet 1947, Marthe Halftermeyer, née le 19 mars 1926 à Wasselonne (Bas-Rhin), morte le 1er avril 2015 à Strasbourg. Le couple eut 5 enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181793, notice WINTERHALTER Édouard par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 16 juin 2016, dernière modification le 16 juin 2016.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Entretiens du 24 septembre 1998 et du 7 juin 2015. — Archives du comité national du PCF. — Archives de la Fédération communiste du Bas-Rhin. — Notes de Jacques Girault

Version imprimable Signaler un complément